
Moins connue que la version Disney ou la plus récente de Burton, une bien belle adaptation produite par le cinéma anglais pour fêter le centenaire de la sortie de De l'autre côté du miroir. C'est probablement la plus fidèle à ce jour, et ce même dans des subtilités que seuls les plus maniaques des amateurs de Lewis Caroll peuvent connaître. Il faut ainsi savoir que Alice au Pays des Merveille naît d'une ballade en barque que Caroll effectua avec son collègue pasteur Duckworth en compagnie des trois filles du doyen de Christ Church. C'est pour amuser la cadette d'entre elles, Alice Lidell que Caroll se met à improviser une histoire constituant les prémisses de son chef d'oeuvre, qui paraîtra dans sa version définitive 3 ans après la fameuse ballade et dont il offrira gracieusement le premier exemplaire à la fillette.
Le film de Sterling pousse donc la fidélité à adopter le même point de départ que celui qui inspira le livre à savoir une ballade en barque entre les deux jeunes hommes Dodgson (vrai nom de Lewis Caroll), Dukworth et les trois soeurs Lorina, Edith et bien évidemment Alice Lidell jouée par la jeune Fiona Fullerton (plus adolescente que fillette déjà 16 ans contre les 10 de la "vraie" Alice). La promenade semble grandement ennuyer Alice, Dodgson se met donc à lui raconter une histoire, elle ferme les yeux et l'aventure peut commencer...
Contrairement à la majorité des adaptations qui ne pouvaient s'empêcher de croiser les éléments des deux livres, William Sterling (également au scénario) s'en tient strictement à Alice au pays des merveilles. On retrouve donc tout ce qui fait la tonalité unique du récit originel : l'absence d'intrigue directrice au profit d'une suite de séquences surréaliste et absurdes, la tonalité satirique, les jeux de mots sur la langues anglaises (vo non sous titrée oblige certains m'ont échappés néanmoins). Plutôt que de jongler ou d'associer certains éléments du réel comme certaines versions le feront maladroitement, le parti pris du rêve et de l'imaginaire est un fait d'emblée et sert parfaitement le propos.
Tourné entièrement dans les studios anglais de Shepperton, le film est extrêmement kitsch et factice dans son esthétique (les costumes sont extraordinaires) mais devait déjà l'être à l'époque. Le but est clairement de parler autant aux adultes (ce côté factice servant la farce) qu'aux enfants pour qui le débordements de couleurs, de décors étranges et de personnages farfelus offre un spectacle inoubliable et plus "consistant" que le dessin animé de Disney. Les effets spéciaux sont très bons notamment tout ce qui concerne les changements de taille d'Alice, et vu l'époque de sortie les différentes absorption de boissons et gélules multicolores qui les causes rejoignent l'interprétation qu'en font les hippies sur les paradis artificiel, la chanson White Rabbit de Jefferson Airplane n'est pas loin.
Le film prend le parti pris de la comédie musicale, chaque chanson servant à illustrer les états d'âmes d'Alice ou ses rencontres avec les délirants personnages du Pays des Merveilles. A la partition le maestro John Barry délivre un de ses scores les plus envoûtant et lumineux porté par des chansons merveilleuses écrite par son parolier Don Black (qui a écrit nombre de paroles de chansons de James Bond composés par Barry). On oubliera pas de sitôt la féérie de Curioser Curioser entonné par une Alice dépitée par ce monde étrange.
Fiona Fullerton fait une Alice parfaite, pleine de candeur de maladresse et respecte la politesse exacerbée de l'héroïne du roman. La crème du cinéma anglais de l'époque l'accompagne dans ses aventures Michael Crawford en Lapin Blanc, Roy Kinnear en Cheshire, Ralph Richardson en Chenille, Peter Sellers en Lièvre de Mars et aussi Dennis Price (le héros de Noblesse oblige !) et Flora Robson en Roi et Reine de Coeur.
Le non sens et l'absurde de Caroll conservé tel quel peut déconcerter les nons connaisseurs du livre puisque tout est gardé tel quel : la partie de thé endiablée entre le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, les chansons illogiques de Tweedledee et Tweedledum... Il en résulte un film au rythme un peu bancal et étrange, mais un sacré voyage malgré une réalisation parfois un peu trop statique de Sterling. C'est d'ailleurs d'une belle ironie que Tim Burton en s'appropriant le matériau ait délivrer un objet bien plus conventionnel et sans surprise que cette adaptation littérale constamment surprenante.Le film n'étant semble t il (mais si quelqu'un l'a vu à l'époque curieux d'être corrigé là dessus) jamais sorti en salle en France pas de dvd français existant. Il néanmoins très populaire en Angleterre et à l'occasion de la version Burton il a été réédité cette année en dvd. VO non sous titrée ni anglais ni français par contre, mais avec des notions et une bonne connaissance du livre ça se suit sans grand problème.
Extrait "Curioser Curioser"








LES COMMENTAIRES (1)
posté le 02 août à 17:46
Ce film est bien sorti en France, mais il n'a dû y faire qu'une apparition assez confidentielle. Je l'ai vu à l'époque dans un cinéma du quartier latin et j'en conserve un souvenir ébloui. Je n'ai hélas pas retrouvé le même enchantement dans les autres adaptations, même si je considère que celui de Burton en constitue la meilleure suite. Dommage que le dvd ne comporte pas de piste française car j'aurais bien aimé réentendre le lapin affirmer "si je dis que vous êtes Babette, c'est que vous êtes Babette"...
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