Darfour, enjambant les bébés décapités par des bombes pour sauver ma femme enceinte que l’on éventre. J’aurais pu être un ado du Soudan à qui l'on demande subtilement d'une mitraillette à la tempe de violer sa mère. Je ne suis pas non plus dans un jovial train polonais en partance pour le
pavillon 10 d’Auschwitz en 1943 ni
le vagin de Britney exposé au monde entier sur
Youtube. Je sais que la vie aurait pu être plus moche avec moi ; j’ai l’élégance de ne pas être en train de me sucer le mollet pour en extirper le venin de scorpion qui me compresse le cœur, ni d"être une immigrante clandestine originaire d’Afrique extrême, prisonnière d’un
réseau de prostitution à Paris. J’aurais pu être l’enfant né en captivité de l’union d’un guérillero et d’une otage française, ou être
curieusement déformé par le botox. Je suis bien au chaud et à l’abri, dans mon tit confort douillet d’occidental de classe moyenne, alors au nom de quoi me plaindre comme si la relativité avait toujours raison d’être. Comme si travailler était la fin d'un monde plus important que mon univers de vacances.
N’empêche, si j’avais eu le choix ce matin entre retourner au travail sans répit jusqu’aux vacances de juillet ou être séquestré, orné d’affriolants sous-vêtements féminins, dans une pièce obscure avec une horde d’indigènes privé de sexe depuis la dernière éclipse lunaire, je me serais permis d’hésiter.
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