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"Et pourtant, vous, polynésiens, maoris, vous êtes issus d'un peuple de guerriers..."...

Par Teaki

La Polynésie est un territoire grand comme l'Europe composé de myriades d'îles qui sont autant de microcosmes entre lesquels le bouche à oreille fonctionne à merveille avec un fort entrain pour la rumeur et une aptitude certaine à manipuler les nouvelles, les histoires en s'appuyant sur les on-dit.

Un village avec ses guerres de clocher sur un territoire vaste comme le vieux Continent.

Unique.

C'est bien pour cela que c'est un territoire passionant où tout se sait, se sent, se transforme d'un antipode à l'autre, de Maupiti à Nuku-Hiva.

De mon dernier voyage au henua, j'ai retenu la morosité mêlée à cet espoir fou qui anime tout polynésien dont la grande qualité (qui peut se révéler une limite cuisante) est de voir le verre à moitié plein et même plein à ras bord alors qu'il ne reste que quelques gouttes qui ne suffiront guère à étancher la soif d'un oisillon.

Peut-être parce que nous sommes passés d'une frugalité de la vie que mes grands parents ont connue à une opulence mêlée d'insouciance que nos parents ont saisie, trop contents d'avoir retrouvé l'Eden, cette terre où l'on vivait d'argent accru ( du CEP) et dont on ne se posait pas la question s'il durerait, s'il était bénéfique car il l'était.

Une génération plus tard, l'heure est au réveil.

Est-ce que les polynésiens sauront ouvrir les yeux et ne pas renouveler les erreurs du passé?
Regarder avec lucidité ce qui a été construit, défaire les rouages de la corruption, ouvrir les monopoles, nourrir l'ambition plutôt que la peur, arrimer l'objectif davantage que la défaite aux relents d'attentisme, instaurer une véritable terre d'égalité d'éducation et d'accès au travail.

Quitter les rivages abrupts de la morosité, prendre le large des idées noires de ceux qui voudraient que l'on sombre avec eux, parce qu'ils ont raté le tournant de la démocratie, de la fin des monopoles, de l'extinction de la corruption, de l'éducation pour tous, de la fin de l'illétrisme, de l'emploi versus l'assistance.

"Et pourtant, vous êtes issus d'un peuple de guerriers..."

Certes, descendante du chef guerier Pakoko, je pense que nous avons cet esprit du hakaïki dans les gènes... mais la guerre pour nourrir, conserver, continuer....point la guerre de conquête totale, d'anihilation, de colonialisme, de pensée unique et enfermante.

Aujourd'hui le petit blanc a bien changé, il peut rouler les "R" et vous imposer sa vision autoc"R"atique, il peut avoir la peau mate et asséner des horreurs d'un racisme qui me laisse pantoise, il peut avoir la peau douce et le coeur visqueux, il peut avoir les yeux sombres et un portefeuille déabordant d'abus.

L'habit ne fait pas le moine en matière d'escroc de nos libertés.

C'est la faute de la France entends-je par-ci par-là....c'est l'Etat français qui a instauré les essais nuclaires et payé grassement pour le silence et la liberté de continuer ce qu'il n'aurait jamais pu faire en Bretagne ou en ile de France. Peut-être...mais l'élève a largement dépassé le maître. Des élèves assidus comme Ben Ali, Gbabo,  benéficiant d'un auditoire émerveillé par leur savoir venu d'Occident. Ces élèves sont à leur tour devenus des maîtres et ont essaimé jusqu'en Polynésie. Ils polluent notre avenir de menaces de fin du monde, de banqueroute et sont les mêmes qui voient leur monde se terminer comme un capitaine de vaisseau reste à bord de son vaisseau naufragé et traite de rats ceux qui le quittent.

Quel courage y a -t-il à continuer un système archaïque où il faut des passedroits pour avancer, où toutes les décisions passent par un cercle aussi restreint que restrictif, où a déliquescence des valeurs est une valeur en soi?

Ancetre musée grand palais marquises

Malgré tout, j'entends les voix de ceux qui espèrent, travaillent au changement.

Je les entends de ma contrée bretonne. Et nous avançons. Nous avançons. Je gage que les années à venir pour la Polynésie sont celle de l'émancipation, de la prise de sa véritable autonomie pour une égalité exemplaire, un changement des pratiques surannées où le politique a toutes les libertés, même celle d'aller en prison , d'en sortir et de se faire réélire.

Cela prendra du temps. Les temps durs sont parfois une opportunité. Souvenez-vous de l'idéogramme chinoisqui se lit soit crise soit opportunité. Magie du dessin qui évoque pour certains le naufrage et pour ceux qui voient le verre à moitié plein, l'occasion de renaître meilleur.


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