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La réforme des retraites n’a pas eu lieu, hélas…

Publié le 15 février 2011 par Bntoussaint

Répon­dant à l’invitation du cabi­net Image & Stra­té­gie, je par­ti­ci­pais ven­dredi der­nier à une table ronde avec les experts de l’Obser­va­toire des retraites, créé par BPCE (Banque Popu­laire – Caisse d’Epargne), sur le thème des retraites et de la réforme de 2010.

La réforme des retraites n’a pas eu lieu, hélas…L’objet de la dis­cus­sion consis­tait à déter­mi­ner si les nou­velles dis­po­si­tions, adop­tées par l’Assemblée natio­nale, avait per­mis de péren­ni­ser le sys­tème fran­çais. Une excel­lente syn­thèse de cet échange a été rédi­gée par l’Hérétique qui était pré­sent. Par­ti­ci­paient égale­ment à ce débat, Agnès Ver­dier de la fon­da­tion IFRAP et le blog­ger Méri­dianes.

Pour reprendre briè­ve­ment la syn­thèse de l’Hérétique, les tra­vaux de l’équipe diri­gée par Alain Tourd­j­man montrent de façon assez claire que la réforme de 2010 per­met de com­bler le défi­cit des caisses de retraite (la « baga­telle » de 30 mil­liards aujourd’hui) d’ici 2020. L’on pour­rait dis­cu­ter sur les para­mètres écono­miques rete­nus ­— crois­sance, taux de chô­mage et coût de la dette — qui m’ont sem­blé un peu trop opti­mistes, mais admet­tons que ces hypo­thèses soient viables. A quel prix ce retour à l’équilibre ? En sacri­fiant le Fond de réserve des retraites (FRR) mis en place par Lio­nel Jos­pin. Pas­sée cette échéance, le FRR sera épuisé et les pré­vi­sions res­tent extrê­me­ment incer­taines. Il n’est sur­tout pas exclu (doux euphé­misme) que les défi­cits se creusent à nou­veau. Et pour cause ! La démo­gra­phie nous est tou­jours défa­vo­rable, et la crois­sance tou­jours molle. L’une des solu­tions aurait pu être d’assortir l’allongement de la durée de tra­vail à une poli­tique nata­liste, hélas cette idée n’a même pas été évoquée. La réforme n’a donc pas réglé le pro­blème. Elle n’a fait que le repous­ser aux géné­ra­tions qui suivront.

La rechute est d’autant plus inévi­table que le régime par répar­ti­tion pâtit d’un double han­di­cap. D’une part, en période de faible crois­sance, il bride l’économie et ralen­tit d’autant la créa­tion de richesse, en rai­son des ponc­tions fis­cales consi­dé­rables que son fonc­tion­ne­ment requiert. D’autre part, il crée une inéga­lité entre géné­ra­tion, comme expli­quée par le socio­logue Louis Chau­vel : lorsque la crois­sance est forte, les actifs cotisent peu, acqué­rant beau­coup d’avantages sociaux, tan­dis qu’en période de réces­sion, les actifs cotisent beau­coup pour des droits à la retraite moins avan­ta­geux. Ce point n’a pas du tout été débattu lors du vote de la réforme 2010. Pour que le sys­tème par répar­ti­tion soit consi­déré comme valable par les dif­fé­rentes géné­ra­tions, il faut qu’il y ait le sen­ti­ment d’une équité entre la retraite que financent les actifs et celle à laquelle ils peuvent pré­tendre. On est loin du compte actuellement…

Une inéga­lité qui s’ajoute à celle des régimes de retraite, dont les condi­tions et avan­tages divers peuvent varier for­te­ment selon que l’on tra­vaille dans le public ou dans le privé. De façon assez peu éton­nante, l’Observatoire des retraites a constaté qu’un cer­tains nombre de régimes publics sont gran­de­ment défi­ci­taires et qu’ils contri­buent for­te­ment à l’écoulement de ce ton­neau des Danaïdes que consti­tue le sys­tème par répar­ti­tion. A tel point que les caisses pri­vées doivent régu­liè­re­ment payer l’addition des  caisses publiques.

Tra­vailler plus, mais tra­vailler mieux

L’Hérétique a sou­levé le pro­blème de la qua­lité du tra­vail qui doit être amé­lio­rée. Une pro­po­si­tion que nombre d’entreprises ont déjà mis à l’étude et qui peut effec­ti­ve­ment se révé­ler pro­bante, à condi­tion que l’Etat n’impose pas de solu­tions figées et rigides, là où chaque branche doit réflé­chir et négo­cier en fonc­tion de ses spé­ci­fi­ci­tés propres. Parmi les solu­tions évoquées, l’Hérétique s’est égale­ment déclaré favo­rable à un sys­tème uni­ver­sel à points, tel qu’il est en vigueur en Suède, alors qu’Agnès Ver­dier de l’IFRAP a pris posi­tion en faveur d’un ali­gne­ment total de tous les régimes de retraites.

Les dif­fé­rents inter­ve­nants sont tombé d’accord sur l’idée qu’il faut tra­vailler plus et que la ques­tion de la retraite ne peut se résu­mer à « l’après-travail ». Elle touche à la plu­part des sec­teurs de la société : écono­mie, poli­tique, social, etc. C’est presque une ques­tion d’ordre méta­phy­sique : la manière d’appréhender la fin de sa vie reflète la manière d’appréhender la vie toute entière et sur­tout, la vie en société. De façon plus géné­rale, l’angoisse qui entoure aujourd’hui la ques­tion de la retraite est révé­la­trice d’une remise en ques­tion plus large de notre modèle de société et de nos valeurs. Une forme de déclin dont les ori­gines sont à cher­cher du côté du concept de « société de loi­sir » ou autre société du care. Une société qui jouit est une société qui ne tra­vaille pas, ou de moins en moins. Or le pro­grès ne passe que par le tra­vail, encore et tou­jours. C’est déci­dem­ment une étrange idée que de pen­ser que l’on peut créer plus de richesses et pro­gres­ser en tra­vaillant moins.

Per­sonne n’est d’accord quant à l’âge idéal auquel il faut par­tir, quant aux revenu néces­saire pour bien vivre, ou encore quant à la défi­ni­tion d’une retraite heu­reuse. Ce désac­cord semble tout à fait nor­mal : la fin de vie est une ques­tion inti­me­ment per­son­nelle et cha­cun s’en fait une vision dif­fé­rente. Rai­son de plus pour per­mettre à cha­cun de vivre sa retraite et de la pré­pa­rer comme bon lui semble.

Capi­ta­li­sa­tion : le débat qui fâche

Et il est fort dom­mage que la ques­tion n’ait pas été posée pen­dant le débat sur les retraites en 2010 : Pour­quoi l’Etat devrait-il s’occuper de la retraite des indi­vi­dus ? L’Etat se charge-t-il de trou­ver du tra­vail aux gens ? Se charge-t-il de pré­voir leurs vacances ? Se charge-t-il de leur ouvrir un compte en banque ? Non. Pour­quoi devrait-il se char­ger d’organiser leur fin de vie ? Comme l’écrivait le génial Ben­ja­min Constant, que « l’Etat se charge d’être juste, nous nous char­ge­rons d’être heu­reux ». La réforme de 2010 est symp­to­ma­tique de la méthode de Nico­las Sar­kozy : une occa­sion gâchée, comme beau­coup d’autres réformes de son quin­quen­nat. Tout était réuni pour mettre les idées sur la table, ne s’interdire aucune pro­po­si­tion et bri­ser tous les tabous. Hélas, la droite fran­çaise est ainsi faite qu’elle se révèle d’une pudi­bon­de­rie désar­mante dès qu’elle doit défendre ses valeurs dans un débat avec la gauche.

Il est indis­pen­sable de redon­ner aux indi­vi­dus le contrôle de leur vie en intro­dui­sant une dose de capi­ta­li­sa­tion dans le sys­tème de retraite. Cette for­mule peut se tra­duire par des pla­ce­ments dans des fonds de pen­sion libres, mais pas seule­ment, il peut s’agir d’épargne, d’achats immo­bi­liers, etc. Cette solu­tion per­met­trait de pré­le­ver moins de coti­sa­tions sur salaire et de déga­ger des sommes uti­li­sables par les indi­vi­dus pour consti­tuer leur retraite. Qu’on se ras­sure, capi­ta­li­sa­tion ne rime pas avec apo­ca­lypse. Les Alle­mands l’ont fait et sont par­ve­nus à retrou­ver l’équilibre des comptes bud­gé­taires. Le Chili a mis en place une for­mule de retraite entiè­re­ment par capi­ta­li­sa­tion et a eu l’audace d’élire l’année der­nière un pré­sident authen­ti­que­ment libéral.

L’économiste Jean-Pierre Che­va­lier écrit à ce sujet sur son blog :

Les sommes ainsi ver­sées consti­tue­raient un pla­ce­ment attrac­tif car entiè­re­ment défis­ca­lisé et à haut ren­de­ment : 10 % par an sur la longue période. De ce fait, les coti­sa­tions de retraite ne seraient plus des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires dont le taux bais­se­rait de 12 points envi­ron, de 53 à 41 % du PIB (selon les normes de l’OCDE). La baisse du taux des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires dope­rait la crois­sance qui pour­rait alors atteindre 5 % par an comme en Irlande, comme le montrent en par­ti­cu­lier les écono­mistes de Work For All.

Avec le retour d’une crois­sance forte et durable, le chô­mage retom­be­rait à son mini­mum incom­pres­sible et la plu­part des pro­blèmes sociaux seraient réso­lus, le niveau de vie des Fran­çais aug­men­te­rait comme dans les années 60. La plu­part des pays déve­lop­pés ont adopté ces sys­tèmes de fonds de pen­sion, comme par exemple les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, etc, et même les com­mu­nistes au pou­voir en Chine.

Il faut aller en dou­ceur, nous dit-on. Ne pas brus­quer les Fran­çais, nous dit-on. Sans doute, mais ne faudrait-il pas au moins leur poser la ques­tion ? Les Fran­çais sont beau­coup plus capables de prendre en main leur des­tin qu’on ne l’imagine en haut lieu. Le débat avait cepen­dant été cloi­sonné par avance : « nous ne revien­drons pas sur le sys­tème par répar­ti­tion » avait déclaré Fran­çois Fillon. Hélas, nous ne revien­drons pas non plus sur les défi­cits qui vont se creu­ser à nou­veau. Et, comme tou­jours, ce sera au contri­buable de payer la note…

Merci à Fran­çoise Bou­lan­ger qui m’a fait décou­vrir ce dos­sier très com­plet réca­pi­tu­lant les ana­lyses sur le pro­blème des retraites par le Prof. JP Chevallier

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La réforme des retraites n’a pas eu lieu, hélas… Libre­ment vôtre est membre du réseau LHC

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