Répondant à l’invitation du cabinet Image & Stratégie, je participais vendredi dernier à une table ronde avec les experts de l’Observatoire des retraites, créé par BPCE (Banque Populaire – Caisse d’Epargne), sur le thème des retraites et de la réforme de 2010.
L’objet de la discussion consistait à déterminer si les nouvelles dispositions, adoptées par l’Assemblée nationale, avait permis de pérenniser le système français. Une excellente synthèse de cet échange a été rédigée par l’Hérétique qui était présent. Participaient également à ce débat, Agnès Verdier de la fondation IFRAP et le blogger Méridianes.
Pour reprendre brièvement la synthèse de l’Hérétique, les travaux de l’équipe dirigée par Alain Tourdjman montrent de façon assez claire que la réforme de 2010 permet de combler le déficit des caisses de retraite (la « bagatelle » de 30 milliards aujourd’hui) d’ici 2020. L’on pourrait discuter sur les paramètres économiques retenus — croissance, taux de chômage et coût de la dette — qui m’ont semblé un peu trop optimistes, mais admettons que ces hypothèses soient viables. A quel prix ce retour à l’équilibre ? En sacrifiant le Fond de réserve des retraites (FRR) mis en place par Lionel Jospin. Passée cette échéance, le FRR sera épuisé et les prévisions restent extrêmement incertaines. Il n’est surtout pas exclu (doux euphémisme) que les déficits se creusent à nouveau. Et pour cause ! La démographie nous est toujours défavorable, et la croissance toujours molle. L’une des solutions aurait pu être d’assortir l’allongement de la durée de travail à une politique nataliste, hélas cette idée n’a même pas été évoquée. La réforme n’a donc pas réglé le problème. Elle n’a fait que le repousser aux générations qui suivront.
La rechute est d’autant plus inévitable que le régime par répartition pâtit d’un double handicap. D’une part, en période de faible croissance, il bride l’économie et ralentit d’autant la création de richesse, en raison des ponctions fiscales considérables que son fonctionnement requiert. D’autre part, il crée une inégalité entre génération, comme expliquée par le sociologue Louis Chauvel : lorsque la croissance est forte, les actifs cotisent peu, acquérant beaucoup d’avantages sociaux, tandis qu’en période de récession, les actifs cotisent beaucoup pour des droits à la retraite moins avantageux. Ce point n’a pas du tout été débattu lors du vote de la réforme 2010. Pour que le système par répartition soit considéré comme valable par les différentes générations, il faut qu’il y ait le sentiment d’une équité entre la retraite que financent les actifs et celle à laquelle ils peuvent prétendre. On est loin du compte actuellement…
Une inégalité qui s’ajoute à celle des régimes de retraite, dont les conditions et avantages divers peuvent varier fortement selon que l’on travaille dans le public ou dans le privé. De façon assez peu étonnante, l’Observatoire des retraites a constaté qu’un certains nombre de régimes publics sont grandement déficitaires et qu’ils contribuent fortement à l’écoulement de ce tonneau des Danaïdes que constitue le système par répartition. A tel point que les caisses privées doivent régulièrement payer l’addition des caisses publiques.
Travailler plus, mais travailler mieux
L’Hérétique a soulevé le problème de la qualité du travail qui doit être améliorée. Une proposition que nombre d’entreprises ont déjà mis à l’étude et qui peut effectivement se révéler probante, à condition que l’Etat n’impose pas de solutions figées et rigides, là où chaque branche doit réfléchir et négocier en fonction de ses spécificités propres. Parmi les solutions évoquées, l’Hérétique s’est également déclaré favorable à un système universel à points, tel qu’il est en vigueur en Suède, alors qu’Agnès Verdier de l’IFRAP a pris position en faveur d’un alignement total de tous les régimes de retraites.
Les différents intervenants sont tombé d’accord sur l’idée qu’il faut travailler plus et que la question de la retraite ne peut se résumer à « l’après-travail ». Elle touche à la plupart des secteurs de la société : économie, politique, social, etc. C’est presque une question d’ordre métaphysique : la manière d’appréhender la fin de sa vie reflète la manière d’appréhender la vie toute entière et surtout, la vie en société. De façon plus générale, l’angoisse qui entoure aujourd’hui la question de la retraite est révélatrice d’une remise en question plus large de notre modèle de société et de nos valeurs. Une forme de déclin dont les origines sont à chercher du côté du concept de « société de loisir » ou autre société du care. Une société qui jouit est une société qui ne travaille pas, ou de moins en moins. Or le progrès ne passe que par le travail, encore et toujours. C’est décidemment une étrange idée que de penser que l’on peut créer plus de richesses et progresser en travaillant moins.
Personne n’est d’accord quant à l’âge idéal auquel il faut partir, quant aux revenu nécessaire pour bien vivre, ou encore quant à la définition d’une retraite heureuse. Ce désaccord semble tout à fait normal : la fin de vie est une question intimement personnelle et chacun s’en fait une vision différente. Raison de plus pour permettre à chacun de vivre sa retraite et de la préparer comme bon lui semble.
Capitalisation : le débat qui fâche
Et il est fort dommage que la question n’ait pas été posée pendant le débat sur les retraites en 2010 : Pourquoi l’Etat devrait-il s’occuper de la retraite des individus ? L’Etat se charge-t-il de trouver du travail aux gens ? Se charge-t-il de prévoir leurs vacances ? Se charge-t-il de leur ouvrir un compte en banque ? Non. Pourquoi devrait-il se charger d’organiser leur fin de vie ? Comme l’écrivait le génial Benjamin Constant, que « l’Etat se charge d’être juste, nous nous chargerons d’être heureux ». La réforme de 2010 est symptomatique de la méthode de Nicolas Sarkozy : une occasion gâchée, comme beaucoup d’autres réformes de son quinquennat. Tout était réuni pour mettre les idées sur la table, ne s’interdire aucune proposition et briser tous les tabous. Hélas, la droite française est ainsi faite qu’elle se révèle d’une pudibonderie désarmante dès qu’elle doit défendre ses valeurs dans un débat avec la gauche.
Il est indispensable de redonner aux individus le contrôle de leur vie en introduisant une dose de capitalisation dans le système de retraite. Cette formule peut se traduire par des placements dans des fonds de pension libres, mais pas seulement, il peut s’agir d’épargne, d’achats immobiliers, etc. Cette solution permettrait de prélever moins de cotisations sur salaire et de dégager des sommes utilisables par les individus pour constituer leur retraite. Qu’on se rassure, capitalisation ne rime pas avec apocalypse. Les Allemands l’ont fait et sont parvenus à retrouver l’équilibre des comptes budgétaires. Le Chili a mis en place une formule de retraite entièrement par capitalisation et a eu l’audace d’élire l’année dernière un président authentiquement libéral.
L’économiste Jean-Pierre Chevalier écrit à ce sujet sur son blog :
Les sommes ainsi versées constitueraient un placement attractif car entièrement défiscalisé et à haut rendement : 10 % par an sur la longue période. De ce fait, les cotisations de retraite ne seraient plus des prélèvements obligatoires dont le taux baisserait de 12 points environ, de 53 à 41 % du PIB (selon les normes de l’OCDE). La baisse du taux des prélèvements obligatoires doperait la croissance qui pourrait alors atteindre 5 % par an comme en Irlande, comme le montrent en particulier les économistes de Work For All.
Avec le retour d’une croissance forte et durable, le chômage retomberait à son minimum incompressible et la plupart des problèmes sociaux seraient résolus, le niveau de vie des Français augmenterait comme dans les années 60. La plupart des pays développés ont adopté ces systèmes de fonds de pension, comme par exemple les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, etc, et même les communistes au pouvoir en Chine.
Il faut aller en douceur, nous dit-on. Ne pas brusquer les Français, nous dit-on. Sans doute, mais ne faudrait-il pas au moins leur poser la question ? Les Français sont beaucoup plus capables de prendre en main leur destin qu’on ne l’imagine en haut lieu. Le débat avait cependant été cloisonné par avance : « nous ne reviendrons pas sur le système par répartition » avait déclaré François Fillon. Hélas, nous ne reviendrons pas non plus sur les déficits qui vont se creuser à nouveau. Et, comme toujours, ce sera au contribuable de payer la note…
Merci à Françoise Boulanger qui m’a fait découvrir ce dossier très complet récapitulant les analyses sur le problème des retraites par le Prof. JP Chevallier
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Librement vôtre est membre du réseau LHC





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