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Sauvons le cinéma !

Publié le 16 février 2011 par Saradadi

ESPAGNE – Deux jours avant l’approbation définitive de la loi anti-téléchargement, le réalisateur Alex de la Iglesia a appelé à un changement radical du modèle économique du cinéma. Au point de transformer la nature même de cet art ?

La loi Sinde, l’Hadopi espagnole, a été définitivement approuvée par le Parlement espagnol le 15 février, par 323 pour et 19 contre. Comme en France, la loi contre le téléchargement illégal a provoqué de vifs débats de l’autre côté des Pyrénées. Présentée par le ministre de la culture Ángeles González-Sinde, elle a d’abord été rejetée par une commission parlementaire le 21 décembre dernier. Elle avait pourtant la faveur des auteurs, producteurs et éditeurs, comme Alex de la Iglesia[1], réalisateur et président de l’Académie du cinéma espagnol. Mais nombreux sont les internautes qui avaient dénoncé son contenu.

Or, le téléchargement illégal est un véritable fléau en Espagne. Le pays se trouvaient en 2008 en tête du classement du nombre de fichiers échangés illégalement (24,7 millions), selon la société américaine BayTSP, spécialisée dans le dépistage des contenus protégés.

Alex de la Iglesia a jeté un pavé dans la mare

Après d’âpres négociations, une version allégée de la loi, apportant plus de garanties juridiques et de protections aux internautes, a finalement été rédigée et approuvée. Cette fois-ci, Alex de la Iglesia a estimé qu’elle ne satisfaisait personne et a annoncé son départ de la présidence de l’Académie du cinéma dans le quotidien El Pais, quelques jours avant la cérémonie de remise des Goyas [2].

“Il y a 25 ans, les gens de notre métier n’auraient jamais pu imaginer que quelque chose appelé Internet allait révolutionner le marché du cinéma, et que la question ne serait plus d’attirer ou non des spectateurs dans la salle. Internet n’est pas l’avenir, comme le croit certains. Internet est le présent. (…) Les internautes sont (…) notre public. Ce public que nous avons perdu, il ne va pas au cinéma car il est devant un écran d’ordinateur. Je veux dire clairement que nous n’avons pas peur d’Internet, parce qu’Internet est précisément, ce qui sauvera notre cinéma”, a déclaré le président de l’académie du cinéma espagnol dans son discours d’ouverture de la cérémonie des Goyas. “Nous ne pouvons gagner à l’avenir que si c’est nous qui changeons, qui innovons, qui faisons des propositions imaginatives, créatives, apportant un nouveau modèle de marché qui prend en compte tous ceux impliqués.”

iglesia iglesia A côté de la ministre de la culture, Alex de la Iglesia propose à l'industrie du cinéma de vivre avec son temps et de laisser Internet lui porter secours, ABC, 12 février 2011. Alex de la Iglesia a aussi fait la une d'El Mundo le 14 février pour la distance qu'il affiche vis-à-vis de la lois sur les contenus en ligne.

La frontière entre auteur et spectateur disparaît

Alex de la Iglesia n’est bien sûr pas le premier à se lancer à la recherche d’un modèle économique pour le cinéma. Depuis plusieurs années, les grands studios hollywoodiens tout comme les cinéastes indépendants cherchent de nouvelles façons de produire et distribuer les films. Certains studios américains en viennent par exemple à distribuer d’abord un film en VOD (vidéo à la demande), avant de le sortir en salles. C’est par exemple le cas de All Good things, d’Andrew Jarecki, qui a connu un grand succès en VOD depuis l’été avant de sortir en salles aux Etats-Unis début janvier.

Mais le modèle qui trouve le plus d’écho est celui du cinéma participatif. Dans un premier temps, les internautes étaient uniquement invités à faire un don financier pour permettre à un jeune réalisateur de réunir les fonds nécessaires à son premier film. Les choses vont encore plus loin aujourd’hui puisque les réalisateurs appellent les internautes à participer au processus créatif.  C’est le cas par exemple du film RiP : a remix manifesto, de Brett Gaylor ou A Swarm of Angels de Matt Hanson. Le but affiché de ces initiatives est de mettre fin à la fracture entre auteur et spectateur.

Mais à en croire Alex de la Iglesia, c’est cette expérience même, cette différence entre celui qui crée et celui qui regarde qui fait l’essence du cinéma. Au-delà des enjeux économiques et des questions de téléchargement illégal, c’est la question même de la définition du cinéma à l’ère d’internet qui est posée.

Le site de l'académie espagnole de cinéma victime des Anonymous 
Le 13 février, jour de la remise des Goyas, le collectif de pirates Anonymous s’est attaqué au site de l’académie espagnole de cinéma. Des dizaines d’activistes du groupe avaient fait le déplacement au Théâtre Royal de Madrid, où les prix sont remis. Cachés derrière des masques de Guy Fawkes, rendu célèbre par le film V pour Vendetta dans la symbolique sacrificielle du défenseur des libertés, ils ont protesté contre la loi sinde qu’ils dénoncent comme une censure de la culture.
CINÉMA – Pour survivre, l’industrie doit accoucher de nouvelles pratiques

  1. [1] Filmographie wikipedia
  2. [2] Cérémonie de récompense des meilleures productions de cinéma espagnol ↩

 

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