C’est presque à se demander si (et surtout, comment) Nicolas Sarkozy va réussir à terminer son mandat, tant les affaires s’accumulent. Désormais, il ne se passe plus une semaine sans que le chef de l’Etat ait à répondre à une polémique impliquant un ou plusieurs des membres du gouvernement.

Crédit photo : IntangibleArts
Epinglée voilà deux semaines pour ses vacances tunisiennes, Michèle Alliot-Marie se pensait enfin tirée d’affaire après les révélations de François Fillon concernant les largesses de l’ex président égyptien Moubarak pendant ses propres vacances en Egypte. C’était sans compter les investigations menées par le Canard enchaîné qui affirme ce mercredi 16 février que les parents de MAM étaient également présent, et qu’ils auraient profité de ce voyage pour signer des contrats avec l’homme d’affaire tunisien Aziz Miled, le même qui avait proposé, « de façon fortuite », à la ministre des Affaires étrangères de voyager à bord de son jet privé. On apprend également qu’elle aurait eu un échange téléphonique avec l’ancien président Ben Ali, alors même qu’elle affirmait n’avoir eu aucun contact privilégié avec lui. Une signature, une rencontre « imprévue », un coup de téléphone. Des « mensonges », selon l’Express, qui commencent à faire beaucoup. Trop même, si l’on en juge par la défense, plus que flottante, de la majorité en faveur de MAM.
Cette malheureuse affaire révèle, une fois de plus, l’extrême légèreté et l’intempérance qui guident nos responsables politiques dans l’exercice du pouvoir. Le plus étonnant reste naturellement « l’étonnement » affiché la ministre devant l’audace de ceux qui osent lui demander des comptes sur ses liens avec le pouvoir tunisien, ses voyages, ses fréquentations, etc. Loin de tomber dans l’écueil caricatural du « tous pourri », force est de constater que l’exercice du pouvoir en France reste un métier fort lucratif pour ceux qui le pratiquent.
A l’autre extrémité de l’échiquier politique, il assez piquant de voir la gauche se dresser comme un seul homme pour demander la démission de MAM, quelques semaines seulement après avoir rendu un hommage appuyé à François Mitterrand. Pour l’occasion, les socialistes avaient naturellement pris soin de jetter un voile pudique sur les « affaires » de Tonton : les écoutes de l’Elysée, les ventes d’armes en Afrique, « Papa m’a dit », Mazarine, etc. La corruption, c’est comme tout. Il y a la bonne et la mauvaise…
Toutefois, il est une hypocrisie à laquelle il faut mettre fin : si les responsables politiques peuvent abuser de leur position, c’est d’abord et surtout parce que la possibilité leur est donnée de le faire. Les hommes politiques bénéficient aujourd’hui de pouvoirs trop étendus et trop centralisés. Comme le disait David Brin : « On dit que le pouvoir corrompt. Il serait plus exact de dire que la politique attire les plus corruptibles ». N’avons nous pas, nous aussi, une part de responsabilité dans ces excès quand nous cédons à l’euphorie des promesses ouatées de l’Etat-nounou et que nous appelons les politiciens à la rescousse dès qu’un drame social nous assaille ? C’est la douloureuse leçon que prédisait Benjamin Franklin, voilà déjà deux siècles : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ». D’où l’intérêt d’accentuer la décentralisation et de redonner plus d’autonomie aux individus.
Où va donc la droite ?
A mesure que les semaines s’écoulent, il devient de plus en plus difficile de comprendre où va la droite française. « La droite la plus bête du monde », disait d’elle Guy Mollet. Cette semaine encore, la majorité s’est dégonflée concernant la suppression de l’ISF. « On réfléchit à des aménagement», affirme-t-on au gouvernement. «Supprimer l’ISF est une mauvaise idée, ça apparaîtra comme un cadeau fait aux plus aisés, c’est une folie politique », déclarait aujourd’hui le député UMP Alain Gest dans le Figaro. Que la gauche s’y oppose, passe encore. C’est même sans doute de bonne guerre. Mais la majorité ne rend pas service à la France en renonçant — pour des motifs purement politiciens — aux valeurs qu’elle devrait porter. Le débat d’idée n’en sortira pas grandi, la démocratie non plus.
Mais peut-être faut-il chercher l’explication ailleurs. Il y a peu, Alain Finkielkraut invitait dans son émission Répliques, Alain Juppé et Michel Rocard afin d’évoquer leur dernier livre commun. Stupeur : à la « surprise » générale, les deux anciens Premiers ministres étaient d’accord sur presque tout. Ceux qui s’attendaient à un match de boxe sont repartis bredouille. Le système social ? Le développement durable ? La prise en charge des plus démunis ? Las. La tyrannie molle et débonnaire du consensus pesait de tout son poids sur le débat. Alain Finkielkraut disait vrai lorsqu’il constatait qu’en France, « la droite et la gauche sont de gauche, car tous les responsables politiques sont sociaux-démocrates ». CQFD.
Le chantier du président Sarkozy s’avère donc titanesque pour reconquérir l’opinion, s’il croit encore à ses chances de réélection. Sur le plan intérieur, le bilan est plus que médiocre. Il n’y a qu’à s’attarder sur les chiffres de la croissance et du chômage en 2010 pour s’en convaincre. La France prend du retard sur ses concurrents. Que reste-t-il du président du pouvoir d’achat ? De la croissance retrouvée ? Du travailler plus pour gagner plus ? De la fierté et de la confiance dans l’entreprise ? A peine le charme suranné des promesses non tenues. Quant à la question de la sécurité, les zones de non-droit continuent, insolentes, à imposer leur loi.
A l’extérieur, la brouille avec le Mexique concernant Florence Cassez ne viendra pas en aide à Nicolas Sarkozy qui misait beaucoup sur la diplomatie pour redorer son image. De tous côtés le navire prend l’eau. La question n’est plus de savoir si tout cela va tenir, mais jusqu’à quand.
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Librement vôtre est membre du réseau LHC






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