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Avons-nous “la droite la plus bête du monde” ?

Publié le 16 février 2011 par Bntoussaint

C’est presque à se deman­der si (et sur­tout, com­ment) Nico­las Sar­kozy va réus­sir à ter­mi­ner son man­dat, tant les affaires s’accumulent. Désor­mais, il ne se passe plus une semaine sans que le chef de l’Etat ait à répondre à une polé­mique impli­quant un ou plu­sieurs des membres du gouvernement.

Avons-nous “la droite la plus bête du monde” ?

Cré­dit photo : IntangibleArts

Epin­glée voilà deux semaines pour ses vacances tuni­siennes, Michèle Alliot-Marie se pen­sait enfin tirée d’affaire après les révé­la­tions de Fran­çois Fillon concer­nant les lar­gesses de l’ex pré­sident égyp­tien Mou­ba­rak pen­dant ses propres vacances en Egypte. C’était sans comp­ter les inves­ti­ga­tions menées par le Canard enchaîné qui affirme ce mer­credi 16 février que les parents de MAM étaient égale­ment pré­sent, et qu’ils auraient pro­fité de ce voyage pour signer des contrats avec l’homme d’affaire tuni­sien Aziz Miled, le même qui avait pro­posé, « de façon for­tuite », à la ministre des Affaires étran­gères de voya­ger à bord de son jet privé. On apprend égale­ment qu’elle aurait eu un échange télé­pho­nique avec l’ancien pré­sident Ben Ali, alors même qu’elle affir­mait n’avoir eu aucun contact pri­vi­lé­gié avec lui. Une signa­ture, une ren­contre « impré­vue », un coup de télé­phone. Des « men­songes », selon l’Express, qui com­mencent à faire beau­coup. Trop même, si l’on en juge par la défense, plus que flot­tante, de la majo­rité en faveur de MAM.

Cette mal­heu­reuse affaire révèle, une fois de plus, l’extrême légè­reté et l’intempérance qui guident nos res­pon­sables poli­tiques dans l’exercice du pou­voir. Le plus éton­nant reste natu­rel­le­ment « l’étonnement » affi­ché la ministre devant l’audace de ceux qui osent lui deman­der des comptes sur ses liens avec le pou­voir tuni­sien, ses voyages, ses fré­quen­ta­tions, etc. Loin de tom­ber dans l’écueil cari­ca­tu­ral du « tous pourri », force est de consta­ter que l’exercice du pou­voir en France reste un métier fort lucra­tif pour ceux qui le pratiquent.

A l’autre extré­mité de l’échiquier poli­tique, il assez piquant de voir la gauche se dres­ser comme un seul homme pour deman­der la démis­sion de MAM, quelques semaines seule­ment après avoir rendu un hom­mage appuyé à Fran­çois Mit­ter­rand. Pour l’occasion, les socia­listes avaient natu­rel­le­ment pris soin de jet­ter un voile pudique sur les « affaires » de Ton­ton : les écoutes de l’Elysée, les ventes d’armes en Afrique, « Papa m’a dit », Maza­rine, etc. La cor­rup­tion, c’est comme tout. Il y a la bonne et la mauvaise…

Tou­te­fois, il est une hypo­cri­sie à laquelle il faut mettre fin : si les res­pon­sables poli­tiques peuvent abu­ser de leur posi­tion, c’est d’abord et sur­tout parce que la pos­si­bi­lité leur est don­née de le faire. Les hommes poli­tiques béné­fi­cient aujourd’hui de pou­voirs trop éten­dus et trop cen­tra­li­sés. Comme le disait David Brin : « On dit que le pou­voir cor­rompt. Il serait plus exact de dire que la poli­tique attire les plus cor­rup­tibles ». N’avons nous pas, nous aussi, une part de res­pon­sa­bi­lité dans ces excès quand nous cédons à l’euphorie des pro­messes oua­tées de l’Etat-nounou et que nous appe­lons les poli­ti­ciens à la res­cousse dès qu’un drame social nous assaille ? C’est la dou­lou­reuse leçon que pré­di­sait Ben­ja­min Frank­lin, voilà déjà deux siècles : « Un peuple prêt à sacri­fier un peu de liberté pour un peu de sécu­rité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ». D’où l’intérêt d’accentuer la décen­tra­li­sa­tion et de redon­ner plus d’autonomie aux individus.

Où va donc la droite ?

A mesure que les semaines s’écoulent, il devient de plus en plus dif­fi­cile de com­prendre où va la droite fran­çaise. « La droite la plus bête du monde », disait d’elle Guy Mol­let. Cette semaine encore, la majo­rité s’est dégon­flée concer­nant la sup­pres­sion de l’ISF. « On réflé­chit à des amé­na­ge­ment», affirme-t-on au gou­ver­ne­ment. «Sup­pri­mer l’ISF est une mau­vaise idée, ça appa­raî­tra comme un cadeau fait aux plus aisés, c’est une folie poli­tique », décla­rait aujourd’hui le député UMP Alain Gest dans le Figaro. Que la gauche s’y oppose, passe encore. C’est même sans doute de bonne guerre. Mais la majo­rité ne rend pas ser­vice à la France en renon­çant — pour des motifs pure­ment poli­ti­ciens — aux valeurs qu’elle devrait por­ter. Le débat d’idée n’en sor­tira pas grandi, la démo­cra­tie non plus.

Mais peut-être faut-il cher­cher l’explication ailleurs. Il y a peu, Alain Fin­kiel­kraut invi­tait dans son émis­sion Répliques, Alain Juppé et Michel Rocard afin d’évoquer leur der­nier livre com­mun. Stu­peur : à la « sur­prise » géné­rale, les deux anciens Pre­miers ministres étaient d’accord sur presque tout. Ceux qui s’attendaient à un match de boxe sont repar­tis bre­douille. Le sys­tème social ? Le déve­lop­pe­ment durable ? La prise en charge des plus dému­nis ? Las. La tyran­nie molle et débon­naire du consen­sus pesait de tout son poids sur le débat. Alain Fin­kiel­kraut disait vrai lorsqu’il consta­tait qu’en France, « la droite et la gauche sont de gauche, car tous les res­pon­sables poli­tiques sont sociaux-démocrates ». CQFD.

Le chan­tier du pré­sident Sar­kozy s’avère donc tita­nesque pour recon­qué­rir l’opinion, s’il croit encore à ses chances de réélec­tion. Sur le plan inté­rieur, le bilan est plus que médiocre. Il n’y a qu’à s’attarder sur les chiffres de la crois­sance et du chô­mage en 2010 pour s’en convaincre. La France prend du retard sur ses concur­rents. Que reste-t-il du pré­sident du pou­voir d’achat ? De la crois­sance retrou­vée ? Du tra­vailler plus pour gagner plus ? De la fierté et de la confiance dans l’entreprise ? A peine le charme sur­anné des pro­messes non tenues. Quant à la ques­tion de la sécu­rité, les zones de non-droit conti­nuent, inso­lentes, à impo­ser leur loi.

A l’extérieur, la brouille avec le Mexique concer­nant Flo­rence Cas­sez ne vien­dra pas en aide à Nico­las Sar­kozy qui misait beau­coup sur la diplo­ma­tie pour redo­rer son image. De tous côtés le navire prend l’eau. La ques­tion n’est plus de savoir si tout cela va tenir, mais jusqu’à quand.

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