Publié sur Le Bulletin d’Amérique
La Conservative Political Action Conference (CPAC) qui se tenait les 11 et 12 février derniers à Washington a donné lieu à de violentes controverses autour de la participation d’une association représentant les homosexuels conservateurs. Si la polémique n’a pas empêché la tenue de la conférence, elle a mis en lumière les désaccords profonds qui divisent les conservateurs américains.

Le choix des conservateurs américains pour la présidentielle de 2012 se précise. Réunis à Washington vendredi dernier pour la 38ème Conservative Political Action Conference (CPAC), près de 4000 sympathisants ont choisi le député du Texas Ron Paul comme « premier choix » de candidat républicain à la prochaine présidentielle, lors du traditionnel “vote test” ou Straw Poll (vote de paille). Vainqueur de ce vote informel pour la deuxième année consécutive, le texan recueilli près de 30% des voix, loin devant l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney (23%), qui s’était déjà présenté à l’investiture en 2008.

Ron Paul
Républicain atypique, conservateur libertarien proche du Mises Institute, Ron Paul s’est fait connaître du grand public en votant systématiquement “non” à toutes les hausses d’impôts proposées par le congrès. Il est également le seul élu à avoir toujours voté contre l’intervention militaire en Irak et contre les législations anti-terroristes qui ont suivi l’attentat du 11 septembre 2001, allant ainsi à l’encontre des positions du parti républicain. Promoteur de la responsabilité individuelle, favorable à un gouvernement fédéral limité et à une politique étrangère isolationniste, il se présente comme un conservateur fidèle aux idéaux de Thomas Jefferson. Partisan du libre-marché, il prône l’abolition de la réserve fédérale. Sa conception de la non-ingérence de l’Etat fédéral dans la vie privée des individus se reflète dans sa position face au mariage homosexuel: «Je suis favorable à toutes les associations volontaires, et les gens peuvent les appeler comme ils le veulent». Lors de la conférence, il a déclaré que «nous devons faire beaucoup moins, (…) pas seulement en Egypte, mais dans le monde», provoquant des huées dans le public lorsqu’il a dénoncé les 70 milliards donnés par Washington, au fil des ans, au président déchu Moubarak.
Le vote était marqué cette année par la forte présence du Tea Party, dont l’impulsion a permis de donner une large victoire aux républicains lors des élections de mi-mandat en novembre dernier. Traditionnellement, cette réunion est souvent le lieu de vifs affrontements verbaux et cette nouvelle édition n’a pas dérogé à la règle. Républicain par le passé, démocrate et indépendant puis à nouveau républicain, le promoteur immobilier Donald Trump s’est payé le luxe de faire le show jeudi dernier lors d’une intervention aux allures très présidentielles. Connu des Américains surtout pour ses émissions potaches et sa fameuse mèche blonde dorée, l’homme d’affaires serait «incroyablement tenté» de postuler à la Maison Blanche, comme il l’a déclaré lundi 14 février sur Fox News. Lors de la CPAC, il a même lancé devant un parterre de supporters enthousiastes de Ron Paul : « J’aime Ron Paul, je pense qu’il est un bon gars, mais je dois être honnête : il a zéro chance d’être élu » à la Maison-Blanche. Et l’orateur d’ajouter : « étant donné l’état de notre pays, nous avons besoin d’une personne compétitive. (…) Si je suis candidat et que je gagne, ce pays sera respecté à nouveau ». Dont acte, et à bon entendeur.
Le conservatisme américain en proie à un malaise de fond
Toutefois, les discours brillants de la tribune ne sont pas parvenus à éclipser le malaise de fond qui régnait suite au boycott d’un certain nombre d’organisations, protestant contre la participation de GOProud, une association représentant les homosexuels conservateurs. L’année dernière déjà, GOProud avait parrainé la CPAC et avait suscité de nombreux remous parmi les participants, dont certains avaient déjà décidé de ne pas prendre part à l’évènement. Un boycott qui, cette année, aurait pu passer inaperçu s’il n’avait pas été suivi par des poids lourds du mouvement, tels que l’Heritage Foundation, l’American Family Association (AFA), le Family Research Council (FRC) et Concerned Women for America (CWA).
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