GABEGIE. n. f. : Désordre résultant d’une mauvaise administration ou gestion. V. Gaspillage. • ANT. Economie, ordre.
Sarkozie rimerait-elle avec gabegie ? C’est ce qu’affirme la Cour des comptes qui a présenté, vendredi 17 février, son rapport annuel. Sur près de 900 pages, l’institution dénonce, une fois de plus, les gaspillages massifs réalisés par l’Etat l’année passée. Le rapport souligne notamment les anomalies, les largesses et les aberrations de la gestion quotidienne de l’administration publique. Au palmarès de l’argent jeté par les fenêtres, les 662 millions d’euros dépensés au titre du plan de vaccination contre le virus du H1N1 et qui a permis de vacciner quelque…5,4 millions de personnes (8,5% de la population) ; Ces huit corps d’armée dont la France fait partie et qui ne servent à rien, ni personne ; Ou encore le Musée du Sport — musée “fantôme” si l’on en croit la Cour — qui attirerait une “foule” de…50 visiteurs par jours, soit une recette annuelle de 22 758 euros pour 900 000 euros de coûts fixes. En juillet 2008, une exposition de 350 objets a entraîné une dépense de 4,4 millions d’euros. Et la liste ne s’arrête pas là, hélas. Comme le souligne le blogger H16 dans un excellent billet, les niches fiscales couteraient 70 milliards par an à l’état. Energies renouvelables, situation des contrôleurs aériens, Port de Marseille, Fonds de réserve des retraites, les vannes financières du public sont grandes ouvertes.
Aux gaspillages s’ajoutent des subventions en cascade et leur lot d’effets pervers. Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, toujours… On apprend notamment que les aides à l’export, 500 millions en 2009, favoriseraient les délocalisations. De même aux Antilles, 15 000 euros par hectares auraient été alloués sous forme d’aides agricoles aux planteurs de bananes, ce qui n’a pas empêché la chute des effectifs dans les exploitations bénéficiaires (-47% en Guadeloupe et –38% en Martinique entre 2000 et 2007).
L’épée du déficit, toujours suspendue au dessus nos têtes
Alors que le gouvernement prévoyait un déficit public de 4,4 % du PIB en 2009 et de 3,1 % en 2010, celui-ci s’est en fait élevé à 7,5 % du PIB en 2009 et la prévision associée au projet de loi de finances pour 2011 est de 7,7 % en 2010, compte tenu d’un déficit de l’Etat de 148,8 milliards d’euros, et d’un déficit du régime général de sécurité sociale de 23,1 milliards d’euros. Toujours selon la Cour des comptes, sur les 7,7% de PIB de déficit en 2010, près de 5,5% seraient structurels, c’est à dire indépendants de la conjoncture actuelle. Si la France veut tenir l’engagement qu’elle a pris auprès de Bruxelles (un déficit à 3% du PIB à fin 2013), «il faut réduire d’un point ce déficit structurel chaque année» a noté Didier Migaud, premier président de la Cour lors d’une conférence de presse.
Outre l’impact de ces gaspillages sur le porte-monnaie des contribuables, cette incapacité à réduire les dépenses de l’Etat fait peser un vrai risque sur la dette souveraine de la France, qui pourrait perdre son triple A. Les investisseurs ne s’y tromperont pas et pourraient sanctionner la France en augmentant drastiquement le taux d’intérêt des prêts consentis. La situation est d’autant plus sérieuse que les chiffres prévus pour 2010 n’ont pas été atteints et l’année 2011 ne s’annonce pas meilleure pour les finances publiques. A l’ombre des projecteurs médiatiques, braqués sur le Moyen-Orient, le Portugal est déjà dans la tourmente.
La Cour incite donc l’Etat à procéder à de vrais réduction des dépenses, et non seulement à leur gel, à plus de rigueur dans la gestion des administrations et va même jusqu’à recommander le gel du traitement des fonctionnaires jusqu’à 2013, comme elle l’avait déjà fait dans son rapport d’octobre dernier. Sans quoi « le déficit et l’endettement risquent de s’écarter de la trajectoire prévue ».
***
Librement vôtre est membre du réseau LHC







Ajouter un commentaire