L’antiracisme postmoderne démode à la fois Benda, Barrès et Lévi-Strauss et leur oppose à tous trois ce nouveau modèle idéal : l’individu multi-culturel.
« La notion d’identité est devenue d’une plus grande complexité. Nos racines sont plongées chez Montaigne étudié à l’école, Mourousi et la télévision, Touré Kunda, le reggae, Renaud et Laviliers. Nous ne nous posons pas la question de savoir si nous avons perdu nos références culturelles car nous en avons plusieurs et nous avons en commun l a chance de vivre dans un pays qui est un carrefour et où la liberté d’opinion et de conscience est respectée. La réalité de nos références est un métissage culturel… » (Harlem Désir in Espaces 89, L’identité française)
Vous voilà prévenus : si vous estimez que la confusion mentale n’a jamais protégé personne la xénophobie ; si vous vous entêtez à maintenir une hiérarchie sévère des valeurs ; si vous réagissez avec intransigeance au triomphe de l’indistinction ; s’il vous est impossible de couvrir de la même étiquette culturelle l’auteur des Essais et un empereur de la télévision, une méditation conçue pour éveiller l’esprit et un spectacle fait pour l’abrutir ; si vous ne voulez pas, quand bien même l’un serait blanc et l’autre noir, mettre un signe d’égalité entre Beethoven et Bob Marley, c’est que vous appartenez — indéfectiblement — au camp des salauds et des peine-à-jouir. Vous êtes un militant de l’ordre moral et votre attitude est trois fois criminelle : puritain, vous vous interdisez tous les plaisirs de l’existence, despotique, vous fulminez contre ceux qui, ayant rompu avec votre morale du menu unique, ont choisi de vivre à la carte, et vous n’avez qu’un désir : freiner la marche de l’humanité vers l’autonomie ; enfin, vous partagez avec les racistes la phobie du mélange et la pratique de la discrimination : au lieu de l’encourager, vous résistez au métissage.
Que veut la pensée postmoderne ? La même chose que les Lumières : rendre l’homme indépendant, le traiter en grande personne, bref pour parler comme Kant, le sortir de la condition de minorité dont il est lui-même responsable. A cette nuance près que la culture n’est plus considérée comme l’instrument de l’émancipation, mais comme l’une des instances tutélaires qui lui font obstacle. Dans cette optique, les individus auront accompli un pas décisif vers leur majorité, le jour où la pensée cessera d’être une valeur suprême et deviendra aussi facultative (et aussi légitime) que le tiercé ou le Rock’n’roll : pour entrer effectivement dans l’ère de l’autonomie, il nous faut transformer en options toutes les obligations de l’âge autoritaire.
Alain Finkielkraut, dans La défaite de la pensée (1987)
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Librement vôtre est membre du réseau LHC
L’antiracisme postmoderne démode à la fois Benda, Barrès et Lévi-Strauss et leur oppose à tous trois ce nouveau modèle idéal : l’individu multi-culturel.





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