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Splendeurs de la “pensée” postmoderne, par Alain Finkielkraut

Publié le 20 février 2011 par Bntoussaint

Splendeurs de la “pensée” postmoderne, par Alain FinkielkrautL’antiracisme post­mo­derne démode à la fois Benda, Bar­rès et Lévi-Strauss et leur oppose à tous trois ce nou­veau modèle idéal : l’individu multi-culturel.

« La notion d’identité est deve­nue d’une plus grande com­plexité. Nos racines sont plon­gées chez Mon­taigne étudié à l’école, Mou­rousi et la télé­vi­sion, Touré Kunda, le reg­gae, Renaud et Lavi­liers. Nous ne nous posons pas la ques­tion de savoir si nous avons perdu nos réfé­rences cultu­relles car nous en avons plu­sieurs et nous avons en com­mun l a chance de vivre dans un pays qui est un car­re­four et où la liberté d’opinion et de conscience est res­pec­tée. La réa­lité de nos réfé­rences est un métis­sage cultu­rel… » (Har­lem Désir in Espaces 89, L’identité française)

Vous voilà pré­ve­nus : si vous esti­mez que la confu­sion men­tale n’a jamais pro­tégé per­sonne la xéno­pho­bie ; si vous vous entê­tez à main­te­nir une hié­rar­chie sévère des valeurs ; si vous réagis­sez avec intran­si­geance au triomphe de l’indistinction ; s’il vous est impos­sible de cou­vrir de la même étiquette cultu­relle l’auteur des Essais et un empe­reur de la télé­vi­sion, une médi­ta­tion conçue pour éveiller l’esprit et un spec­tacle fait pour l’abrutir ; si vous ne vou­lez pas, quand bien même l’un serait blanc et l’autre noir, mettre un signe d’égalité entre Bee­tho­ven et Bob Mar­ley, c’est que vous appar­te­nez — indé­fec­ti­ble­ment — au camp des salauds et des peine-à-jouir. Vous êtes un mili­tant de l’ordre moral et votre atti­tude est trois fois cri­mi­nelle : puri­tain, vous vous inter­di­sez tous les plai­sirs de l’existence, des­po­tique, vous ful­mi­nez contre ceux qui, ayant rompu avec votre morale du menu unique, ont choisi de vivre à la carte, et vous n’avez qu’un désir : frei­ner la marche de l’humanité vers l’autonomie ; enfin, vous par­ta­gez avec les racistes la pho­bie du mélange et la pra­tique de la dis­cri­mi­na­tion : au lieu de l’encourager, vous résis­tez au métissage.

Que veut la pen­sée post­mo­derne ?  La même chose que les Lumières : rendre l’homme indé­pen­dant, le trai­ter en grande per­sonne, bref pour par­ler comme Kant, le sor­tir de la condi­tion de mino­rité dont il est lui-même res­pon­sable. A cette nuance près que la culture n’est plus consi­dé­rée comme l’instrument de l’émancipation, mais comme l’une des ins­tances tuté­laires qui lui font obs­tacle. Dans cette optique, les indi­vi­dus auront accom­pli un pas déci­sif vers leur majo­rité, le jour où la pen­sée ces­sera d’être une valeur suprême et devien­dra aussi facul­ta­tive (et aussi légi­time) que le tiercé ou le Rock’n’roll : pour entrer effec­ti­ve­ment dans l’ère de l’autonomie, il nous faut trans­for­mer en options toutes les obli­ga­tions de l’âge autoritaire.

Alain Fin­kiel­kraut, dans La défaite de la pen­sée (1987)

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