
C'est pénible d'assister à la mort lente d'un grand réalisateur. C'est à peu près ce qui se passe avec Takashi Miike depuis, au choix, 2003, 2004 ou 2005. Pour faire simple, cet excellent réalisateur n'a pas vraiment sévi positivement sur la toile blanche depuis presque dix ans. Ce qui, pour Takashi Miike, stakhanoviste de la pellicule, correspond au moins à une vingtaine de longs métrages. Depuis 2003, Miike a alterné de très bons films (Gozu et La mort en ligne), un ofni (Izo), des films moyens (Sukiyaki Western Django, God's Puzzle et Yatterman), des téléfilms (Detective Story) et des catastrophes lucratives (Crow Zero 1 et 2, merdes ultimes dans lesquelles même Klaus Kinski n'aurait pas accepté de jouer). Zebraman 2 se situe dans la lignée des films moyens... mais comme Miike est un cinéaste de renom, on dira que Zebraman 2 est un mauvais film.
La Zebra Police sexy : très fasciste et très zeitgeist.Oui, c'est vraiment pénible de dire du mal de Miike tant il a fait rêver avec son chef-d'œuvre Bird People in China (1998), découvert en retard en Occident, avec ses polars vitaminés junkies, violents et scatologiques (la trilogie Shinjuku), ses délires oniriques (Dead or Alive 2) et sa parodie d'ultra-violence (Ichi the Killer). Autant de films superbes réalisés en moins de 10 ans, dans une frénésie créative, qu'on jurerait sous laudanum et sous méthédrine. Depuis cet âge d'or, Miike, qui tourne, il est vrai, sans cesse (malgré un léger calme ces trois dernières années), s'est usé, et a, semble-t-il, tourné le dos aux films de yakuzas et d'extrême violence surréaliste.

Zebra Queen en voie de "pétassisation". Alain Soral appréciera.En 2010, il y a donc Zebraman 2, suite de Zebraman (2004), histoire parodique de super-héros en plein Tokyo, renommé "Zebra City". L'histoire ? En 2010, le sauveur de l'humanité des attaques extra-terrestres, Zebraman, est capturé par des êtres malfaisants. Il se réveille en 2025, le cerveau lavé et la ville transformée : deux fois par jour, pendant cinq minutes, l'anarchie la plus totale peut régner dans la ville (meurtres arbitraires, viols. bombes au phosphore). S'ensuit étrangement (ou pas), une baisse de la criminalité de 50 % : l'histoire de la dualité entre le bien et le mal. Du mal, qui, permis dix minutes par jour, entraîne un défouloir maitrisé et impuni sur les plus faibles. Toute allusion au conflit israélo-palestinien est évidemment fortuite.
Luttez contre le SIDA grâce à Zebraman. CQFD.Au final, Zebraman 2 est un film bien soporifique, avec, bien sûr, trois ou quatre scènes dignes de Takashi Miike. Ce qui reste court pour l'amateur du nippon fou. Et on craint pour la suite de son œuvre, qui relève plus de la commande de bureau que de l'intérêt artistique (13 Assassins, à suivre).
Petit extrait de Zebraman 2 : pastiche des clips salaces de Christina Aliguera.






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