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Lock-out dans la NFL: les conséquences

Publié le 07 mars 2011 par Sixverges
Lock-out dans la NFL: les conséquencesPour le dernier article de sa série sur le possible lock-out dans la NFL, JR regarde les aspects légaux de la situation ainsi que les impacts d’un arrêt de travail.
Même s’il ne faut pas trop s’emballer de cette semaine de négos supplémentaires (après tout il y avait aussi report de la date butoir dans les pourparlers avant le début du lock-out au Journal de Montréal), il y a enfin un peu d’espoir pour les amateurs de football. Allumez vos lampions, car les conséquences d’un arrêt de travail prolongé n’ont rien d’agréable et la voie des tribunaux que semble vouloir adopter la NFLPA est parsemée d’embuches et ne garantit en rien qu’il y aura du football en septembre prochain.
-Ce que chaque partie perd…-
Des dollars…. Beaucoup de dollars. C’est ça que perdront principalement joueurs et propriétaires au fur et à mesure que le conflit progressera. On l’a vu, les sommes en jeu sont démentes. Si le conflit devait durer jusqu’au début des camps d’entraînement, on estime que la perte globale à assumer serait de 350 000 000 $. Ça grimpe au milliard de dollars si le calendrier hors-concours est annulé. Finalement, chaque semaine régulière d’activité devrait coûter aux belligérants la modique somme de 400 millions de billets verts.
Évidemment, les grands perdants dans ce scénario sont les joueurs. Pour eux, l’équation est simple : pas de football, pas de salaire. Historiquement, c’est toujours le point qui a écourté les conflits de travail. Les carrières sont courtes, les fonds pas toujours gérés intelligemment et contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas tous les joueurs qui touchent au gros lot et qui peuvent se permettre de ne pas travailler pendant un an. Sans compter que ceux qui doivent chaque année se battre pour une place dans les diverses formations ne sont pas chaud à l’idée de ne pas jouer au football pendant un an et devoir se battre contre l’équivalent de 2 cuvées de recrues universitaires en 2012.
Quant aux propriétaires, ils se croyaient blindés. Comme vous le savez, ils prévoyaient encaisser les milliards des contrats de télé, football ou non cet automne. Il faut faire attention, car les montants encaissés auraient dû être crédités en partie dans les négociations des futurs droits de télé, mais les liquidités immédiates permettaient quand même aux proprios de faire leurs paiements sur la dette. L’ami des joueurs, le juge fédéral David Doty a cassé ça dans un jugement récent. Si on connaît le verdict, l’impact financier de tout cela est encore incertain, le juge n’ayant toujours pas cédulé la rencontre qui déterminera si des dommages punitifs devront être versés aux joueurs ou même si les versements des réseaux de télé seront annulés. Mais l’incertitude fait peur aux propriétaires, surtout que le juge Doty a toujours penché du côté des joueurs dans chacune de ses décisions. Il serait surprenant qu’il change maintenant. Bref, même si l’impact qu’aura ce jugement (qui peut aussi être porté en appel) n’est pas encore déterminé, il aura au moins eu l’effet de rétablir un peu la balance du pouvoir dans les négociations actuelles. Malgré ce revers, ne faites pas tout de suite une collecte de fonds pour venir en aide aux proprios, ils peuvent se permettre, bien plus que les joueurs, un automne sans revenus.
-La voie légale-
Cette action en justice pourrait n’avoir été que le premier acte d’une longue saga devant les tribunaux si les pourparlers de cette semaine échouent. La menace de la désyndicalisation de l’union des joueurs pèse toujours et a gagné en crédibilité jeudi dernier. L’idée est simple, mais les ramifications sont complexes… et pour la plupart inconnues.
Si le NFLPA choisit de se dissoudre, ils le feront juste avant qu’un lock-out ne soit décrété. Le but principal de cette manœuvre est que toutes les procédures judiciaires en découlant se retrouvent sur le bureau de leur juge fétiche, le juge Doty. C’est cet ancien Marine de 82 ans qui hérite de ces cas, car il a commencé à s’occuper du dossier dès 1990. Et selon le système judiciaire amerloque, dès qu’un juge fédéral prend un dossier en main, toutes les causes s’y rattachant lui reviennent. Doty a systématiquement favorisé les joueurs durant toutes ces années, au point où les proprios ont présenté une très inhabituelle requête pour le destituer récemment. Sans succès toutefois et la crainte du juge Doty est probablement l’arme la plus forte que possède le syndicat à la table de négociations ces jours-ci.
Une NFLPA dissoute forcerait les propriétaires à décréter unilatéralement les conditions de travail dans la NFL, puisque les joueurs n’auraient plus de représentation commune. Ces conditions seraient évidemment les mêmes pour toutes les équipes, ce qui permettraient aux joueurs de les contester selon la Loi anti-monopole. En fait, ils contesteraient l’exemption qu’ont les grandes ligues de sport professionnel sous cette Loi. Il est effectivement anormal, dans un secteur d’économie régulier, que 32 entreprises concurrentes offrent toutes exactement les mêmes conditions de travail! Peyton Manning, Drew Brees et Tom Brady seraient volontaires pour cette procédure qui doit effectivement être portée par des gros noms. Le D-Line réserviste qui s’y essaie pourrait en effet d’avoir de la difficulté à se trouver un emploi à la fin du conflit! Ces procès vont cependant durer des années, donc des joueurs tenteront d’obtenir une injonction interdisant aux propriétaires la tenue d’un lock out. Une telle injonction nous garantirait évidemment du football à l’automne, mais elle semble improbable. Quant aux procès sur l’exemption dont bénéficie la NFL face à la Loi anti-monopole, leur issue est difficile à prédire. C’est toutefois un immense risque pour les joueurs, car une défaite en Cour hypothèquerait lourdement toute forme de pouvoir de négociations qu’ils auront pour longtemps.
On se doute bien que les propriétaires ne se laisseront pas attaquer sans répondre. Ils ont déjà déposé des requêtes à l’équivalence américaine de la commission des normes du travail à l’effet que les joueurs ne voulaient pas négocier de bonne foi, mais seulement aller en conflit, une entrave claire à la dernière convention collective. Ironiquement, c’est un peu le même argument que le NFLPA a utilisé contre eux dans l’histoire des droits de télévision. De plus, en cas de désyndicalisation et de contestation subséquente, la NFL intentera une poursuite disant que la dissolution du NFLPA n’est pas concrète, que dans les faits, les joueurs agissent toujours de manière concertée.
Toutefois, l’arme principale des proprios serait la non-solidarité des joueurs. La NFL, c’est environ 1 700 joueurs, dont les intérêts sont très diversifiés. Beaucoup trop diversifiés pour qu’ils marchent comme des petits moutons dans la so-so-so solidarité syndicale qui favorisera inévitablement les gros salariés. On peut donc penser que peu à peu, certains quitteront le rang et retourneraient au jeu aux conditions dictées par les patrons. Pour les dirigeants de l’association des joueurs, la désyndicalisation est aussi un risque majeur. Lorsqu’elle sera reformée, qui dit que ce seront eux qui seront aux commandes? La nature à horreur du vide, surtout lorsqu’il s’agit de représenter des millionnaires et on peut facilement présumer que plusieurs groupes se formeront pour représenter les joueurs. En bref, la désyndicalisation est probablement une meilleure menace pour forcer les propriétaires à négocier qu’une solution possible au règlement du conflit.
Pour plus d’infos à ce sujet, voyez cet article d’ESPN sur le sujet.
-Les options des joueurs dans d’autres ligues-
Lors des conflits précédents, la ligue a utilisé des joueurs de remplacement jusqu’à ce que, graduellement, les réguliers brisent les rangs syndicaux et reviennent au jeu. Une telle option est toujours envisageable aujourd’hui, mais difficile à prendre au sérieux en cette ère d’hyper médiatisation. Elle risquerait probablement de créer plus de publicité négative aux proprios qu’autre chose.
Par contre, plusieurs croient que le lock out de la NFL faisait partie du plan d’affaires de la UFL lors de la création de celle-ci il y a 2 ans. L’obscur circuit un peu bric-à-brac pourrait devenir le plus gros calibre de football présenté aux USA cet automne si le conflit s’éternise. Certains joueurs pourraient faire le saut, même s’il serait surprenant que les gros noms aux contrats mirobolants aillent y risquer des blessures. Mais des joueurs de profondeur pourraient préférer la certitude d’un chèque de paie (même moindre) à l’incertitude régnant dans le circuit Goodell. Sans compter que la nouvelle ligue tentera bien quelques grands coups avec des gros noms pour faire parler d’eux. Chose certaine, plus le conflit se prolonge dans la grosse ligue, plus la UFL a des chances de percer.
Par contre, ceux qui rêvent de voir Peyton Manning dans l’uniforme des Blue Bombers seront déçus! La CFL et la NFL respectent les contrats en vigueur dans l’autre ligue (habituellement c’est à l’avantage du football canadien) et la saison ici commence trop tôt pour que des joueurs autonomes fassent défection.
-Les autres conséquences- 
Les impacts seront nombreux si un conflit de travail éclate, à commencer par ceux sur nous, les amateurs, qui seront privés de notre sport préféré pendant un certain temps. Joueurs et dirigeants sous-estiment l’impact négatif qu’aurait leur guerre de riches, surtout dans un pays durement touché par la récession. Difficile de faire des prédictions toutefois, car si le hockey s’est fort bien remis de son arrêt de travail, le baseball a eu besoin d’une course aux circuits stéroïdée 2-3 ans après la grève pour ramener un peu de partisans dans les stades.
Un lock out veut aussi dire la suspension des activités de la ligue. Donc, pas d’échanges, de signatures de contrats ou autres mouvements de personnel. Les joueurs n’auront plus accès aux divers complexes des équipes, là où plusieurs s’entraînent durant l’hiver. Seule exception, le repêchage aura lieu en avril comme prévu, mais sans échanges possibles, certaines équipes seront perdantes. Par exemple, si les Bengals repêchent un QB ou un WR dans les premières rondes, on peut penser que ça affectera négativement les valeurs d’échanges futures de Carson Palmer ou Chad Ocho Cinco. Vous devrez aussi attendre avant d’acheter le gilet du nouvel espoir de votre équipe préférée, car l’accord de la NFLPA est requis pour vendre du matériel promotionnel à l’effigie des joueurs.
Dans la catégorie des perspectives inquiétantes, le code de conduite actuellement en vigueur ne sera pas appliqué durant le lock-out. Ceci inclut, le « substance abuse policy ». On prédit donc un été florissant à l’économie souterraine américaine!! Également, toutes les restrictions sur le type de contrats de marketing que les joueurs pourront accepter sautent. On sent certains joueurs capables de trésors d’imagination afin de rester dans l’actualité!!
Finalement, comme c’est souvent le cas dans le monde du divertissement, les victimes principales de ce conflit sont celles dont on se contrefout. Une équipe de la NFL, ce n’est pas que joueurs et propriétaires. C’est aussi des réceptionnistes, gens du marketing, de l’administration, de l’entretien, etc. Ces gens, qui ne sont pas millionnaires eux, seront graduellement mis au chômage, en nombre de plus en plus important au fur et à mesure que le conflit progressera. Dans un pays qui peine à se relever d’une crise économique majeure, ces gens sont les vraies victimes de cette guerre de riches. Pour eux, mais surtout pour nous (soyons égoïstes mais honnêtes quand même!), il est donc à souhaiter que les négociations de cette semaine conduisent à un règlement et qu’on puisse enfin recommencer à parler football!

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