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The Fighter : Black Swan sur le ring

Par Cineblogywood @Cineblogywood
The Fighter : Black Swan sur le ring
En salles : Vraiment, un très grand film. OK, de prime abord, un énième film sur la boxe, après la saga Rocky, Raging Bull, Fat City ou Million Dollar Baby, qu’en attendre de neuf ? Et ce n’est pas l’argument "tirée d’une histoire vraie" qui en fait un gage de qualité…
Et pourtant, le film de David O. Russell – qui, dix ans après Les Rois du Désert, signe un véritable come-back - éveille plus que l’attention. Il nous emporte KO debout dès les premières images. On a beau connaître le déroulé de l’intrigue et ses figures imposées (come-back, ascension, chute), on est constamment surpris. Car le parti pris de David O. Russell est de mettre l’accent sur deux aspects jamais vus alors : l’histoire d’une émancipation (familiale, sociale, amoureuse) ; la relation maléfique qui unit deux frères.

Come-back réussi
Hein ? Mais on dirait peu ou prou Black Swan, me direz-vous ? Eh bien oui ! Car à l’origine du film, on trouve Darren Aronofsky. Lequel a longtemps porté le projet aux côtés de Mark Wahlberg, avant que Brad Pitt, envisagé dans le rôle du frère aîné, ne jette l’éponge. Et lui rejoue du même coup l’histoire de The Fountain que l’acteur avait abandonné au dernier moment.
Si les similarités entre les deux films sont patentes, en revanche, stylistiquement, rien ne les rapproche. Alors que Darren Aronofsky penche résolument vers le baroque, David O. Russel opte pour le naturalisme, aidé en cela par le chef op de Morse, Hoyte van Hoytema. La banlieue de Boston, Lowell, le chômage, les virées au pub, la coke, la coexistence entre Cambodgiens et wasps : tout sonne vrai et juste. Le tout saupoudré d’humour, pour ne jamais sombrer dans le misérabilisme, bien au contraire. Ah, quel bonheur que de retrouver là la patte 70’s d’un Bob Rafelson - 5 Pièces Faciles – d’un Robert Mulligan – Les Chaînes du Sang - ou d’un Ivan Passer – Cutter’s way !
Dans la lignée de Rafelson et Huston
La question du point de vue s’avère essentielle. En se concentrant sur la double trajectoire de deux frangins mus par la même passion – la boxe -, l’un sur le déclin et perdu dans le crack, l’autre admiratif de son aîné, mais soucieux de se débarrasser de son emprise et de celle des siens pour vivre sa vie, David O.Russel se distingue du tout venant du film de boxe. D’où sa tactique : prendre son sujet de biais, par ses à côtés. Dépeindre le milieu familial – deux frères dans un univers exclusivement féminin, dominé par une mère mante religieuse – plutôt que l’entraînement ; se plonger dans l’univers carcéral et décrépit de son frangin plutôt que les magouilles des organisateurs de boxe ; bref, la banlieue plutôt que Las Vegas. Ce qui le rapproche du blème Fat City de John Huston plutôt que du clinquant Ali de Michael Mann. Et pour finir sur une apothéose, certes attendue, mais vraiment exultante et libératrice. Comme un KO final.
Enfin, le casting : Christian Bale s’est fait la tête de John Cazale (Le Parrain, Voyage au bout de l’enfer) – yeux exhorbités, mèche rebelle à la Woody Woodpecker, corps émacié – et livre une composition hallucinante ; Melissa Leo, dans le rôle de la mère, parvient grâce à ce seul rôle au firmament des plus grandes actrices de genre, Shelley Winters ou Gena RowlandsOscars mérités pour ces deux-là. Dans un rôle plus effacé, il faut noter la composition tout en finesse de la rousse Amy Adams. Enfin, Mark Wahlberg : étonnamment bon dans Les Infiltrés de Scorsese, étonnamment sobre et placide chez James Gray, il livre là LA composition de sa carrière. Tout en retenue et finesse, il parvient eu à peu à imposer son jeu face à celui d’un Christian Bale plus démonstratif. Pour le mettre KO debout. Du grand art.
Travis Bickle


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