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Les trois classes populaires

Publié le 10 mars 2011 par Bernard Girard
Libération s'inquiète ce matin de la capacité de la gauche à répondre aux attentes des classes populaires. "A quatorze mois de la présidentielle, écrit son éditorialiste et nouveau directeur, Nicolas Demorand, les socialistes n’ont rien, ou pas grand-chose, à dire au peuple. Pas d’alternative crédible ou tout simplement audible sur le chômage et l’emploi, l’industrie, la mondialisation. Pas de contre-discours clair, positif, serein sur la nation, l’immigration et même la laïcité. Bref, pas de programme capable de faire vivre l’espoir d’un sort meilleur pour tous, et notamment les plus fragiles." Un clou qu'enfonce, dans une interview Pascal Perrineau du Cevipof : " Le PS a parfois été flou sur la laïcité (sic. quand? qui? on aimerait savoir). Et quand il y a du brouillage, on sait que la politique a horreur du vide. Les classes populaires qui n’ont pas trouvé de réponses sur certains thèmes ont pu aller voir ailleurs et voter autrement." Mais pourquoi?
Ce qui me surprend et me gêne dans ces analyses est qu'elles envisagent les classes populaires (que l'on confond souvent dans les articles avec les ouvriers) comme un bloc unique quand elles sont divisées, partagées en au moins trois grands groupes aux intérêts divergents, divergences qui expliquent peut-être mieux que tout les difficultés de la gauche et du PS à répondre à leurs attentes. Il y a :
- les "intégrés" au milieu international, ceux qui travaillent dans ces entreprises du CAC 40 (et dans toutes celles exportent une part importante de leur production) qui savent que le monde est ouvert et qui en profitent : ils ont de bons salaires, des métiers intéressants et une certaine sécurité de l'emploi,
- les "protégés" qui travaillent dans la fonction publique, qui n'ont guère à craindre pour leur emploi mais qui ont à souffrir de la crise (leurs salaires n'augmentent pas), des mesures prises par le gouvernement (le non-remplacement d'un retraité sur deux augmente leur charge de travail et dégrade la qualité de leurs prestations) et qui souffrent de ce que les psychologues appellent une déprivation relative (à diplômes similaires et à compétences égales ils sont moins bien traités que les intégrés),
- les "menacés" qui travaillent dans les PME, dans les entreprises que la concurrence internationale condamne aux délocalisations, directement confrontés à la précarité, au risque du chômage…
Les commentateurs insistent tous sur les scores élevés du FN dans les classes populaires, il serait intéressant de savoir dans quelle catégorie il les obtient vraiment. Parce qu'il ne vise pas également ces trois classes populaires. Marine Le Pen s'adresse explicitement aux "menacés" auxquels elle propose une solution de "bon sens" : le protectionnisme. Avec ses discours sur les services publics qu'il faut sauver, elle cherche à séduire les "protégés" les plus exaspérés par le "démantèlement" des services publics. C'est sur ce terrain que lui fait le plus vivement concurrence l'extrême-gauche. Elle néglige les "intégrés". Est-ce que ce sont ceux qui résistent le mieux à son offensive?
La gauche serait sans doute plus à l'aise pour répondre aux attentes des classes populaires si elle savait comment parler simultanément aux trois.  Mais est-ce possible quand le protectionnisme que demande les "menacés" va exactement à l'encontre des intérêts des "intégrés"?


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