Triple cui-cui et bingo! Le livre imprimé le plus cher du monde vient d'être vendu chez Sotheby's 8,7 millions d'€ à Londres. Il s'agit d'une des 100 éditions de l'oeuvre de John James Audubon, Les oiseaux d'Amérique. Cet ouvrage, publié à Londres de 1827 à 1938 a fait la renommée mondiale de son auteur, qui ne sera jamais vraiment reconnu par la France.De 1808 à 1838, le peintre ornithologie franco-américain peint 435 planches des oiseaux d'Amérique, observés dans leur habitat naturel et dûment répertoriés en familles. Le papier choisi est un format double éléphant, 98 X 76 cm qui permet de dessiner les oiseaux dans leur milieu naturel et en taille réelle, etmême si certaines postures ( le pink flamingo est repésenté tête inclinée pour respecter le format, idem le grand héron). Il publira ensuite les notes concernant ses espèces dans un autre opus en 1844.
Né à Saint Domingue, le jeune John James quitte son pays nantais, part en Pennsylvanie pour échapper à la conscription de Napoléon, et passionné de nature, chasse et pêche depuis son enfance, commence en 1808 à dessiner des oiseaux; lui qui a appris à peindre avec David, le portraitiste de Napoléon, confronte son talent à celui de Wilson, peintre ornithologue et comprend qu'il est réellement doué.
Délaissant ses affaires commerciales, il vit chichement avec sa femme Lucy et sa famille, se consacrant tout entier à ses dessins. Dans son passionnant journal, dédié à ses enfants, il raconte qu'à Natchez, le 26 décembre 1820, dépouvu d'argent, il cherche à réaliser des portraits pour subvenir à ses besoins ( 5 $ pièce!). Activité qu'il poursuivra régulièrement ( tarifs de 14 à 25$) et lui permet de poursuivre son périple, le fusil à la main, le violon dans le dos et ses crayons dans sa musette. Fin observateur des volatiles comme des hommes, il note avec humour et mordant les travers de ses congénères ( au Labrador, en plein hiver, il fustige les hommes blancs qui épargnent les oiseaux quand il n'y a plus de chair sur les os, et pas de marché pour les os).
A partir de 1828, il va se partager entre la recherche de souscriptions en Angleterre pour faire paraître ses oeuvres et la colorisation de ses planches, chez le graveur Havell, tandis que des séjours dans le continent américain du Labrador, au Texas, aux Caroline et à la Floride pour les oiseaux du sud.
Influencé par celles qu'il appelle les fables délicieuses de la Fontaine, dédiées aux oiseaux, il met en pratique 2 adages: "Quiconque a beaucoup vu, peut avoir beaucoup retenu" et "tôt levé, tôt couché" l'incitent à parcourir la nature de l'aube au crépuscule.
Au début de sa carrière, il dessinait les animaux morts de façon anatomique (ses préférés les piouis ont été croqués des centaines de fois) et a même peint des enseignes pour marchands de volailles, avant de se rendre à l'évidence de la mise en scène des attitudes naturelles. Pédagogue, Audubon a toujours expliqué sa méthode, pour faire progresser l'art ornithologique, tout autant que visionnaire, il se bâtit pour la préservation de la nature. 50 ans après sa mort, la National Audubon society est créée et avec 600 000 membres est la plus importante organisation écologique aux USA. Son but est de conserver et restaurer l'écosystème, en privilégiant les oiseaux, la vie sauvage et leurs habitats, pour le plus grand bien de l'humanité et de la bio diversité. Une mission indispensable, car dès la ruée vers l'or en Californie, et la guerre de Sécession, l'habitat naturel des oiseaux est saccagé, et certaines espèces ont disparu. Installé sur les bords de l'Hudson, il meurt en 1851. Son merveilleux petit peuple à plumes est aujourd'hui porté au pinacle.L'oeuvre d'une vie et d'une humanité peut-être est préservée.
Photo: une planche de mangrove cuckoo.







Ajouter un commentaire