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Une épine nommée Marine

Publié le 25 mars 2011 par Bntoussaint

Marine Le Pen a le vent en poupe. Le bon score du premier tour des cantonales confirme l’aura de la présidente du Front national dans les sondages. Une épine qui indispose autant la droite que la gauche, voire même l’extrême gauche.

Une épine nommée Marine

(crédit photo : flickr)

L’Histoire est ingrate, doit penser Nicolas Sarkozy depuis quelques semaines. Lui qui pensait avoir réglé la question du Front national en 2007 doit se rendre à l’évidence : le parti frontiste n’est pas mort et il a réussi à se maintenir dans plus de 400 cantons. Il serait même en tête dans 40 d’entre eux. Un score “historique”, selon la présidente du FN qui table sur une fourchette de 10 à 50 élus dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, la Moselle ou le Pas-de-Calais. La faute à l’abstention? Pas si sur. Ces bons résultats confirment l’ascension de Marine Le Pen dans l’opinion depuis sa prise de pouvoir en janvier dernier.Plus vivante que jamais, l’extrême droite française est en train de devenir un casse-tête pour tout l’échiquier politique.

A droite tout d’abord. Après l’échec de la stratégie du cordon sanitaire, voulue par Jacques Chirac, qui s’est soldée par le 21 avril 2002, Nicolas Sarkozy a tenté de reprendre à son compte un discours plus musclé sur l’immigration et la sécurité. Il pensait permettre à l’électorat frontiste un retour honorable vers “la droite républicaine”. En vain. Insolents, plusieurs sondages réalisés par l’Ifop, le CSA ou TNS Sofres placent même Marine Le Pen en tête du premier tour à 25% de suffrages, devant Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn. Un affront pour ces deux poids lourds.

Mal à l’aise, la majorité s’étripe concernant les consignes de vote à donner entre les deux tours et l’adhésion au “Front républicain” peine à convaincre. Faut-il appeler à voter pour les socialistes — un crève coeur pour les barons de l’UMP —, ou faut-il appeler à l’abstention, au risque de faire le jeu du FN ? La position retenue du ni-ni (ni PS, ni FN) est loin de faire l’unanimité. Nicolas Sarkozy a même du rappeler à l’ordre son Premier ministre qui s’est démarqué du reste de son camp en appelant à voter contre le Front national. Une façon de poser les premiers jalons de l’après-Nicolas Sarkozy, ont persiflé quelques mauvaises langues…

Pas mieux lotie, la gauche observe, impuissante, le Front national s’ériger en seul véritable rempart de la laïcité et de la République, contre le relativisme ambiant et un Islam conquérant. Le Parti socialiste, tout comme l’extrême gauche, a déjà perdu le vote des ouvriers qui se tournent désormais massivement vers l’extrême droite. Il est en train de perdre également le vote de tous ceux qui constatent les dérives d’un modèle multiculturaliste qui s’est imposé de fait dans de nombreux quartiers. “Le politiquement correct veut nous empêcher de voir ce que nous voyons“, disait le philosophe Alain Finkielkraut. Il veut aussi empêcher ceux qui souffrent de s’exprimer. Retirées dans une douillette tour d’ivoire, les belles âmes droit-de-l’hommistes jettent un regard méprisant à ces « gros cons » qui votent Front national.


Sophia Aram (France Inter) : « Les gros cons qui… par bergheim

Ces censeurs de la bienpensance montrent surtout à quel point ils sont éloignés des réalités : loin de ces Français affolés par le recul du modèle républicain et la montée du communautarisme.

Le Front national virerait-il à l’extrême gauche ?

Surtout, le Front national apporte une réponse inédite en matière économique. « À chaque fois qu’un secteur est transféré du public vers le privé, cela se traduit par une régression de l’égalité et par une explosion des coûts. Je suis donc pour un service public des transports, de l’éducation, de la santé, des banques et des personnes âgées. Et je suis également pour l’intervention de l’État dans des secteurs stratégiques : énergie, communications, télécommunications et médias. Je réfléchis par ailleurs à une révolution fiscale qui rétablirait notamment l’équilibre entre le capital et le travail. » (Entretien, Causeur, janvier 2011). Ces mots ne sont pas ceux d’Olivier Besancenot, mais bien de Marine Le Pen.

Remisés les vieux slogans poujadistes en faveur des artisans et des petits commerçants. Sur les thèmes de l’économie et de l’Etat providence, la présidente du FN développe un discours nouveau que Jean-Luc Mélenchon ne renierait pas. Au-delà des passes d’armes rhétoriques, il n’était d’ailleurs pas si aisé  de leur trouver des points de divergence lors de leur débat sur RMC. Les deux leaders populistes tirent sur les mêmes cibles : la mondialisation, le capitalisme, “l’ultralibéralisme”, les médias, “le système UMPS”, etc. Preuve que les extrêmes se rejoignent, plus qu’ils ne se repoussent.

Un parti extrême…comme les autres ?

Miné par l’abstention, il serait toutefois hasardeux de prêter trop d’importance au résultat de ces élections. Et puis les cantonales ne passionnent pas les foules, on y a donc plus facilement tendance à voter avec ses pieds. Le Front national n’est encore qu’une épine dans le soulier des grands partis. En revanche, ce coup de semonce devrait inciter les responsables politiques de tout bord à changer radicalement de stratégie.

La faillite du modèle multiculturel, déjà constatée en Allemagne et en Grande-Bretagne, ne doit pas être ignorée en France. Ni sa diabolisation, ni sa récupération ne permettront de contenir le FN. Bien au contraire, l’histoire montre qu’elles l’ont plutôt servi. En matière économique, les propositions de Marine Le Pen, teintées d’interventionnisme forcenée et d’isolationnisme, seraient catastrophiques pour le pays, endettés et en perte de compétitivité sur ses concurrents. En matière de politique intérieure, si les solutions proposées sont irréalistes, elles ne doivent pas éclipser la pertinence des problèmes soulevés par le parti frontiste. Débattre, argumenter et montrer les défauts des thèses de l’extrême droite semble être la stratégie la plus probante pour la combattre. Pour cela, il faudra d’abord accepter de regarder la réalité en face et ne s’interdire aucun débat, même les plus tabous.

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Une épine nommée Marine Librement vôtre est membre du réseau LHC

 

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