Publié sur Le Bulletin d’Amérique
La réforme de la santé voulue par Barack Obama a bien du mal à s’imposer aux Etats-Unis. Bataille de chiffres sur le coût réel du projet, impopularité, risque d’inconstitutionnalité, la mise en application du nouveau système est devenue un casse-tête pour l’administration en place.

(crédit photo : marcn, on Flickr)
C’était il y a tout juste un an. Le 23 mars 2010, Barack Obama apposait sa signature au projet de réforme du système de santé et de couverture maladie aux Etats-Unis. Un moment que beaucoup de commentateurs jugeaient « historique ». A l’issue d’un vote à l’arrachée, cette loi devait permettre à près de 16 millions d’Américains privés de couverture de bénéficier enfin du Medicaid. Le 16 mars dernier, la secrétaire à la santé et aux services sociaux Kathleen Sebelius se félicitait de « la différence énorme que cela a entrainé dans la vie des Américains ». Seulement voilà : l’Obamacare est plus impopulaire que jamais dans tous les pays. Plusieurs juges fédéraux ont même déjà laissé entendre que le Individual mandate — la mesure phare qui oblige quiconque à souscrire une couverture médicale — serait inconstitutionnel.
« Je pense que le projet Healthcare deviendra de plus en plus populaire avec le temps », déclarait David Axelrod, conseiller principal de la Maison Blanche, en septembre dernier. Toutefois, si l’on en croit les derniers sondages parus aux Etats-Unis, ce serait tout l’inverse. La réforme du système de santé américain susciterait une hostilité croissante de la part des personnes interrogées. Et pour cause : pour Kim Strasseil dans le Wall Street Journal, de nombreuses personnes âgées auraient perdu les avantages de leur ancien Medicare, pendant que des millions d’Américains ont été contraints de trouver de nouvelles solutions de santé, notamment à cause de la flambée des primes.
Une réforme devenue impopulaire
L’année dernière, le journal Newsweek montrait que seuls 40% des sondés soutenaient l’Obamacare et 49% le désapprouvaient. Ils ne seraient plus que 37% à appuyer la politique du président, contre 56% d’opinions défavorables. En outre, selon la Kaiser Family Foundation, 62% des personnes interrogées considèreraient que la nouvelle loi n’aura aucun effet sur leur vie ou aura des conséquences négatives.
« L’Affordable Care Act n’est pas parfait; aucune loi n’est jamais », s’est défendue Kathleen Sebelius dans une tribune publiée vendredi dernier dans The Columbus Dispatch. La secrétaire a notamment rappelé que l’administration Obama était toujours ouverte à des idées pour l’améliorer. Par exemple, « le président a rejoint les démocrates et les républicains en demandant l’abrogation de certaines formalités administratives, jugées trop lourde pour les petites entreprises », a-t-elle précisé.
L’administration Obama n’avait pourtant pas ménagé ses efforts pour gagner la sympathie des citoyens en visant directement le porte-monnaie des assurés. Comme le rapportait le journal The Economist cette semaine, certaines mesures imposent désormais aux assureurs de couvrir les enfants jusqu’à 26 ans sur l’assurance de leurs parents, ce qui bénéficiera à environ 1,2 million de jeunes. D’autre part, près de 48 millions de personnes affiliées au Medicare, le régime de santé du Gouvernement pour les personnes âgées, bénéficieront de la gratuité des services de prévention tels que les colonoscopies et les mammographies. En 2010, quatre millions d’entre eux ont obtenu 250 millions de dollars de remboursements d’impôt pour payer des médicaments. En vain, cependant, pour conquérir le cœur des Américains.
Bataille de chiffres
Les critiques des Républicains qui tirent à boulets rouges sur la nouvelle loi commencent à faire effet. Une large part de la population considère que le coût de cette réforme est exorbitant pour le budget fédéral, déjà lourdement endetté. Difficile cependant de savoir exactement l’ampleur des dépenses supplémentaires. Les deux camps se mènent une véritable bataille de chiffres sur cette question, chacun accusant l’autre de manipuler les données dans le sens qui lui est favorables.
Un rapport du Comité sur l’Energie et le Commerce, produit conjointement par le Sénat et la chambre des représentants, estime toutefois que la réforme Health care n’est pas soutenable pour les états de l’Union, dont le déficit cumulé atteint les 175 milliards de dollars. Au terme d’une analyse état par état, cette étude annonce que le nouveau système entrainera une dépense supplémentaire de 118 milliards de dollars pour les 11 prochaines années. Une conclusion hautement contestée par l’administration Obama qui table sur les futurs gains de productivité et l’innovation pour réduire le déficit.
Au Massachusets, cet état pilote pour la mise en place de la réforme, le gouverneur Deval Patrick a jeté un pavé dans la mare récemment. Cet ami proche du président, fervent défenseur de l’Obamacare, a expliqué que la priorité était d’étendre l’accès aux soins, plutôt que de contrôler les coûts budgétaires. Il n’en fallait pas d’avantage au Républicains pour y voir la face sombre du projet : la confirmation que l’Obamacare va être un gouffre financier pour le pays.
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Librement vôtre est membre du réseau LHC







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