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PS / FN, l’effet boomerang des années 80

Publié le 27 mars 2011 par Alex75

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Après une semaine de polémiques et de débats sémantiques à droite, sur l'attitude à adopter à droite pour l'entre-deux-tours des cantonalesni ni ou Front républicain“, la gauche a aussi des raisons de s'interroger, voire de s'inquiéter. De tout de façon, les électeurs voteront en leur âme et conscience, dans le secret de l'isoloir. L'UMP et le PS doivent rester modestes, quant au succès des consignes de vote auprès des électeurs. Mais la problématique est sinon plus profonde que cela. Le Front National est toujours présenté comme l'affaire de la droite, le monstre, la question morale qui lui est posée. Mais la gauche a longtemps joué sur du velours (notamment dans les années 80), avec la question du vote FN, entre moralisme et un certain cynisme électoral. On se souvient de la célèbre phrase de Pierre Bérégovoy, lors de la réélection de Mitterrand, en 1988 : “Le Front National est la chance historique de la gauche“.

Le FN permettait de diviser l'adversaire et de diaboliser une partie de ses électeurs, c'était magnifique et inespéré. De Franz-Olivier Giesbert, en passant par Jean-Edern Hallier et Georges-Marc Bénamou, nombreux sont les polémistes et essayistes, à avoir souligné l'ambiguité de l'attitude de Mitterrand, à l'égard de la montée de Jean-Marie Le Pen, dans les années 80 et au début des années 90. De l'adoption du scrutin proportionnel en 1985, qui fit entrer 35 députés FN à l'assemblée nationale et offrant une courte majorité au RPR et à l'UDF, à la proposition du droit de vote aux immigrés en 1985 et 88, les manoeuvres du vieux florentin, étaient destinées à donner un coup de pouce à la droite nationale, pour susciter la zizanie dans l'opposition. Chirac fut amené d'ailleurs durant cette période, à verser dans les sirènes populistes à des fins électoralistes. En 1986, les programmes sur l'immigration du RPR et du FN étaient très proches. Finalement, le piège tendu par la gauche avait fonctionné. Mais le jouet FN s'est cassé pour la gauche en trois temps.

En 2002, Lionel Jospin est arrivé troisième au premier tour, et l'arme du Front républicain (ressuscitant les temps glorieux de la IIIe et de l'entre-deux-guerres), s'est retourné en faveur de la droite. La gauche a dû voter pour Jacques Chirac. Ensuite, on s'apercevait que les ouvriers avaient voté massivement pour Le Pen. Le FN devenait définitivement le premier parti ouvrier de France. Le troisième temps, c'est aujourd'hui. Marine Le Pen a transformé le programme du parti, en une dénonciation acerbe de la mondialisation libérale, exaltant la République et la laïcité, refusant même la réforme des retraites et écrivant aux fonctionnaires. Son seul rival est finalement Jean-Luc Mélenchon, mais qui lui se refuse à parler d'immigration. Son modèle, à savoir Georges Marchais, n'hésitait pourtant pas lui, à aborder cette thématique. Le FN ratisse large, des ouvriers aux petites classes moyennes prolétarisées, en passant par les chômeurs et les employés. Le PS est supplanté dans ce qu’il a de plus cher, sa capacité historique à être le porte-parole de ceux qui expriment une souffrance sociale. Le résultat le plus symbolique de ce premier tour, se trouve dans le fief de Martine Aubry, où trois duels opposent le PS au FN, sur quatre cantons renouvelables.

Pourtant, contrairement aux socialistes, qui sont souvent des élus locaux de qualités, rompus de plus aux pratiques clientélistes, les candidats du FN sont souvent inconnus (l'appareil du FN ne s'étant jamais totalement remis de la scission mégraitiste). C'est donc un vote purement politique, ce qui en est d'autant plus inquiétant pour la gauche. A l'image de Sarkozy, la question FN lui revient également comme un boomerang, comme tous les politiques qui ont tenté de manipuler ce vote protestataire, et la “chance historique” pourrait se transformer en catastrophe historique…

   J. D.


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