TRIPOLITALIENS

L'Italie avait longtemps affirmé que Tripoli tombait dans sa zone d'influence et que l'Italie avait le droit d'y maintenir l'ordre. Sous prétexte de protéger ses propres citoyens vivant à Tripoli, l'Italie déclara la guerre à l'Empire Ottoman le 29 septembre 1911, et annonça son intention d'annexer Tripoli. Le 1er octobre 1911, une bataille navale fit rage à Prevesa, en Turquie d'Europe, et trois navires ottomans furent détruits. Tripoli resta sous administration italienne jusqu'en 1943.
Pitoyables Tripolitains,C’est aux mains du maître de l’heureQu’il faut remettre vos destinsEt tout le reste n’est qu’un leurre.Hier encore vous viviezOublieux du monde, oubliésDe lui, sur un grand territoireQue vous partagiez, peu nombreux ;Vous étiez comme un peuple heureuxQui n’a pas ou n’a plus d’Histoire.
Vous nous sembliez hier encorUn peuple à ce point chimérique,En son shakespearien décor,Que notre poète lyriqueVoulant situer quelque part,Sous les traits de Sarah Bernhardt,Sa Princesse dite lointaine,Afin qu’elle parut fort loin,Et même plus loin au besoin,En fit une Tripolitaine.

De quelque empereur byzantinOn vous savait bien tributaires,Qui n’avait pour vous, c’est certain,Qu’un souci fort rudimentaire.« Allez en paix, grattez vos poux…Pour le reste, débrouillez-vous, »Vous disait-il. Et je parieQue cela vous plaisait ainsi,Et, qu’à son zèle, Dieu merci !Vous préfériez son incurie.
Ne jouissant, à beaucoup près,De bois touffus comme les nôtres,Quand vous vouliez prendre le frais,C’est à l’ombre les uns des autresQue vous vous mettiez, ne vivantQue d’amour, d’eau claire et de vent,Et quelquefois, de sauterelles,- Mais cela les jours fériés.Et, trop heureux, vous vous croyiezA l’abri de toutes querelles…
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Or, voici que sur le flot bleuQui baigne vos ardents rivages,Des monstres vont, crachant du feu,Et font chez vous mille ravages ;Cependant que du haut du ciel,Des oiseaux artificiels,Un de ces jours, sur votre échine,Fienteront ne sais quels pépins,Qui ne seront pas en bois peint,Contrairement à ceux de Chine.
Pauvres gens ! Avec du canonOn a tôt fait, à notre époque,De changer jusqu’à votre nom,S’il peut prêter à l’équivoque.Hier, vous n’étiez qu’un pur fretinConstantinotripolitain…Vous vous réveillerez peut-êtreDemain de simples citoyensMettons Tripolitaliens.Lequel vous paraît plus champêtre ?
C’est là toute la question.Vous allez vous trouver en proieA la civilisation,Si cet Italien vous broie.Un peuple adopte sans effortSon voisin, s’il se sent plus fort ;Tout de même que la JocondeEst à celui-là qui la prend.Et rien qu’Allah n’est perdurant.Ainsi va la farce du monde.
RAOUL PONCHONLe Journal06 novembre 1911








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