Le New York Times a lancé le 28 mars son édition numérique payante. Le monde de la presse, qui traverse une crise depuis plusieurs années maintenant, retient son souffle.

L'édition en ligne du New York Times est passé au payant le 28 mars 2011.
Présent sur le web depuis 1996, The New York Times a décidé de changer radicalement de modèle économique. Alors qu’il cumule 48,5 millions de visiteurs uniques par mois [1], le journal le plus visité au monde prend le risque de verrouiller ses contenus pour la première fois de son histoire numérique.
Pendant les quatre premières semaines, l’abonnement à l’une des trois formules en ligne coûtera 99 cents par mois. Passée cette période, tout internaute lisant plus de 20 articles en ligne devra souscrire à l’un des trois abonnements :
- 15 dollars par mois pour l’accès au site internet sur ordinateur et sur téléphone portable ;
- soit 20 dollars pour l’accès au site sur ordinateur et sur tablette ;
- soit 35 dollars pour l’accès sur tout support numérique.
En revanche, les abonnés au journal pourront librement s’inscrire pour avoir accès gratuitement aux contenus du site. Enfin, à partir de certains moteurs de recherches, certains blogs et certains réseaux sociaux, les internautes qui ont déjà lu plus de 20 articles dans le mois en court pourront tout de même avec accès gratuitement à certains contenus.
La crise de la presse n’a pas épargné le New York Times
Ce système complexe “nous permettra de développer de nouvelles sources de revenus pour renforcer notre capacité à poursuivre notre mission journalistique et pour réaliser des innovations numériques qui nous permettront de vous offrir un journalisme de grande qualité quel que soit le support que vous choisirez », a justifié Arthur Sulzberger, le patron du quotidien, dans une lettre adressée aux lecteurs le 28 mars.
La situation du quotidien n’a cessé de se dégrader ces quatre dernières années. La diffusion et les ventes publicitaires du papier ont chuté : de 1,1 millions d’exemplaires en 2006, le New York Times ne vendait plus que 906 000 exemplaires en 2010, soit une baisse de 17 % de sa diffusion. Ces mauvais résultats l’ont poussé à vendre son siège à perte en 2004 puis en 2009. La même année, le journal a emprunté 250 millions d’euros au milliardaire mexicain Carlos Slim. Le remboursement de ce prêt coûte 35 millions de dollars par an en intérêt.
Les raisons d’espérer
Le pari du verrou digital est donc risqué mais il était devenu inévitable. Selon la direction du journal, ce sont les lecteurs réguliers et passionnés par le journal qui sont ciblés par ces nouveaux abonnements. Quelques voix se sont déjà élevées pour dénoncer un système d’abonnement complexe, qui introduisant plusieurs prix, risque d’impliquer une notion de discrimination, ce qui n’est jamais perçu de manière positive.
Au-delà de ce problème pratique, le très prestigieux quotidien américain semble avoir trouvé le moyen de générer plusieurs sources de revenus, pour Felix Salmon du magazine américain Wired : directement via l’abonnement numérique bien sûr, mais aussi indirectement car celui-ci a des effets collatéraux bénéfiques sur les ventes de l’édition papier. Il encouragera les lecteurs occasionnels à acheter le journal, notamment le week-end, et il dissuadera les habitués du papier de le laisser tomber puisque la gratuité n’est plus de mise en ligne.
Le verrouillage des contenus va en outre permettre au journal de vendre plus cher ses emplacements publicitaires.La gratuité permettait un grand nombre de pages vues et donc l’abondance de l’espace publicitaire. Désormais, le verrouillage abaissera le nombre de pages vues et augmentera le coût des espaces publicitaires toujours aussi nombreux mais plus difficiles d’accès. De plus, l’abonnement est un excellent indicateur de l’attachement des lecteurs à la marque, ce dont les publicistes raffolent et achètent volontiers. Encore faut-il que “tout se passe comme prévu”, tempère Felix Salmon.
- [1] Chiffres fournis par le cabinet américain Comscore pour janvier 2011. ↩








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