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Peine de mort : un premier pas vers l'abolition universelle ?

Publié le 31 janvier 2008 par Christophe Laurent
L'ONU fait vers un premier pas vers l’abolition universelle de la peine de mort ! tandis que les Etats-Unis s'opposent seuls contre le monde à la nomination d’un représentant spécial du Secrétaire général sur la violence à l’encontre des enfants démontrant que ce pays qui se veut la plus grande démocratie du monde est encore capable du pire cynisme politique!   Le 18 décembre 2007, l’ Assemblée Générale de l’ONU adoptait une résolution sur l’application de la peine de mort dans le monde engageant « tous les Etats qui maintiennent encore la peine de mort à (...) instituer un moratoire sur les exécutions, en vue de [son] abolition ». Cette résolution que l’on peut qualifier sans crainte d’historique marque le premier pas vers une abolition universelle de la peine de mort !   Les motifs préliminaires de cette résolution sont simples mais forts.   En premier lieu, la peine de mort porte atteinte à la dignité humaine. Que l’on croit en une transcendance ou pas [l’auteur de l’article précise faire partie de la seconde catégorie], voilà un énoncé qui nous renvoie à la question fatidique : si l’homme est maître de son destin qu’il démontre alors qu’il est capable de s’extirper de cette bestialité dont les animaux eux-mêmes ne font pas preuve. Tuer un autre être humain n’est pas un acte d’un être social civilisé quelqu’en soit le motif.   En second lieu, il n’existe pas de preuve permettant de défendre l’idée de manière irréfutable que la peine de mort a un effet dissuasif. Voilà bien un argument qui servit longtemps la cause des défenseurs de la peine de mort, et qui aujourd’hui est reconnu au plus haut sommet de l’organisation planétaire comme étant un artifice sans fondement. Tuer un autre être humain n’a jamais empêché les crimes les plus odieux de se perpétrer ni de se perpétuer.   Cette résolution, adoptée par un vote de 104 voix pour, 54 contre et 29 abstentions, marque, n’en doutez pas, un premier pas vers une abolition universelle. Le travail de l’Organisation des Nations Unies se révèle donc des plus fondamentaux pour le progrès des droits de l’être humain. Comme il est rappelé dans le communiqué de presse de l’ONU, l’objectif de cette résolution n’est pas d’imposer le point de vue désormais majoritaire à des Etats qui n’ont pas encore franchi les étapes nécessaires pour accepter ce renoncement mais au contraire il s’agit par, un processus de dialogue et de compromis, de favoriser la tendance croissante vers l’élimination de la peine de mort en rendant celle-ci illégitime car inutile.   Ne cachons pas que l’aboutissement de cette résolution fondatrice a connu des oppositions que l’on qualifiera de farouches comme celles des Etats des Caraïbes, Singapour et la République arabe syrienne, lesquels ont estimé que cette résolution constituait une violation flagrante du principe de non-ingérence dans leurs affaires internes. C’est là où nous citoyens du monde pouvons et devons agir. C’est en relayant les débats que l’on finit par convaincre et non par la force. Car l’œuvre non violente consistant à convaincre les autres a encore bien des obstacles devant elle. On peut ainsi citer parmi les Etats qui se sont opposés à la résolution : l’Egypte, la Chine, le Japon et les Etats-Unis. Et nous ne devons pas perdre espoir car le front des opposants n’est si uni que l’on pense. Ainsi on notera qu’en 2007 que le New-Jersey est devenu abolitionniste. Il s’agit du premier état des Etats Unis à abolir la peine capitale depuis plus de 40 ans. De son côté, la France a également progressé, elle a enfin inscrit en toutes lettres dans sa Constitution, que « nul ne peut être condamné à la peine de mort ».   Le vote onusien n’a certes pas la valeur contraignante d’une résolution du Conseil de sécurité mais il concrétise la volonté affichée par la majorité des Etats membres de la communauté internationale d’aboutir à l’abolition universelle de la peine de mort. Voilà la dynamique qu’il faut retenir et pour laquelle il faut continuer de militer. Et il nous faut ici rendre hommage au courage et à la prudence tactique de l’Italie qui, par la voie de son président du Conseil de l’époque, Romano Prodi, est à l’origine de la proposition faite à l’Assemblée générale. Il est vrai que l’opinion publique italienne était à ce moment-là particulièrement sensibilisée par la grève de la faim du chef du parti radical italien et eurodéputé Marco Panella [en photo] militant contre la peine de mort en générale et l’adoption du moratoire en particulier.   Ce qui est essentiel c’est la force du texte adopté. Le texte approuvé, clair, n’a pas ainsi été dénaturé par ses opposants. Il engage au contraire « tous les États à instituer un moratoire sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort ». Il incite également les « États qui maintiennent encore la peine de mort à observer les normes internationales garantissant la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort; à fournir au Secrétaire général [de l’Onu] des renseignements concernant l’application de la peine capitale et à limiter progressivement l’application de la peine de mort et réduire le nombre d’infractions qui emportent cette peine ».   Parmi les autres mesures prises autour de ce moratoire sur les exécutions capitales, on mentionnera l’initiative particulièrement importante et symbolique du chemin qu’il reste à parcourir à l’Humanité pour trouver la voie de la sagesse. Cette mesure consiste en la nomination au plus haut niveau possible, pour une période de trois ans, d’un représentant spécial du Secrétaire général sur la violence à l’encontre des enfants. Le plus stupéfiant, le plus honteux, le plus horrible peut-être c’est qu’un seul pays s’est opposé à cette mesure. Ce sont les Etats-Unis, seuls contre 183 Etats ! Je n’ai guère entendu parler cette attitude scandaleuse dans les médias   La résolution de l’ONU   Sites évoquant le sujet :   ECPM   Sites évoquant la peine de mort :   Wikipédia La peine de mort dans le monde Portail d’information sur la peine de mort   Quelques faits d’actualité autour du débat sur la peine de mort   Iran: pendaisons publiques soumises à l'accord du chef du pouvoir judiciaire La vie après la peine de mort (l’histoire de deux condamnés à mort graciés en 1977) Afghanistan : Un prisonnier d’opinion condamné à mort pour avoir fait circuler des documents téléchargés sur Internet

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