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Production et spoliation, par Frédéric Bastiat

Publié le 03 avril 2011 par Bntoussaint

 

Production et spoliation, par Frédéric BastiatIl n’y a que deux moyens de se procurer les choses nécessaires à la conservation,  l’embelllissement et au perfectionnement de la vie : la production et la spoliation. Quelques personnes disent : la spoliation est un accident, un abus local et passager, flétri par la morale, réprouvé par la loi, indigne d’occuper l’économie politique.

Cependant, quelque bienveillance, quelque optimisme que l’on porte au coeur, on est forcé de reconnaître que la spoliation s’exerce dans ce monde sur une trop vaste échelle, qu’elle se mêle trop universellement à tous les grands faits humains pour qu’aucune science sociale, et l’économie politique surtout, ne puisse se dispenser d’en tenir compte.

Je vais plus loin. Ce qui sépare l’ordre social de la perfection (du moins de toute celle dont il est susceptible), c’est le constant effort de ses membres pour vivre et se développer aux dépens les uns des autres.

En sorte que si la spoliation n’existait pas, la société étant parfaite, les sciences sociales seraient sans objet.

Je vais plus loin encore. Lorsque la spoliation est devenue le moyen d’existence d’une agglomération d’hommes unis entre eux par le lien social, ils se font bientôt une loi qui la sanctionne, une morale qui la glorifie. [...]

Souvent alors la masse est spoliée et ne le sait pas. Il peut même arriver qu’elle croie tout devoir à la spoliation.

L’Etat [...] tend à dépasser le niveau de ses moyens d’existence, il grossit en proportion de ces moyens, et ce qui le fait exister, c’est la substance des peuples. Malheur donc aux peuples qui ne savent pas limiter la sphère d’action de l’Etat. Liberté, activité privée, richesse, bien-être, indépendance, dignité, tout y passera. [...] Enfin, on a inventé le gouvernement représentatif et, a priori, on aurait pu croire que le désordre allait cesser comme par enchantement.

En effet, le principe de ces gouvernements est celui-ci : “la population elle-même, par ses représentants, décidera la nature et l’étendue des fonctions qu’elle juge à propos de constituer en services publics, et à la quotité de la rémunération qu’elle entend attacher à ces services.” La tendance à s’emparer du bien d’autrui et la tendance à défendre son étaient ainsi mises en présence. On devait penser que la seconde surmonterait la première.

Certes, je suis convaincu que la chose réussira à la longue. Mais il faut bien avouer que jusqu’ici, elle n’a pas réussi.

Pourquoi ? Par deux motifs bien simples : les gouvernements ont eu trop, et les populations pas assez de sagacité.

Les gouvernements sont fort habiles. Ils agissent avec méthode, avec suite, sur un plan bien combiné et constamment perfectionné par la tradition et l’expérience. Ils étudient les hommes et leurs passions. [...] Si la nation est généreuse, ils s’offrent à guérir tous les maux de l’humanité. Ils relèveront, disent-ils, le commerce, feront prospérer l’agriculture, développeront les fabriques, encourageront les lettres et les arts, extirperont la misère, etc., etc. Il ne s’agit que de créer des fonctions et payer des fonctionnaires.

En un mot, la tactique consiste à présenter comme services effectifs ce qui n’est qu’entraves ; alors la nation paie non pour être servie, mais desservie. Les gouvernements, prenant des proportions gigantesques, finissent pas absorber la moitié de tous les revenus. Et le peuple s’étonne de travailler autant, d’entendre annoncer des interventions merveilleuses qui doivent multiplier à l’infini les produits et…  toujours Gros-Jean comme devant.

C’est que, pendant que le gouvernement déploie tant d’habileté, le peuple n’en montre guère. Ainsi, appelé à choisir ses chargés de pouvoir, ceux qui doivent déterminer la sphère et la rémunération de l’action gouvernementale, qui choisit-il ? Les agents du gouvernement. Il charge le pouvoir exécutif de fixer lui-même la limite de son activité et de es exigences. Il fait comme le Bourgeois Gentilhomme, qui, pour le choix et le nombre de ses habits, s’en remet… à son tailleur.

Frédéric Bastiat, “Physiologie de la spoliation”, in Sophismes économiques (1845-1848)

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Production et spoliation, par Frédéric Bastiat Librement vôtre est membre du réseau LHC

 

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