C’est l’heure du grand dévoilement pour le Parti socialiste qui présentait aujourd’hui son programme pour 2012. Les principales mesures phares avaient déjà filtré dans la presse. Misant notamment sur un accroissement des dépenses publiques et la hausse des impôts, la crédibilité du projet est encore loin d’être acquise.
(crédit photo : Siren-Com)
C’est fait. Le Parti socialiste a enfin publié les grandes lignes de son programme pour 2012, dont trente « priorités » ont déjà filtré dans les colonnes du JDD. Le projet a été présenté aux cadres du parti le 5 avril et devrait faire l’objet d’une ratification par les militants le 19 mai prochain. Point de publication triomphale cependant, l’accouchement aura été long, pénible et discret. La direction a d’ailleurs tenu à garder le secret jusqu’au week-end dernier. Parmi les grands thèmes proposé : l’éducation, l’emploi des jeunes, l’environnement, une réforme fiscale, la moralisation de l’économie, etc.
« Sérieusement de gauche et d’une gauche sérieuse », a commenté Guillaume Bachelay, l’un des auteurs du projet. Ou en d’autres termes, compatible aussi bien avec les positions de Benoît Hamon qu’avec celles de Dominique Strauss-Kahn. Difficile toutefois de concilier ces deux tendances qui se sont nettement démarquées sur les retraites ou les 35h. Le programme du PS se garde d’ailleurs bien de s’attarder outre mesure sur les questions qui fâchent. A tel point que l’on se demande : ce programme a-t-il vraiment une chance d’être appliqué ?
« Socle commun »
La méthode a de quoi surprendre. Avant même d’avoir choisi son candidat, le parti a déjà décidé de son programme. Une conséquence, sans doute, de l’aversion des socialistes pour le choc des points de vue, ce fruit empoisonné qui sème la discorde et la division. Mais que restera-t-il donc aux compétiteurs à défendre lors des primaires socialistes ? Broutille ! Toutefois, on apprend que, finalement, les propositions du projet constituent avant tout un « socle commun », voire un « presque programme ». En d’autres termes, chacun sera libre de s’exonérer de ce cadre si bon lui semble.
Parmi les mesures phares, on trouve un peu d’innovation et beaucoup de vieilles recettes remises, peu ou prou, au goût du jour : retour des emplois-jeunes dont l’efficacité économique reste toute relative, encadrement des salaires dans un rapport de 1 à 20, retour à la retraite à 60 ans, plafonnement des loyers pour stopper l’envolée des prix de l’immobilier, sortie du « tout nucléaire », ouverture du mariage aux homosexuels, création d’une TVA-écomodulable, etc. Des subventions nouvelles (exemple, l’allocation d’étude pour les étudiants) et surtout beaucoup d’embauches : policiers et enseignants. Des mesures qui seront loin d’être indolores pour les finances publiques. Reste pour les socialistes à faire la preuve que ces propositions peuvent s’inscrire dans un budget raisonnable et compatible avec la cure d’amaigrissement de l’Etat. Vaste programme !
Réduire les dépenses avant d’augmenter les impôts
« L’augmentation des impôts est nécessaire », a déclaré Jérôme Cahuzac, président (PS) de la Commission des finances, lundi sur LCI. Les marges de manœuvres seront toutefois réduites. La France reste l’un des pays dans lesquels la fiscalité et les dépenses sont les plus élevées. L’impôt est de moins en moins connecté à la notion de dépense. Un impôt oui, mais pour quoi faire ? Pour quelle nouvelle dépense ? Ne devrait-on pas d’abord réduire les gaspillages d’Etat avant de songer à alourdir la contribution des ménages ?
Pour compenser ses largesses, le Parti socialiste entend revenir sur un certain nombre de niches fiscales et récupérer 50 milliards d’euros liés à des dépenses engagées par la droite depuis 2002, jugées « inutiles ». Ces économies semblent dérisoires pour soutenir un programme qui va entrainer de nouvelles dépenses et une intervention accrue de l’Etat dans la société. Le déficit public représente toujours près de 7% du PIB et il est supposé revenir sous la barre des 3% d’ici 2013. Pas de problème, selon Michel Sapin, secrétaire national à l’économie pour le PS, qui estime être en mesure de ramener le déficit public à « environ 1,5 % » du produit intérieur brut (PIB) en 2017.
Beaucoup de bruit pour rien ?
Ce projet a donc de bonnes chances d’être abandonné en cas de victoire socialiste en 2012. Ne serait-ce qu’en raison des conditions économiques et sociales dans lesquelles le PS arrivera au pouvoir. C’est le drame d’une gauche française, contrainte, malgré elle, de mener des politique de droite. La rigueur en 1983, deux ans seulement après l’élection de François Mitterrand à la présidence, ou les nationalisations réalisées par Lionel Jospin entre 1997 et 2002.
L’état des déficits rendra bien difficile l’application des mesures contenues dans le projet. D’autant que le Parti socialiste a fait ses prévisions sur une croissance estimée à… 2,5% en 2013 qui devrait permettre de récolter pas moins de 100 milliards de recettes selon le PS. Un chiffre optimiste qui tient pour beaucoup de la gageure quand on sait qu’en 2010, la croissance a stagné à 1,5%. Les marchés scrutent l’état de notre dette avec attention et n’hésiteront pas à sanctionner la France en cas de non-respect des engagements pris auprès de Bruxelles en faveur d’un assainissement des dépenses. Le bon programme consisterait donc à réduire la dépense tout azimuts avant de vouloir l’étendre.
Librement vôtre est membre du réseau LHC







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