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Stabat Mater : Sances, Bertali, Schmelzer

Publié le 02 février 2008 par Philippe Delaide

L'ensemble Ricercar Consort, dirigé par Philippe Pierlot et accompagné par Carlos Mena viennent de sortir une nouvelle perle rare chez Mirare. Après les superbes Stabat Mater de Vivaldi et de Pergolese, ainsi que le singulier De Aeternitate (recueil de mélodies de l'Allemagne luthérienne)  (cf. note du 9 octobre 2006 sur Carlos Mena), ou des cantates de JS Bach (cf. note du 12 mai 2007), ces mêmes interprètes nous font découvrir un répertoire méconnu. Il s'agit de pièces sacrées écrites par des musiciens de la cour de Vienne, sous le règne de Leopold 1er.

Le livret mentionne que le château du Prince Carl von Lichtenstein-Castelcorn à Kremsier (rattachée maintenant à la République Tchèque) renferme une bonne partie des ces oeuvres sous forme manuscrite et qu'elles n'ont été exhumées qu'au XXème siècle. La Vienne Impériale comprenait un nombre important d'excellents musiciens qui sont depuis totalement passés dans l'ombre. La raison principale, évoquée par le livret du CD est que l'on interdisait compositeurs du XVIIème siècle de faire imprimer leurs oeuvres afin qu'elles ne restent accessibles qu'aux élites impériales.

Ce CD regroupe plusieurs compositeurs qui ont successivement assuré la direction de la chapelle de la cour de Vienne : Giovanni Felice Sances, Johann Hienrich Schmelzer, violoniste exemplaire dont la réputation allait au delà de la cour de Vienne, Antonio Bertali et Johann Joseph Fux. Une pièce composée par l'Empereur lui-même, musicien avisé, a même été intégrée.

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On est d'emblé sous le choc de la toute première pièce interprétée, le magnifique Stabat Mater de Sances, avec un Carlos Mena, toujours aussi fascinant, aux intonations d'une subtilité extrême, et un Ricercar Consort qui accompagne comme toujours avec finesse le phrasé du chanteur. Le tout est littéralement poignant. L'association Mena / Pierlot marque de plus en plus son empreinte dans l'interprétation de la musique ancienne et baroque.

Dès les premières mesures, on est pris de frissons tant on est transporté par la beauté de ce chant qui se déploie au fil du dialogue voix/ orchestre. Ces deux musiciens sont arrivés un niveau de fusion et de complicité exemplaires. La voix de Carlos Mena, modèle d'équilibre, se déroule avec un legato d'une pureté impressionnante et un parti pris d'intimisme propre à ce répertoire placé sous le signe de l'introspection. Ce Stabat mater comprend encore quelques archaïsmes hérités du chant madrigal mais il annonce déjà par le chant baroque par ses audaces chromatiques. A noter à un moment la mise en échos entre les mélismes de la voix (héritage de la première pratique madrigalesque) avec celui, reproduit en imitation par les cordes des violes de gambe. Prodigieux.

Les autres pièces sacrées sont moins inventives mais on ne se lasse pas du timbre si singulier et de la précision de Carlos Mena qui nous restitue les moindres détails de la partition avec une justesse remarquable.

Ces pièces sacrées sont ponctuées par des sonates pour cordes assez intéressantes de Johan Heinrich Schmelzer.

La qualité d'enregistrement, comme toujours chez Mirare, est excellente. Le livret est également très soigné et complet.

Je note déjà ce CD parmi mes coups de coeur 2008. Chaudement recommandé.

Lien direct vers le site du label Mirare pour plus d'informations avec possibilité d'écouter le Stabat mater de Sances dans son intégralité.

Stabat mater - Carlos Mena (alto) - Ricercar Consort - direction Philippe Pierlot - label Mirare.


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