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Carnets de déroute-Chapitre 6 : Quand Truffaz claironne

Publié le 04 février 2008 par Bertrand Gillet
Chapitre 6, quatrième partie

La journée commençait à prendre des atours estivaux, mon corps était enveloppé d’un doux manteau de chaleur, nous nous dirigeâmes vers la deuxième grande scène dont l’esplanade me rappela aussitôt les étendues kilométriques de Woodstock, mais nous n’étions pas là pour nous adonner aux plaisirs simples de la culture hippie mais pour assister au set d’Erik Truffaz. Maître incontesté du Drum & Bass, les sonorités que déployait Truffaz me firent songer à Miles Davis période Big Fun mais aussi à Third de Soft Machine, cette dimension à la fois cool et planante, inquiétante, comme un meurtre dans une nurserie, vous voyez, quelque chose de troublant. Bon avant d'alarmer le lecteur fidèle que tu es, je voudrais revenir sur mes déclarations, non la musique de Truffaz dispensait ce truc un peu fou, ce trip intello avec Fender Rhodes, trompette minaudant dans le soleil estampé, percussions impressionnistes. Peut-être le meilleur set du festival, mais le jazz a cette supériorité sur toutes les autres formes de musiques, sauf bien sûr la musique dite classique, terme profondément réducteur pour qui aime à se pâmer devant le baroque paranoïde de Bach ou le romantisme frénétique de Chopin.
Les heures s’écoulaient avec leurs flots de jeunes désœuvrés dans la solitude d’une société qui leur mentait, nous avions changé de scène pour retrouver le flegme pop de Jarvis Cocker en rupture de Pulp qui nous présentait là son premier album solo. Les festivaliers s’étaient agglutinés en une masse compacte, mouvante, tout le microcosme parisien attendait cet événement, j’étais pour ma part sceptique, ne connaissant que très mal le répertoire du monsieur. Le mec déboule tout d’un coup, totalement classe, pas très beau mais avec une présence, le charisme dira-t-on ; normal pour un anglais. Tous les Anglais sont charismatiques. Les chansons passent, plutôt bien, mais la surprise jouissive ne se fit vraiment sentir que lorsque Jarvis entonna un Paranoid épileptique, imaginez un mec avec d’énormes lunettes en plastoque, un look d’étudiant geek de Canterburry en train de réinterpréter le tube mythique de Black Sabbath façon Walkyrie sous acide ? Telle fut en gros ma première impression en plus d’une énorme bouffée de chaleur explosant le long de ma colonne vertébrale, irradiant ainsi mon cortex cérébral en un feu de la Saint Jean des plus païens. Une vive rumeur commença à sourdre parmi les badauds slimés et les quadras décatis, Jésus revient, Jésus revient parmi les siens, libéré des chaînes du destin, comment ça le Christ Sire lui répondis-je ?
À suivre…

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