50% des médicaments vendus sur le net sont des faux. Dans le meilleur des cas, un médicament acheté sur internet ne vous soignera pas, dans le pire, il vous tuera. Il rapportera au cyber-criminel 20 000 € de bénéfice pour 1000 € investis, soit bien plus que la vente d'héroïne, pour une peine très minime s'il est pris. Pas étonnant d'apprendre que le marché croit de 20 % environ chaque année."Si on ne peut éviter le désordre , disait en substance le poète et cinéaste Jean Cocteau, feignons de l'organiser. Je trouve que la formule s'applique à la zone de non droit que représente internet dans la prolifération des fausses pharmacies en ligne ou les piratages des sites des laboratoires qui devraient logiquement se battre pour protéger leurs clients et leur image. Seule la protection de la propriété intellectuelle des marques peut entraîner l'action des douanes et à défaut de répression, la destruction des médicaments falsifiés; les trafiquants, qui on l'a compris, risquent moins qu'avec les armes, la drogue et la prostitution ont hélas encore de beaux jours devant eux.
"Il y a encore mieux à faire", m'explique Jérôme Sicard, responsable régional Europe du sud de MarkMonitor*, leader mondial de protection en ligne de la marque, de l'image et des recettes des entreprises ( la moitié des compagnies classées dans la liste Fortune 100**des plus grandes sociétés leur confie cette tâche) depuis 10 ans.
Si les acheteurs de sacs de luxe n'ont pas l'impression de risquer leur vie en s'offrant un faux Louis Vuitton dans une arrière-boutique de Canal Street à New York ou le simili Gucci vendu à la sauvette à 2 pas du Vatican ( la piété n'exclue pas la triche), les consommateurs de médicaments acquis sur internet se mettent gravement en danger sans le savoir. Considérons raisonnablement que les acheteurs de médicaments sur internet ne sont pas forcément suicidaires, et ne se fournissent pas volontairement de produits contrefaits et dangereux. Ils sont pour le moins légers et piégés par des opérateurs redoutablement ingénieux.
Selon MarkMonitor, leurs ressorts d'achat des médicaments sur internet sont: le prix (attention cependant, même les médicaments peu onéreux sont achetés sur le net, parfois parce qu'ils ont été déremboursés), le déni de prescription (on s'auto-médique car on se croit averti ou par refus de consulter), la honte de demander certains produits, et le souci de discrétion.
Les 6 types de médicaments les plus recherchés sur internet concernent:
75% le lifestyle ( sexe ou l'amaigrissement)
7% l'aide au sommeil
7% les anti-dépresseurs
3% la digestion,
4% la grippe
4% les anticholestérol.
2900 frauduleuses "pharmacies en ligne" reçoivent 42 000 visiteurs/ jour et exploitent 19 000 références de produits. Le taux de conversion (achats réalisés) est de 3 à 4%, atteignant 10.7 billions $ par an.
36% d'entre elles sont hébergées aux USA, 13% en Allemagne, et 5% en France. Rappelons que le système de santé français interdit la vente sur internet des médicaments, et que la pharmacie française offre des garanties exceptionnelles de sécurité de distribution aux clients.
Les fournisseurs sont chinois pour 49%, indiens pour 17%, et MarkMonitor souligne les investissements marketing réalisés par les opérateurs pour attirer les clients, doper leurs mailing lists, rendre les sites les plus performants possibles. Pour déjouer les traqueurs, il est infiniment plus simple de faire voyager la matière première (sucre, talc, ciment...) et de la conditionner et de réaliser les packagings (eux aussi très sophistiqués au plus près du point d'envoi)
Il est donc très difficile de remonter jusqu'aux personnes physiques responsables, et on l'a vu, la loi est peu contraignante dans certains pays. Markmonitor va donc agir sur 2 ressorts principaux: couper le canal commercial en ayant une action sur les hébergeurs de sites et les amener à rompre leurs contrats avec les sites frauduleux, en vertu du Digital Millénium Act Right et mettre au point des procédures techniques et juridiques pour fermer les sites. Cela amène les criminels à abandonner la marque qui se défend le mieux, mais hélas le report est immédiat sur d'autres produits concurrents.
L'exemple du combat mené pour son client Novartis***, un des leader mondiaux de la pharmacie est significatif de cette défense de la marque, de l'image et des clients. Le coût annuel de la veille informatique non stop et simultanées des sites, et lamise en application des solutions coûte entre 50 000 et 150 000 € par an, une paille en regard des profits préservés et des clients protégés. De son côté, le laboratoire Sanofi-Aventis expliquait récemment*** avoir réalisé 2 ans d'enquête à Saint Pétersburg pour traquer des falsificateurs. Pfizer alerte également sur son site****, tout comme l'OMS (organisation mondiale de la santé).
La solution, au delà de la responsabilisation des laboratoires, est pour partie de pénaliser les actes criminels de la contre-façon, et de continuer à sensibiliser le consommateur. Redisons le, au mieux, le faux médicament est un placebo sans effet nocif, mais ne se soignant pas le client s'expose à des risques importants ( résistance à la maladie, autres pathologies) et au pire il en meurt des milliers, comme ce fut le cas en Afrique avec de faux anti-paludéens.
Parmi les facteurs d'achat sur internet, figure aussi la facilité, et c'est notamment un atout signalé dans l'enquête du laboratoire Pfizer sur le comportement des Français à ce sujet. Il y a 23 000 pharmacies en France, et des professionnels qualifiés qui veillent sur notre santé, réfléchissez avant de commander en ligne et de jouer votre vie à pile ou face.
Photo: Marie-Christine Laurent
* http://www.markmonitor.com/"><> style="font-size:85%;">
**http://money.cnn.com/magazines/fortune/bestcompanies/2011/index.html





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