Le 04 mai 2011 s’est éteint le britannique Claude Choules, âgé de 110 ans. Qui était-il? Le dernier combattant, et donc témoin, de la première guerre mondiale. De plus, ce 08 mai marque le fin officielle de la seconde guerre mondiale en 1945. Ce mois de mai, mois lourdement porteur d’Histoire, me rappelle le contenu de ce livre Marche ou crève, écrit par Stephen King sous le pseudonyme Richard Bachman en 1979.
Marche ou crève
L’histoire est simple. Presque trop. Du moins, en apparence. Dans un futur proche indéterminé, à chaque 1er mai, se déroule la Longue Marche annuelle. Réunissant 100 concurrents volontaires, ces derniers doivent marcher sans cesse, jour et nuit, à un rythme minimal imposé. Sous peine de se voir exécuté par le militaire en charge de chacun. Un participant, un militaire. Un faiblissement ultime, une exécution. Cette épreuve sportive nous apparaît à travers les yeux de Ray Garraty, portant le numéro 47. Partageant ses sentiments. Son point de vue. Ses rencontres. Ainsi que tout ce qui lui échappe. Des questions sans réponse. Témoin de corps inconnus qui tombent sans savoir exactement pourquoi. Comprenant seulement que cette nouvelle exécution marque le non respect d’une règle formelle. Au final, un seul doit rester debout. Survivre pour une grosse somme d’argent. Mais finalement, plus le roman avance et plus la récompense se dessine sous une autre forme : la vie. Entre perte de raison, épuisement, crise d’appendicite, diarrhées, folie… Les candidats sont froidement dégommés les uns après les autres. Un vrai massacre, sous les yeux d’une foule malade de curiosité malsaine. L’être humain se retrouve totalement déshumanisé, excepté pour la masse d’individus aux besoins vitaux essentiels narrés, dont la vie repose uniquement sur la force de leurs jambes.
Les marches de la mort
Ce roman d’anticipation propose un monde totalement dystopique. Un des pires qui soit. Telle une allégorie d’une dictature sans égards pour les libertés fondamentales. Les participants, noyés dans une foule d’inconnus sans importance, ne deviennent plus que de vulgaires numéros. Ici, la critique du totalitarisme semble claire et évidente. L’auteur met en place le monopole du commandant sur cet obscur jeu de compétition, recouvrant à la terreur d’une force armée pour encadrer les candidats. Pour eux, il n’y a plus d’issu possible. Cela n’est pas sans rappeler les marches de la mort utilisées par les nazis. En effet, en janvier 1945, alors que le IIIème Reich sentait la fin proche, Heinrich Himmler ordonna aux commandants des camps de concentration d’évacuer les prisonniers. Ce plan du chef de la SS était d’éviter le retour des condamnés parmi les alliés, enlisant alors la possibilité de leur fournir des preuves supplémentaires quant aux activités nazies. Ces marches, encadrées par des gardes SS, furent organisées dans des conditions hivernales extrêmes. A but mortel, les prisonniers furent maltraités, et les gardes obéissaient aux ordres explicites d’exécuter ceux qui ne pouvaient plus avancer. Des centaines de prisonniers furent abattus, tandis que des milliers d’autres moururent de froid, de faim et d’épuisement.

Une perversité sociale
Marche ou crève de Stephen King, s’intéresse également à la passivité voyeuriste des spectateurs. Il en fait des collaborateurs à cette anticipation sociale porteuse d’un avenir sombre. De plus, l’auteur semblait déjà avoir conscience de la curiosité perverse du spectateur, comme une prédiction de l’intérêt symptomatique du regard actuel sur le télé-réalité. En avance sur son temps, Stephen King apparaît comme un fin psychologue de la nature humaine. Investissant les méandres obscurs de l’effet de masse sur l’esprit, ainsi que le danger de l’impact d’un cerveau humain conditionné.
Cette œuvre de Stephen King reste pour moi la meilleure. La plus forte et la plus puissante. Loin des horreurs qu’il a l’habitude de nous conter. Sans artifices. Avec simplicité et intelligence. Marche ou crève reste la pire. La plus effrayante qui, pourtant, ne met en scène qu’une palette d’êtres humains.
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