Monsieur Laurent Wauquiez a une belle tête de premier de la classe, mais pas du genre à être méprisé par les sportifs de l'école ou à subir les vexations des autres élèves. Ce n'est pas le genre à traiter les pauvres de salauds comme Grandgil dans la traversée de Paris, la nouvelle de Marcel Aymé et le film de Claude Autant-Lara. Et pourtant il l'a fait, mais pas avec les mêmes arrière-pensées que le personnage incarné au cinéma par Gabin.
Je ne suis pas totalement certain que monsieur Wauquiez apprécie l'humour caustique de Marcel Aymé.
Comme cette réplique aussi, qui précède le « Salaud de pauvres » que rugit Grandgil :
« Non mais regarde-moi le mignon avec sa face d'alcoolique, sa viande grise... Avec du mou partout... Du mou, du mou, rien que du mou... Dis donc, tu ne vas pas changer de geule, un jour ? Et l'autre, la rombière, la guenon gélatine et saindoux. Trois mentons et les nichons qui dévalent sur la brioche... cinquante ans chacun, cent ans pour le lot... Cent ans de conneries. »
Ce que Grandgil rejette, et son créateur avec, dans cette phrase, c'est la docilité des « pauvres » aux pouvoirs les plus arbitraires dont celui de l'argent, et celui de la haine.
Je pense que monsieur Wauquiez adore la docilité chez les citoyens français...
Il vient d'une famille d'industriels de Tourcoing spécialisé dans la tannerie. Son père était directeur de la banque Indosuez, et sa mère maire de Chambon sur Lignon. Il fait ses études secondaires à Louis Le Grand, un lycée qui n'obéit pas exactement aux mêmes critères de recrutement qu'un quelconque lycée « Marcel Amont » de province ou de banlieue.
Pas de ZEP, de ZUP ni même de ZIP à Louis Le Grand...
Même si on trouve bien dans cet établissement quelques élèves-alibis, des « bon sauvages » recrutés sur quotas, qui toute leur vie porteront cette marque infâmante, on soupçonnera leur réussite de n'être dû qu'à ces quotas.
Il a été reçu à Normale Sup', puis a étudié à Sciences-Po, où l'on peut croiser depuis la création de cette école de jeunes coquelets qui tous ont l'espoir un jour de dominer la basse-cour, les poules et les poulets, et de pousser leur cri pour réveiller le fermier et faire suer les voisins parisiens rurbains. Il a été reçu premier
L'on peut donc dire qu'il n'est pas exactement le pur produit de la méritocratie républicaine mais j'y reviendrai plus en détail. Il serait plutôt le pur produit de la haute bourgeoisie française, où les enfants sont poussés dés leur plus jeune âge à réussir, où on leur met dans la tête qu'ils sont faits pour diriger, qu'il est normal qu'il fasse partie de l'élite, que c'est légitime.
L'on peut penser que c'est moins hypocrite quand les géniteurs sont de droite et surtout libéraux, ils sont alors cohérents en somme. Quand ils sont de gauche, on peut trouver ça totalement hypocrite. Dans ce cas, on fait comprendre aux enfants que non seulement ils sont appelés légitimement à fa ire partie de l'oligarchie mais qu'en plus être privilégié, c'est surtout un sentiment. Si on ne ressent pas vraiment son privilège, en somme on n'est pas un privilégié.
Vainement, me semble-t-il, des personnes au RSA ont essayé de se dire qu'en fait elles avaient le sentiment d'être privilégiées, et que seul ce sentiment comptait, mais étrangement cela n'a eu aucune conséquence sur leur compte en banque resté désespérément vide.
Il a l'attitude de celui à qui tout semble réussir, compétitif et parfaitement adapté à la société hyper-libérale actuelle, marié à une jolie femme, qui est non seulement une bonne ménagère mais a une garde-robe digne des meilleures pages des magasines de mode, avec des enfants parfaits qui ne disent jamais de gros mots, ne sont pas pendus à leurs portables tout le temps, et qui ont de bonnes notes à l'école tout en étant de bons camarades.
Monsieur Wauquiez est du genre à rendre jaloux ceux qui espèrent acquérir un jour un statut social honorable et surtout le revenu qui va avec, car de nos jours, ce n'est plus tellement la différence de milieu, d'éducation ou de culture qui compte mais d'avoir de l'argent ou pas.
photo de monsieur Wauquiez avec une copine prise ici
Cependant, il est bien incapable pour toutes ces raisons de comprendre la vie de quelqu'un pour qui les fins de mois commencent le 15, ces personnes qui se demandent avec anxiété si elles arriveront à régler leur loyer à temps tous les mois, et pour qui les dépenses de santé sont un luxe superflu. Un parti que je ne connaissais pas, le parti libéral démocrate, qui incarnerait les valeurs sociales de la droite libérale (rires).
Monsieur Wauquiez comme eux prétend lutter contre la dépendance en partant de bons sentiments, aider son voisin à créer lui-même son entreprise, à gagner beaucoup d'argent pour ne pas être un « left behind ». Depuis la création du libéralisme, rien n'a changé, c'est resté une doctrine volontariste qui veut que comme « aide toi le ciel t'aidera », si quelqu'un ne réussit pas c'est de sa faute et uniquement de sa faute, et non des circonstances ou du système qui fait que de toutes façons, comme dit le proverbe, on ne prête qu'aux riches.
Bien sûr, les libéraux et monsieur Wauquiez oublient simplement une chose fondamentale, l'homme est un animal disposant d'une conscience qui lui permet de distinguer ce qu'il peut faire de bien ou de mal pour son voisin. Il serait heureux que monsieur Wauquiez prononce des phrases qui poussent ses compatriotes à faire plus de bien aux autres...
Et non à les condamner, ou à jouer les démagogues...
Ci-dessous le "Salaud de pauvres" de Grandgil/Gabin...




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