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Gingrich: une course à la Maison-Blanche déjà difficile

Publié le 18 mai 2011 par Bntoussaint

Publié sur Le Bulletin d’Amérique

Cela faisait près plus de dix ans qu’il hésitait. Newt Gingrich s’est finalement lancé en annonçant, via twitter, son intention de se présenter à la présidentielle américaine en 2012. Si les sondages lui sont favorables, la tâche semble toutefois ardue.

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Gingrich: une course à la Maison-Blanche déjà difficile« Présidence au rabais ». C’est en ces termes que Newton Leroy « Newt » Gingrich a sonné la charge contre le bilan de Barack Obama, le 13 mai dernier à Atlanta. L’ancien président du congrès américain s’exprimait à l’occasion de son premier discours officiel en tant que candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2012. En dépit d’un raté technique, il avait choisi de faire cette annonce via sur son compte twitter. Une décision qui lui a été dictée par « tous les encouragements [qu’il] a reçus [l’] ’incitant à concourir », a-t-il posté plus tard sur son compte facebook. S’il bénéficie d’une notoriété confortable (86%) parmi les sympathisants républicains, les sondages sont loin de le placer en tête des présidentiables du GOP. En dépit de l’abandon de Mike Huckabee ou du tonitruant Donald Trump, il aura fort à faire pour évincer des rivaux tels que Mitt Romney, Herman Cain ou encore Ron Paul.

Un intellectuel en politique ?

A 67 ans, cet historien de formation — docteur, membre de la prestigieuse Hoover Institution de l’université de Stanford et auteur de plus de 20 ouvrages — est un fin connaisseur des arcanes du pouvoir à Washington. Ancien représentant de la Géorgie, il s’est rendu célèbre dans les années 90 en étant l’un des artisans de la victoire républicaine au congrès en 1994, grâce notamment à son « Contrat avec l’Amérique ». Il a pris ensuite la présidence de la chambre sous la présidence Clinton, de 1995 à 1999, et peut s’enorgueillir d’un certain nombre de succès. « Je pense qu’avec mon expérience d’avoir équilibré le budget (ndlr, en 1995 pour la première fois depuis 1969), réformé l’État providence, réduit les impôts et fait baisser le chômage en dessous de 4%, j’ai une très bonne candidature à vous offrir », a-t-il récemment déclaré, lors d’une interview pour WSB-TV, au sujet de son bilan politique.

Depuis des mois, Newt Gingrich n’a donc pas ménagé ses efforts afin de lever des fonds, monter une équipe de campagne et tisser son réseau dans les états américains les plus stratégiques. Surfant sur la vague opposée à l’interventionnisme de l’Etat  du mouvement Tea Party, il s’exprimait récemment lors d’un dîner devant une centaine de militants républicains en Géorgie : « D’un côté de la route, il y a une Europe centralisée, bureaucratique et socialiste au sein de laquelle les politiciens et les bureaucrates définissent le futur. De l’autre côté de la route, il y a une fierté, une solidité et une réaffirmation de l’exception américaine ». Il s’est notamment déclaré favorable à l’abolition des taxes sur les profits et la réduction de l’impôt sur les sociétés de 35 à 12,5%. Il s’est toutefois heurté à son propre camp en se déclarant hostile à un projet de réforme de l’assurance maladie proposée par certains élus du Tea Party. « Je pense qu’il n’a tout simplement pas compris en quoi consiste notre projet », lui a répondu Ryan Paul, principal artisan de la proposition de réforme. Et d’enfoncer le clou en déclarant : « Avec un tel allié (ndlr : en parlant de Gingrich), on se demande à quoi sert encore la gauche ».

Frasques et jusqu’au-boutisme

Il est vrai que cette candidature vient ajouter à la confusion qui règne actuellement au sein du parti républicain concernant le choix du champion qui devra affronter Barack Obama en 2012. Si le profil de Gingrich a de quoi séduire, il est loin de faire l’unanimité chez les électeurs du GOP. Il faut dire que les frasques du candidat Gingrich font du plus mauvais effet au royaume des électeurs conservateurs. Divorcé deux fois, notoirement infidèle, il aura fort à faire pour convaincre un électorat très puritain. « J’ai fait des erreurs dans ma vie », déclarait-il le 15 mai sur le plateau de la chaine NBC. « Je dois aller vers Dieu pour me faire pardonner et chercher une réconciliation ».

Les critiques acerbes ont d’ailleurs fusé après l’annonce de sa candidature. « Il manque cruellement des qualités que les Américains veulent voir dans leur candidat : bon sens, modestie et charme », dit de lui Steve Chapman du Chicago Tribune. Ou encore « Gingrich parle deux langues : le superlatif et l’apocalypse. Rien n’est sous-estimé, et surtout pas le rabaissement de l’adversaire ». Beaucoup ne voient en lui qu’un démagogue grossier et arrogant. Comme note encore Steve Chapman dans les colonnes du magazine Reason, les démagogues ne sont pas élus Président des Etats-Unis. Ils attirent l’attention de la télévision, ils gagnent même parfois des primaires, mais « leur fonction principale est de perdre ».

“L’homme de la peur”

Dans l’esprit de beaucoup d’Américain, le nom de Gingrich est associé à la fermeture de nombreux services administratifs entre 1995 et 1996, à la suite de l’incapacité des républicains et de la présidence Clinton à trouver un accord sur la question du budget. Gingrich s’était vu reprocher son jusqu’au boutisme — responsable d’un « shutdown » du gouvernement — qui avait favorisé la réélection de Bill Clinton peu après. Un souvenir qui n’est pas sans rappeler le début d’année 2011 qui a manqué de peu de reproduire ce scénario entre les représentants du GOP et le camp démocrate.

Plus grave, Newt Gingrich a été sanctionné en 1997 par un vote à la quasi-unanimité du Congrès pour violation de l’éthique parlementaire. Il s’est vu infliger un blâme pour avoir manipulé des donations exemptées d’impôt à des fins politiques et pour avoir menti à la commission chargée de l’enquête concernant ces faits. Il a dû payer une amende de 300 000 dollars afin d’éviter une enquête du Congrès avant le début de son 11e mandat. Réélu de justesse le 7 janvier 1998, il a finalement été contraint à la démission au cours de la même année.

Le commentateur américain Steve Chapman conclut l’un de ses articles en affirmant que Newt Gingrich ne pourra pas gagner. « Gingrich est l’homme de la peur. Quand il voient un homme de cette trempe, les électeurs pensent en général : c’est vraiment terrifiant ». Fortement attaqué par son propre camp après ses déclarations concernant la réforme du Medicare, la candidature pourrait bien être déjà compromise.

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A lire sur Le Bulletin d’Amérique: Mais qui est réellement Newt Gingrich? par Henri Hude

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