Magazine Cinéma

Arme de persuasion massive

Publié le 01 juin 2011 par Vodkapommemagazine

Arme de persuasion massive

Dans The Las Supper, en 1995, une bande de jeunes gauchistes organisaient chaque semaine un souper auquel ils conviaient une personne de droite afin de la confronter à leurs idées progressistes et surtout, ultimement, quand l’invité tenait mordicus à ses positions conservatrices, ce qui ne manquait pas d’arriver à tout coup bien entendu, de les trucider à l’aide d’un vin rouge empoisonné. Dans le dernier film du français Michel Leclerc, Le nom des gens, le personnage de Bahia, joué par Sara Forestier (exercice exemplaire de cabotinage brillamment contrôlé), fait exactement l’inverse. Car voyez-vous, quand Bahia était jeune, sa mère hippy lui disait qu’il fallait faire l’amour, pas la guerre. Ce mot d’ordre maternel (comportemental) plus une situation d’abus sexuel en bas âge (freudien) égale un constat psychologique implacable: Bahia couche à gauche et à droite, mais définitivement plus à droite. Le but de la manoeuvre étant de convertir tous ces pauvres cons de fachos aux idées cheguevaresques. Elle tombe un matin sur Arthur Martin (un des 15 207 Arthur Martin répertoriés en France). Après avoir entendu Martin, un spécialiste des épidémies, parler de la grippe aviaire à la radio, elle décide qu’il est fasciste et donc sa prochaine proie. Mais voilà, non seulement ce bon Arthur est un jospiniste pur et dur, il est aussi un enfants de parents juifs, dont la famille a été déporté à Auschwitz. Fille d’immigrants algériens, Bahia va finalement se rendre compte qu’elle est tombé cette fois sur un soit disant facho avec qui elle a peut-être beaucoup plus d’affinités qu’elle ne le pensait.

Arme de persuasion massive

Traité à la façon étasuniennes, Le nom des gens serait probablement tombé sous l’étiquette navrante de ‘film de fille’. Peut-être que Ben Stiller (le juif) aurait donné la réplique à Penelope Cruz (la mexicaine) et qu’à coups de répliques politicaly correct, on aurait eu droit à deux heures de mièvreries surannées jusqu’au happy end bien convenu. Mais il s’agit d’un film français, et qui plus est, sorti (en France du moins) au lendemain du fameux débat sur l’identité nationale. Il y a donc dans ce film, et sous le couvert d’une comédie d’apparence légère, une réflexion intéressante sur ce qu’est être un ‘français’ (ou toute autre nationalité d’ailleurs). Jusqu’où doit-on remonter dans l’arbre généalogique. Quel apport culturel justifie le droit de se réclamer d’une identité ou une autre? Et bien évidemment, il y a toute la question du débat gauche/droite, angle commode pour réfléchir à la politique, mais qui peut avoir ses limites si on se situe un peu trop près du centre. Le film démontre bien à quel point il est facile de tomber dans les tares que l’on dénonces soi-même, quand il est question d’extrémisme.

Au final, Le nom des gens est une comédie intelligente (ça ne court pas les rues) qui engage le spectateur autant qu’il le fait sourire (et rire dans mon cas) et qui, à l’occasion, l’émeut aussi. La mise en scène de Leclerc est sans failles et d’un dynamisme sympathique. Le scénario, qu’il a co-écrit avec Baya Kasmi, regorge de délicieuses trouvailles qui donnent au film du rythme et beaucoup de punch. Et ne serait-ce que pour voir la petite apparition caméo de Lionel Jospin (nerveux mais sympa dans son propre rôle), ça vaut largement le détour.

Arme de persuasion massive is a post from: Vodka Pomme Magazine

  • Civilité*
  • * Ces champs sont obligatoires

Devenez membre gratuitement
et en un clic !

  • Offres promotionnelles
  • Newsletters par centres d'intérêts
  • Bons plans, jeux concours et bien d’autres surprises
Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

A propos de l’auteur

Vodkapommemagazine
1 vote

Magazines