Heureux comme un juif à Alger dans les années 20 nous raconte au début du Chat du rabbin de Joann Sfar dans un déluge de couleurs chatoyantes, l’histoire du rabbin Sfar, de sa belle fille Zlabya (Hafsia Herzi au doux accent qui fait rêver de Méditerranée) et de leur chat (François Morel) qui parle depuis qu’il a mangé le perroquet.
Le succès de la bande dessinée de l’auteur lui a permis de mener à bien son projet de long-métrage où il poursuit après la biographie de Serge Gainsbourg sa représentation du destin contrarié des juifs français (les juifs algériens ayant reçu la nationalité française par le décret Crémieux en 1870).
Le récit de cette histoire d’amitié entre un rabbin intelligent et son chat ironique qui conteste les grands principes du Talmud, le racisme des pied-noirs et la bêtise des intégristes de tous bords, est nécessairement teintée de mélancolie pour représenter un pays qui s’est construit dans un premier temps sur des critères ethniques après la violence de la guerre d’indépendance, le Président Ben Bella allant en son temps jusqu’à revendiquer une seule origine : “nous sommes Arabes, Arabes, Arabes.” Joann Sfar nous offre le meilleur lorsqu’il donne à vivre les rues de la Casbah et du port d’Alger, les terrasses de la ville blanche et la beauté des Algériennes. La seconde partie qui accueille un peintre russe chagallien fuyant les pogroms, et à la recherche des juifs d’Ethiopie disperse un peu le récit derrière sa volonté sympathique de faire l’éloge du métissage contre le communautarisme.
On se demande ce qui pousse nos amis cinéastes à chercher une telle complexité quand tous leurs personnages leur tendent la main, comme Philippe Claudel qui élaborait dans Tous les soleils une histoire d’amour tordue avec Clotilde Courau quand une belle histoire d’amour semblait se construire naturellement entre son héros italien (Stefano Accorsi) et l’infirmière (Saida Jawad). Dans Le chat du rabbin, une simple histoire d’amour entre le juif russe et la belle Zlabya (à une époque où les juifs algériens d’origine ashkénaze préféraient prendre femme sur le continent plutôt que d’épouser une Séfarade jugée trop arabe), ou entre celle-ci et un Musulman ou un Chrétien, fait rarissime à Alger dans les années 20, nous aurait emmené vers des cimes beaucoup plus passionnantes, surmontées par l’ironie du chat en bouffon shakespearien. Cinéastes, encore un effort pour filmer l’altérité !
Magazine Cinéma
Le chat du rabbin de Joann Sfar : Dieu à portée de chat
Publié le 02 juin 2011 par Mathieutuffreau
Heureux comme un juif à Alger dans les années 20 nous raconte au début du Chat du rabbin de Joann Sfar dans un déluge de couleurs chatoyantes, l’histoire du rabbin Sfar, de sa belle fille Zlabya (Hafsia Herzi au doux accent qui fait rêver de Méditerranée) et de leur chat (François Morel) qui parle depuis qu’il a mangé le perroquet.
Le succès de la bande dessinée de l’auteur lui a permis de mener à bien son projet de long-métrage où il poursuit après la biographie de Serge Gainsbourg sa représentation du destin contrarié des juifs français (les juifs algériens ayant reçu la nationalité française par le décret Crémieux en 1870).
Le récit de cette histoire d’amitié entre un rabbin intelligent et son chat ironique qui conteste les grands principes du Talmud, le racisme des pied-noirs et la bêtise des intégristes de tous bords, est nécessairement teintée de mélancolie pour représenter un pays qui s’est construit dans un premier temps sur des critères ethniques après la violence de la guerre d’indépendance, le Président Ben Bella allant en son temps jusqu’à revendiquer une seule origine : “nous sommes Arabes, Arabes, Arabes.” Joann Sfar nous offre le meilleur lorsqu’il donne à vivre les rues de la Casbah et du port d’Alger, les terrasses de la ville blanche et la beauté des Algériennes. La seconde partie qui accueille un peintre russe chagallien fuyant les pogroms, et à la recherche des juifs d’Ethiopie disperse un peu le récit derrière sa volonté sympathique de faire l’éloge du métissage contre le communautarisme.
On se demande ce qui pousse nos amis cinéastes à chercher une telle complexité quand tous leurs personnages leur tendent la main, comme Philippe Claudel qui élaborait dans Tous les soleils une histoire d’amour tordue avec Clotilde Courau quand une belle histoire d’amour semblait se construire naturellement entre son héros italien (Stefano Accorsi) et l’infirmière (Saida Jawad). Dans Le chat du rabbin, une simple histoire d’amour entre le juif russe et la belle Zlabya (à une époque où les juifs algériens d’origine ashkénaze préféraient prendre femme sur le continent plutôt que d’épouser une Séfarade jugée trop arabe), ou entre celle-ci et un Musulman ou un Chrétien, fait rarissime à Alger dans les années 20, nous aurait emmené vers des cimes beaucoup plus passionnantes, surmontées par l’ironie du chat en bouffon shakespearien. Cinéastes, encore un effort pour filmer l’altérité !
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