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"Lire et comprendre la géographie des Balkans" (une journée d'études en hommage au géographe Michel Roux)

Publié le 06 juin 2011 par Geo-Ville-En-Guerre @VilleEnGuerre
Lire et comprendre la géographie des BalkansJournée d’étude en hommage à Michel RouxENS de Lyon – 25 novembre 2011

L’équipe Bio-Géophile de l’UMR 5600 « Environnement, Ville, société » (Lyon) organise une journée d'études consacrée à la géographie des Balkans, le 25 novembre 2011, en hommage au géographe Michel Roux. Cette journée d'études est organisée par les géographes Emmanuelle Boulineau et Olivier Deslondes, tous deux spécialistes des Balkans.

Michel Roux, Professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail, géographe spécialiste des Albanais de l’ancienne Yougoslavie, nous a quittés il y a deux ans. La journée que nous organisons se veut à la fois une forme de reconnaissance scientifique, et une manifestation d’amitié à travers vos témoignages sur le collègue, le chercheur de terrain, le directeur de recherche, le géographe, le citoyen engagé.
Les Balkans en 2011 : une région désormais stable ? Vingt ans après la chute du mur et le début des guerres yougoslaves, les Balkans « occidentaux » sont au milieu du gué : les armes se sont tues, la vie a repris ses droits tandis que s’amorce la « stabilisation » politique et économique voulue par l’Union Européenne en contrepartie de la promesse faite à ces Etats qu’ils sont appelés à en faire partie.
Mais d’importants obstacles se dressent encore sur le chemin de l’Europe et sur celui du développement : c’est, tout d’abord, le cloisonnement ethno-territorial créé, voire institué par les mécanismes ou les opérations de purification ethnique, qui partage de nombreuses villes – de Sarajevo à Skopje en passant par Mitrovica ou Tetovo – et divise pour longtemps des régions ou des Etats au mépris des principes de libre-circulation régissant la construction européenne. Les diplomaties occidentales ont pu craindre que les opinions serbe ou albanaise soient gagnées par les grandes idées romantiques d’unité nationale, au détriment du statu quo : ce scénario tant redouté est à écarter, tant la multiplication des frontières paraît faire le jeu de pouvoirs locaux, assurer l’existence de fiefs politiques et financiers bien plus tangibles que les utopies nationalistes. La question est donc plutôt de savoir comment rétablir des ponts, convertir les discontinuités en lieux d’échange, et les différences en complémentarités.
D’autres contraintes obèrent le développement économique : les investissements productifs ont été retardés non seulement par les risques politiques internes, mais aussi par l’absence de perspective géopolitique claire : les Balkans occidentaux sont encore bien loin du processus de pré-adhésion qui a permis à la Roumanie et à la Bulgarie d’attirer les capitaux étrangers dès le début de la décennie 1990. Les pratiques économiques, sociales et politiques frauduleuses, obéissant aux logiques de clans et de réseaux mafieux, forment un autre obstacle de taille aux investissements privés et publics, ainsi qu’au respect des critères d’adhésion européenne (Croatie, Macédoine). La croissance est contrariée, plus encore, par la crise démographique, en grande partie liée aux effets directs ou indirects de l’émigration massive qui touche à divers degrés l’ensemble des Balkans, et annule les dynamiques naturelles des derniers « réservoirs » de population balkaniques.
Dans ce contexte, il semble bien que les moteurs du développement soient, plus que jamais, extérieurs à la région. Pour les peuples des Balkans, l’Europe politique est moins un idéal qu’un gage de stabilité, un espace économiquement unifié susceptible de compenser le cloisonnement politique, l’antidote de l’entre-soi qu’ils ont voulu et obtenu. La Turquie constitue un autre pôle majeur et Istanbul, une sorte de capitale pour ces Balkans en manque de centralité propre, et il faut noter que les Etats membres, en Europe du sud-est, soutiennent globalement la candidature turque à l’Union Européenne. C’est à cette échelle, autour de grands projets structurants (Southstream, corridors Europe-Asie) que peuvent s’organiser les coopérations régionales.
L’aire de peuplement albanais, terrain d’étude de Michel Roux englobant l’Albanie, le Kosovo et le nord-ouest de la Macédoine, condense les questions et les contradictions balkaniques : cinq millions d’Albanais apparaissant moins soudés par leur communauté linguistique que divisés entre les trois entités politiques qui les abritent – trois formes d’expression de la « nation albanaise », trois contextes socio-économiques différents ; un retard de développement vis-à-vis du reste de l’Europe, auquel se superposent des disparités internes, souvent anciennes, que les différents régimes communistes n’avaient pas réussi à résorber, et que l’instabilité politique et la faiblesse des investissements ont aggravées après 1990, laissant les revenus de la diaspora tirer seuls la croissance des revenus, l’émigration vider les régions rurales et les villes croître de façon anarchique.
Dès les années 1980, Michel Roux analyse les débuts de la crise yougoslave en considérant les disparités de développement spatiales et sociales comme le premier facteur de discorde interethnique : c’est pour ne pas avoir su développer le Kosovo au rythme de sa croissance démographique et de ses besoins, observe-t-il en substance, que le pouvoir a provoqué, puis attisé la dégradation des relations entre Serbes et Albanais. A l’échelle de la fédération, Michel Roux considère ensuite la crise kosovare, produit d’un retard de développement, comme le point de départ de la contagion yougoslave tout entière.
Dix ans après les dernières recherches de Michel Roux, et sous forme d’hommage scientifique, les intervenants analyseront la situation actuelle des Balkans et plus particulièrement, celle de l’aire de peuplement albanais en privilégiant la lecture géographique et socio-économique des réalités politiques de la région. Plusieurs questions pourront être abordées, notamment celle des trajectoires nationales vers l’intégration européenne.
Programme de la journée d'études
(sous réserve de modifications)

Olivier Deslondes (Université Lyon 2, UMR EVS) et Emmanuelle Boulineau (ENS de Lyon, UMR EVS) : Lire et comprendre la géographie des Balkans en 2011 : enjeux et problématiques de la journée.
Pierre-Yves Péchoux (Université de Toulouse Le Mirail)Titre de l'intervention à venir
Stéphane Rosière (Université de Reims Champagne-Ardennes)Le nettoyage ethnique: une réflexion géographique en hommage à Michel Roux
Jean-François Drevet (Ancien fonctionnaire à la DG Regio, Commission européenne)Les perspectives d'adhésion des pays candidats des Balkans occidentaux à l’UE
Michel Sivignon (Université Paris 10)La crise grecque au quotidien
Amaël Cattaruzza (Ecole de Saint-Cyr Coëtquidan)Les représentations de l'Union européenne aux Monténégro cinq ans après l'indépendance
Hivzi Islami (Académie des sciences de Prishtinë, Kosovo)Le Kosovo : de la colonie classique serbe à l’indépendance
Goran Sekulovski (Université Paris 1)A la recherche d’une identité ethnique et ecclésiale : espace et religion en Macédoine
Pierre Sintès (Université de Provence, UMR Telemme)Marginalités spatiales, mobilités géographiques et identités locales dans la Grèce contemporaine
Emmanuelle Boulineau (ENS de Lyon, UMR 5600)L’ouverture internationale d’un pays balkanique : impacts des IDE et des fonds structurels sur les disparités territoriales en Bulgarie

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ou contacter Emmanuelle Boulineau et Olivier Deslondes




Présentation de la journée d'études par les organisateurs :

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