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Les Forces Contraires

Publié le 16 juin 2011 par Théâtrorama

Les Forces ContrairesPartir de soi face aux autres et face à soi-même, soi dans sa profession, dans sa réalisation, dans son questionnement interne, dans sa représentation, dans son image prête à imprimer, le multiplier par trois, et faire un spectacle sans détour et corrosif. Il n’y a pas de mal à s’en faire un peu…

Ce spectacle, présenté à La Loge ce mois de juin, a été écrit et mis en scène par Morgane Lory. Il se concentre sur deux questions : “Peut-on choisir et assumer sa vie? Peut-on rester fidèle à soi-même, à ses proches, à ses idéaux?”. En trois tableaux, il offre un constat plutôt amer, et c’est tant mieux, parce que c’est drôle, aussi.

Le fait, d’abord, de décomposer le questionnement en trois tableaux distincts, tant dans leur ergonomie, leur mise en place, leur type d’adresse que leur histoire interne, est louable. Parce que, ô bonheur, il évite de nous vendre le spectacle qui a tout compris et dont on ressortira plus éclairé. Ce que ça permet, au contraire, c’est de s’attacher au particulier, un peu comme à des exemples pris comme ça, et mis en exergue, exposés au maximum, dont aucune leçon n’est tirée d’avance. Comme trois constats, ou trois pistes de réflexion. Ce qui les lie, outre le questionnement, c’est le décalage par l’humour, froid et corrosif, mais pas moqueur. Juste froid et corrosif ; qui nous inclue dans notre rire, qui n’épargne personne, mais n’est pas accusateur. Qui est juste à la bonne place. Le décalage existe aussi par un traitement du corps qui devient théâtral, qui explose puis revient, ou des fois qui ne revient pas et reste explosé, mais qui n’est pas mis de côté, ce qui aurait pu être à craindre. Et enfin par la scénographie, ingénieuse, et pragmatique (oui oui).

Le texte, ensuite (il faut être méthodique), est très juste. Juste dans le constat, juste dans l’amertume un peu douce, et juste surtout dans l’honnêteté. L’honnêteté, c’est important ça. C’est un spectacle honnête. Qui dit de quoi il est fait (de copier-coller de réunions d’entreprise pour le dernier tableau par exemple, ce qui offre le loisir de sortie brillantes sur les armoires et les déménagements, sur le dogmatisme et d’autres belles choses de la vie…) et ne prétend à rien d’autre. Du texte découle une façon de dire, de jouer, qui est commune à tous les acteurs mais particulière à chacun, parce qu’appropriée. On parle un peu de loin, en se regardant, comme on fait dans le monde, pour être sûr qu’on parle bien, on s’écoute un peu, histoire de ne pas déraper. Forcément, ça ne fonctionne pas toujours.
Le premier tableau répond moins à ce que j’ai dit précédemment, il est plus flou, un peu moins clair dans ce qu’il dit peut-être (non pas le texte, mais le traitement qui en est fait), mais les deux autres sont à plusieurs endroits des petites merveilles. Et ces petites merveilles correspondent souvent aux endroits où tout se barre, où les brides se lâchent. Alors, bien sûr (même si pour des radicaux c’est un peu frustrant), il faut bien brider pour pouvoir débrider, mais on se dit, quand même, je me dis en tout cas, que ça pourrait se barrer un peu plus que ce serait loin d’être moins bien…

Les Forces Contraires
texte et mise en scène : Morgane Lory
Avec : Julien Crépin, Jade Lohé, Morgane Lory, Serge Ryschenkow, Nadège Sellier et Geoffroy Vernin
Du 14 au 30 juin
Les mardis, mercredis, jeudis – 21h

La Loge
77 rue de Charonne – Paris 11eme
Réservations: 01 40 09 70 40
Site web

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