Des fossiles dans les pierres calcaires du Grand Palais
Crédit photo Anthropia
En attendant dans la file d'attente devant le Monumenta d'Anish Kapoor, j'ai repensé à un parcours d'art contemporain, organisé à La Box de Bourges par un trio de curatrices de choc, Keren Detton, Marie Cosette et Julie Pellegrin, et à cet artiste, Thorsten Streichardt qu’elles avaient invité, qui nous emmenait le long des murs de la ville, à la recherche des fossiles, des minuscules coquillages logés dans les pierres calcaires des murs des édifices publics ou des maisons.
Ce n'était pas le seul but de cette performance, dans Shell Shelf, l’intervention de Streichardt consistait à réaliser une collecte de « coquillages » à travers la ville. En écho à la présence d’innombrables fossiles dans la pierre calcaire des bâtiments, l’artiste fabriquait ses propres coquillages, taillés au burin aux angles des édifices ou moulés dans les aspérités des façades. Cette récolte résultait de plusieurs semaines de négociations avec les responsables publics et les habitants de Bourges. Chacun choisissait de donner un morceau de son patrimoine.
Les objets obtenus étaient les indices d’une histoire « en creux » où les empreintes physiques (naturelles ou accidentelles) marquant les constructions se mêlaient aux récits subjectifs d’un ensemble d’individus. L’exposition, en trois parties, présentait les fruits de cette expérience urbaine : une collection de petites sculptures accompagnées des explications des « donateurs » et d’une documentation photo et vidéo.
A prélever ces petits morceaux aux angles des bâtiments, il s’agissait de confronter plusieurs histoires : millénaire comme le calcaire, centenaires comme les monuments publics et contemporaines comme celles de ces habitants qui avaient accepté de négocier avec l’artiste la donation d’un fragment de leur maison.
Cela pouvait être vu comme une archéologie du présent qui témoigne du rapport à la propriété. Ou comme une manière d’accélérer le vieillissement d’une ville déjà marquée par le temps. Shell Shelf était aussi une réflexion sur la sculpture et sur le fait que toute forme est forcément construite, culturellement, historiquement, politiquement.
A y repenser, je me suis penchée sur les murs du Grand Palais, en pierre calcaire de Saint-Leu, de Saint-Maximin ou d’Euville, j’ai refait le chemin géographique en capturant dans mon viseur ces fossiles, ces traces dans le calcaire d’une histoire millénaire, les petits coquillages, les étoiles de mer, les mini-fossiles d’un Minimenta aux portes du Monumenta.




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