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Le Caravage, où la Violence de l’Instant

Publié le 20 juin 2011 par Etrangere
Avant toute chose, je dois remercier mes lecteurs sur Paperblog, toujours plus nombreux. C'est très agréable de savoir que des gens se soucient de votre avis et lisent vos articles. Néanmoins, je souhaiterais, dans la mesure du possible, que vous veniez aussi sur ma page de blog, je rappelle : 
http://je-e-unautre.blogspot.com
Maintenant, entrons dans le vif du sujet...Il y a quelques temps de cela, nous avons visionné, avec notre classe "artistique", un documentaire sur la restauration d'un tableau assez méconnu, L'Annonciation, du Caravage. J'ai donc pu me replonger avec délice dans les confins du monde qu'il avait créé...

Le Caravage, où la Violence de l’Instant

Ottavio Leoni, Portrait du Caravage, vers 1621


Né en 1571 à Caravaggio, ville dont il tire son surnom, le jeune peintre ténébreux entre en 1584 en apprentissage à l’atelier milanais Pertanzano, puis gagne Rome en 1588. Il y obtient très rapidement la réalisation de fresques à la chapelle de Saint-Louis-des-Français, consacrées à saint Matthieu. Cet ouvrage l’occupe dix ans, mais débouche sur une seconde commande, très prestigieuse, sur le thème de la vie de saint Paul, pour l’église Santa Maria del Popolo (1601). Néanmoins, doté d’un caractère coléreux, il est accusé d’avoir tué le chef de la milice de son quartier, Tomassoni, au cours d’une rixe. Déjà très critiqué pour ses mœurs très libres, il est condamné à mort, et doit fuir la Ville Éternelle.  Dès lors, son existence entière ne sera qu’errance : alors qu’il est fait chevalier de grâce de l'ordre de Malte lors de son séjour sur l’île, sa renommée sulfureuse le rattrape, et lui vaut l’emprisonnement puis la radiation de l’organisation. Le Caravage se réfugie alors en Sicile, et tente d’obtenir la grâce papale pour pouvoir revenir à Rome. Il meurt dans des conditions mystérieuses sur la plage italienne de Port-Ercole (probablement en raison d’un coup de chaleur et d’une intoxication au plomb, et ce bien que la légende affirme qu’il aurait été assassiné), ignorant que le Pape Paul V,  ayant finalement cédé aux supplications de ses amis et protecteurs, avait apposé son sceau sur son acte de grâce.
Le Caravage, homme sauvage, déteste l’emmurement des conventions maniéristes de son époque. Sa peinture se fait brutale et viscérale,  d’un réalisme « choquant » : en effet, le peintre se sert de modèles issus du petit peuple romain pour figurer des personnages bibliques (et donc saints) tels que pour sa Mort de la Vierge (1607). Il s’attire les foudres de certains qui le jugent comme un blasphémateur, mais son œuvre est aussi reconnue par de nombreux mécènes et savants, tel que le cardinal Del Monte.
Le Caravage se caractérise aussi par son travail exceptionnel de la lumière, le clair-obscur, qui met en valeur son autre obsession, le corps humain. Ses peintures, (notamment celles de jeunes hommes), sont teintées d’un voile sensuel voire érotique, qui fascine encore aujourd’hui le spectateur, tout en provoquant chez lui une certaine gêne. Ce traitement particulier des ombres sera la marque de fabrique d’un mouvement, éponyme de son instigateur, le Caravagisme, qui s'étendit à l'ensemble de l'Europe, particulièrement en Espagne et aux Pays-Bas.
Scandaleux, violent, génial.Trois adjectifs pouvant décrire aussi bien la personnalité et l’existence de Michelangelo Merisi que son grand œuvre. Vous avez sûrement remarqué que ma description des deux était assez brève ; d'autres se sont attelés à la lourde tâche de reconstitution de sa vie et de ses tourments.  Pour les plus curieux d'entre vous, cela peut sembler assez réducteur de vous rediriger vers eux. Ce qui m'intéresse cependant, c'est le sentiment, l'émotion que produisent ses toiles sur le spectateur. Je vous ai ainsi sélectionné deux de mes préférées ...

Le Caravage, où la Violence de l’Instant

Judith décapitant Holopherne, huile sur toile, 145 cm x 95 cm, vers 1598.


Il s’agit ici de l’illustration d’un épisode biblique (Livre de Judith, 13:6-8) : la veuve juive Judith se rend, accompagnée d’une servante, au camp du général assyrien Holopherne. Elle se dit détentrice de secrets militaires pouvant aider ce dernier au siège de Béthulie, sa ville. Charmé par la splendeur de l’avenante jeune femme, Holopherne la convie à un festin qu’il organise puis, ivre, il l’invite dans sa tente. A lors qu’il s’affale sur son lit, Judith lui tranche la tête. La violence de la scène est ici sublimée par le clair-obscur, qui crée une atmosphère dramatique et fait ressortit la blancheur éclatante de la robe de Judith, qui perd cependant sa pureté d’origine, en commettant ce meurtre. Trois giclées de sang s’échappent du cou à moitié tranché d’Holopherne, sous l’œil vengeur de la vieille servante.  Que dire de plus ? Le Caravage fixe l’instant, la frêle séparation entre la vie et la mort, dans l’éternité. N’est-ce pas sa plus grande force ? Je suis restée sans voix à la vue de ce chef d’œuvre. Si, dans le contexte de l’époque, il faisait référence à la contre-réforme de l’Eglise Catholique (ou de la Vertu triomphant du Mal), elle reste toujours d’actualité. Du moins, à mes yeux, elle représente l’accomplissement d’une destinée exceptionnelle, mais aussi tragique, puisque nécessitant un sacrifice :celui de son corps, son être, et celui d'une vie.

Le Caravage, où la Violence de l’Instant

Méduse, huile sur cuir marouflé sur bouclier en peuplier, 60cm x 50cm, vers 1598
Commandée par Del Monte, cette œuvre faisait à l’origine partie d’une armure de parade que celui-ci comptait offrir à Ferdinand Ier de Médicis. Il s’agit d’une interprétation des Métamorphoses d’Ovide : Méduse, jeune fille de grande beauté, s’était laissée séduire par Poséidon. Les amants, réfugiés dans le temple d’Athéna, furent surpris par la déesse. Furieuse, elle aurait transformé la malheureuse humaine en monstre ayant pour cheveux des serpents, et aurait donné à ses yeux la faculté de pétrifier quiconque croiserait leur regard. Puis elle ordonna à Persée de tuer la Gorgone. Le héros utilisa son bouclier comme miroir, et la créature se pétrifia elle-même. Le vainqueur ramena sa tête à Athéna, laquelle la fixa sur son bouclier, l’égide.    La particularité de cette œuvre est qu’elle est en « trois dimensions », du fait de la concavité de son support, le bouclier. Le peintre a donc traité son sujet de sorte à lui donner un certain relief  (proportions, lumière). En outre, il a tenu à conserver l’aspect mythologique : la Méduse ne fixe pas le spectateur droit dans les yeux, car elle le pétrifierait.    La récurrence du thème de la mort chez le Caravage, sous ses multiples formes, trouve ici une vision allégorique. A mes yeux, on contemple encore un instant : celui de la fin, de l’ultime,  par le biais de cette Méduse qui se méduse elle-même, submergée par le dégoût de sa personne. Et finalement, c’est le peintre qui ressort victorieux de l’entreprise : il parvient à figer le spectateur devant cette peinture. 
Ainsi, je vous ai livré ma vision de ce grand peintre aux idées noires, direct jusqu'à faire violence à l'âme du spectateur. Que pensez-vous de lui ? Quelles sont les impressions ressenties devant ces toiles, ou d'autres? Je vous laisse sur ces réflexions. Pour ma part, je vous préviens : je risque d'être absente pendant quelques jours. Pour ne rien vous cacher, soucis de santé. Alors, afin de savoir quand je publierai mon prochain article, et si le cœur vous en dit, abonnez-vous à mon flux RSS... Mon prochain thème sera, je l'espère, intéressant: l'exposition sur Maître M****. Soyez à l'heure pour prendre le train...


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