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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: le trombone dans le Jazz

Publié le 22 juin 2011 par Assurbanipal

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Lundi 20 juin 2011. 19h30.

Glenn Ferris

La photographie de Glenn Ferris est l'oeuvre du Cuivré Juan Carlos HERNANDEZ.

Antoine Hervé : piano, scat, enseignement

 Glenn Ferris : trombone à coulisse, enseignement

Il s’agit ce soir de rendre gloire aux trombonistes qui se font voler la vedette par les saxophonistes et les trompettistes. Toutes les erreurs techniques dans les propos qui suivent est de mon fait et ne peuvent engager la responsabilité des professeurs Antoine Hervé et Glenn Ferris.

« Blues for ever » (Glenn Ferris). C’est un Blues lent. Le trombone grommelle. Toujours cette proximité de l’instrument avec la voix humaine propre au Jazz. Ca progresse tranquillement comme un gars qui marcherait en roulant des épaules mais sans vulgarité, comme Jean Paul Belmondo.

Les trombonistes sont des héros. Ils sont toujours là discrets mais indispensables, méconnus par rapport aux trompettistes et aux saxophonistes.

L’instrument fut créé vers 1450 sous le nom de sacqueboute (i.e tire et pousse). C’est un instrument à vent de la famille des aérophones. Le mot vient de l’italien : tromba (trompette) et le suffixe augmentatif one. Il est écrit en ut. Plus la coulisse descend, plus la longueur du tube augmente, plus le son est grave. Le grave, c’est le son de l’Enfer dans la musique de la Renaissance.

Justement le Jazz est une musique diabolique né dans des lieux où l’on pèche mortellement comme les maisons closes. A la Nouvelle Orléans naquit le tail gate style. Les trombonistes donnaient de grands coups de coulisse (leur fameux coup de ut !) à l’arrière des remorques dans les orchestres ambulants pour attirer les clients.

Kid Ory était le Roi du trombone à la Nouvelle Orléans. Créole, comme Jelly Roll Morton, l’inventeur du Jazz, il dirigeait le Kid Ory’s Creole Jazz Band. Il a joué avec Louis Armstrong dans les Hot Five et les Hot Seven. Jack Teagarden, un Blanc, a joué lui aussi avec Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Benny Goodman. Lawrence Brown, un Noir, joua du trombone dans l’orchestre de Duke Ellington pendant 40 ans. Il fut le héros d’enfance de Glenn Ferris.

«  Bourbon Street Parade » un standard du New Orleans. Ca swingue, ça sautille joyeusement. Une vraie invitation à la fête, à la danse. Le trombone peut aussi faire la basse, la percussion. Il peut aussi par ses glissando suggérer l’homme ivre, le danseur chancelant. Dans l’orchestre, il fait le lien entre les vents et les basses.

«  Saint James Infirmary », un Blues traditionnel. C’est l’histoire d’un mec. Il va à l’hôpital et il reconnaît sa chérie parmi les cadavres. C’est vous dire si c’est gai. En l’occurrence, c’est bien joué.

Dans les années 1920 naît à New York le style Jungle. C’est une époque d’immense créativité musicale (Louis Armstrong, Sidney Bechet, Duke Ellington, Jimmie Lunceford…).

Nouvelle version de « Saint James Infirmary » dans le style de Jo «  Tricky » Sam Nanton, tromboniste de l’orchestre de Duke Ellington, un des inventeurs du Jungle Style. Glenn Ferris a pris la ventouse et sort le gros son, les grognements.

Le trombone a une perce cylindrique. Cela signifie que le diamètre du tuyau est le même du début à la fin sauf le pavillon qui influe peu sur le son.. Le son du trombone est dur, sec. Glenn Ferris, lui, a un son aéré.

 

«  When the night turns into day » (Glenn Ferris). Ballade pour saluer l’aurore. Beaucoup de soufflé, de suave dans le jeu du trombone. Le professeur Hervé prend aussi un beau solo scintillant.

On ne fait pas n’importe quoi avec la coulisse lectrices curieuses, lecteurs avides de savoir. Il existe 7 positions qui correspondent au schéma des harmoniques. Démonstration de notes variant avec les lèvres sans bouger la coulisse. Glenn nous montre les doigts (triggers) de son trombone qui lui permettent de régler l’ouverture du tuyau sans jouer sur la coulisse. Démonstration sur « Samba de una nota so » avec les lèvres puis avec la coulisse. Ce n’est pas le même effort.

« Stompin at the Savoy » grand standard des années 30 (orchestre de Count Basie). Joué relax. Ca swingue.

Glenn Ferris est un bon complice. Il nous montre tout. L’embouchure par exemple. Plus on va vers l’aigu du trombone, plus l’effort musculaire est grand, plus ça fait mal aux lèvres. Louis Armstrong avait un mouchoir sur scène pour essuyer le sang à ses lèvres. Glenn nous démontre le vibrato avec la coulisse, avec les lèvres. Nouvelle démonstration en ajoutant de l’air.

« Cotton Tail » (Duke Ellington) que Glenn Ferris a joué sous la direction d’Antoine Hervé dans l’Orchestre National de Jazz de 1987 à 1989. Sympa d’entendre en duo ce morceau pour big band. Ca swingue joyeusement.

Juan Tizol, tromboniste porto ricain, apporta à l’orchestre de Duke Ellington un de ses thèmes fétiches « Caravan ». Il est aussi l’auteur de « Perdido » que Charlie Parker affectionnait (écoutez sa version avec Dizzy Gillespie, Bud Powell, Charles Mingus, Max Roach dans « The Quintet. Live at Massey Hall »). Antoine Hervé joue Perdido. Glenn Ferris joue un thème de Charlie Parker. Glenn met une sourdine fermée. Les deux thèmes se croisent, se superposent. Ca colle même si ça demande de l’attention à l’auditeur. Foin de la facilité, que diantre !

S’ensuit « Confirmation » (Charlie Parker), un classique du Be Bop. Evidemment, c’est joué moins vite que par Bird mais le feeling est bon.

 

Bob Brookmeyer, tromboniste, pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre né à Kansas City en 1929 joue et enseigne toujours à New York. Il joue aussi du trombone à pistons qui permet de jouer plus vite, plus précis. Le gars qui joue du trombone aux côtés de Jim Hall (guitare électrique) et Jimmy Giuffre (clarinette) pour la scène d’ouverture du film Jazz on a summer's day sur le Newport Jazz Festival de 1958, c’est lui.

« Milestones » (Miles Davis) joué en hommage à Kai Winding, tromboniste qui jouait sur l’album « Birth of the cool » (1949) de Miles Davis. Ca sonne bien au trombone.

Avec le Be Bop, les trombonistes ont dû trouver des trucs pour jouer plus vite, plus articulé, plus précis. Glenn Ferris en profite pour nous montrer le jeu « against the grain » (à contre courant).

« Nostalgia in Times Square » (Charles Mingus). C’est une musique de chat de gouttière. Glenn reprend la ventouse pour moduler le son sur le pavillon. Il joue maintenant ouvert. C’est vraiment un Maître de l’instrument. Il y met toute l’expression nécessaire pour du Mingus. Il reprend le débouche évier pour un son plus feutré, plus grommeleur. Quelle version, nom de Zeus !

Slide Hampton, autre tromboniste, né en 1932, grand ami de Dizzy Gillespie. Glenn Ferris est né à Hollywood, Californie en 1950 et a beaucoup joué avec les Latinos à Los Angeles.

« Manteca » (Dizzy Gillespie), un classique de la Salsa. Le trombone fait des percussions. Le piano sonne comme des timbales.

Les multiphoniques consistent à jouer plusieurs notes à la fois au trombone en utilisant la voix. C’était une spécialité du tromboniste allemand Albert Mangelsdorff. Glenn reconnaît qu’il ne sait pas bien le faire mais sa démonstration est tout de même parlante.

« Fairy’s groove (You dig ?) » (Glenn Ferris). Morceau compose de 3 grooves différents. Le professeur Hervé lance un scat, Glenn groove dessus. Puis le piano démarre. Ca donne envie de bouger son corps sans effort. Je reconnais des sons que Glenn produisait en 1993 dans le merveilleux album d’Henri Texier « An Indian’s Week ». Il change de groove, passant à un tempo reggae. Au final, j’ai loupé un des trois grooves du morceau. Ma note va baisser, je le crains.

RAPPEL

Un hommage à Jay Jay Johnson immense tromboniste auquel le titre de ce blog fait allusion. « Lament » (JJJ). Un Blues lent, une ballade jouée avec beaucoup de souffle dans le trombone. Une lamentation douce qui ne pleure pas mais qui vous berce doucement.

Après un tonnerre d’applaudissements, Glenn Ferris remercie Antoine Hervé pour le service rendu à la cause des trombonistes. Merci à eux pour cette splendide prestation. Rendez vous à l’automne pour une nouvelle saison de Leçons de  Jazz d’Antoine Hervé à l’Auditorium Saint Germain des Prés.


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