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Vampiriser les styles

Publié le 22 juin 2011 par Vodkapommemagazine

Vampiriser les styles

Priest, le dernier film de Scott Stewart (Legion), est (très librement) inspiré d’une BD coréenne du même nom (Hangul en coréen), où des prêtres doivent défendre l’humanité contre douze anges déchus, représentants des forces du mal. Stewart et son scénariste, Cory Goodman, ont utilisé ce canevas très dichotomique pour traficoter une histoire à saveur post apocalyptique avec, à la place des anges diaboliques, une armée de vampires. Les créatures nocturnes de Priest sont toutefois plus proches des pseudos vampires de I Am Legend, enragés et non parlants, que les très civilisés personnages de Twilight, True Blood ou même du célèbre Dracula de Bram Stocker.

Un petit préambule, sous forme de film d’animation, nous explique que les vampires et les humains se sont battus les uns contre les autres depuis le début des temps. Jusqu’au jour où les humains développèrent une arme implacable contre l’ennemi: les prêtres. Ces Van Helsing nouveau genre sont venu à bout des vampires et les ont confinés à de grandes prisons pour vampires, alors que les humains vivent dans de grandes cités cloîtrées. Voilà. Maintenant l’humanité n’a plus besoin des prêtres puisqu’il n’y a plus de menace vampirique. Fin du préambule.

Mais attention, que le spectateur se dit très justement, il reste encore une bonne heure et demie au film. Se pourrait-il qu’il y ait eu une fuite de buveurs de sang quelque part? À peine au bout de cette grande réflexion anthropique, voilà qu’il y a effectivement récidive nosfératique flagrante sur la famille (oh que la vie scénarisée fait bien les choses parfois!) d’un des prêtres. En apprenant que son frère est mourant, que sa belle-soeur est morte et que sa nièce est portée disparue, Prêtre (appelons-le ainsi) reprend du service et décide de retrouver la jeune fille et (on l’espère secrètement) casser un max de vampires dans le processus. Il sera aidé par un ami de la famille et par une ancienne collègue (appelons-la Prêtresse) et va se buter à une nouvelle race de vampire, c’est à dire un prêtre (appelons-le Black Hat, ça tombe bien, c’est son nom dans le film) qui jadis s’est fait mordre par la Reine des vampires et qui par conséquent, est devenu une espèce de super vampire. On se rend compte que Black Hat est à la tête d’une grosse armée, qu’il détient la nièce de Prêtre et qu’il file tout droit vers la Cité afin de tuer tous les humains qu’elle contient. Donc mettre le grappin dessus nous semble assez pertinent.

Vampiriser les styles

Priest n’est pas un mauvais film en soi. En fait, c’est un chef d’oeuvre pour quiconque en serait à son premier film à vie. L’abondance de clichés et d’emprunts est si phénoménal, que le producteur devrait casquer un gros montant pour la pub qu’il génère pour d’autres films. Dans les premières minutes, la cité nous est présentée avec sensiblement la même direction artistique que la ville de Los Angeles de Blade Runner. Ah mais non, là avec ses messages de slogans propagandistes sur fond d’images de dictateur, on tombe dans le film (ou le livre, c’est selon) 1984. Les scènes de combats avec les prêtres sont tout simplement des reprises presque plan par plan de The Matrix, avec cet amalgame de kung fu et autres arts martiaux, ponctuées de plans au ralenti afin de montrer (paradoxalement) la rapidité des gestes des protagonistes. Ensuite, si vous voulez visualiser Black Hat, il s’agit d’imaginer Clint Eastwood, sans le cigare, dans les western spaghetti des années soixante. Il y a même une scène de duel qui fait plus Sergio Leone que Sergio Leone lui-même. Et quand un personnage veut soutirer de l’argent à Black Hat en échange d’un renseignement, et que le redoutable personnage lui répond « I smell your blood. It smells like dinner », on comprend bien qu’on est en présence d’un Shakespeare des temps modernes. Avec le génie et la capacité d’écrire de façon originale en moins, bien sûr.

Que Scott Stewart ait participé à ce projet n’est pas surprenant. Son film précédent, Legion, rivalise de médiocrité avec Priest (c’est une lutte très féroce). C’est dommage par contre pour Paul Bettany (The DaVinci Code) qui est pourtant un très bon acteur, et qui jouait aussi dans Legion. Pour ce qui est de Christopher Plummer (The Sound Of Music) et de Brad Dourif (One Flew Over A Cuckoo’s Nest), deux grands du cinéma, il faut croire que le cachet était plus attirant que la qualité du scénario.

Version française: Prêtre

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