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Mal de mer

Par Bozorgmehr @swimminginpace

Je pensais, avoir touché le creux de la vague, me sentir portée par un courant ascendant, qui ne me permettrait pas de surfer sur la vague. Non j’en étais à mille lieux, mais au moins, d’atteindre un plateau. Mais il n’y a aucun plateau en mer, si ce n’est au fond !

Et si j’étais au creux du creux, cette vague était tellement immense, que je ne pouvais en discerner son entièreté. Le mur me semblait impossible à grimper. Sortir de là, équivalait à atteindre l’inaccessible.

Je ne me sentais même pas comme Sisyphe, mais dans un état bien pire. Je n’aurais même pas la force de porter mon fardeau jusqu’au sommet.

J’étais ballottée, dans l’incapacité de maîtriser mon chemin, je subissais la force des courants adverses. Mon corps n’en pouvait plus. Je vomissais.

J’ai bu la tasse. Le courant a changé brusquement et m’a renversée. J’ai senti cette eau envahir ma bouche, mes narines. Je m’étouffais, toussais. J’étais dans l’impossibilité de reprendre mon souffle. Comment rejoindre la surface ? Comment me diriger vers la surface, dans cette nuit profonde, sombre? Comment être sûre de ne pas faire fausse route, d’éviter de me noyer, en prenant le mauvais chemin, celui des profondeurs abyssales?

*****

Cette solitude m’accompagnait, m’accompagnerait toute ma vie restant. Il n’en pouvait être autrement. Mon chemin semblait avoir pris une trajectoire qui n’en croiserait aucune. J’évoluais dans la partie inhabitée de l’univers, à ses confins, au bord, et non en son milieu, certainement plus confortable.

*****

Ce mal de mer avait jailli, je ne sais comment. Sans doute s’agissait-il d’une contrariété ? Oui, cette contrariété avait démarré, en apercevant le sol de l’entrée de l’immeuble où habitait M.A.. Les motifs de ce sol me semblaient impossibles, se déployaient à l’infini et ressemblaient aux motifs des dessins de M.C.Escher.

Ce déplaisir avait littéralement grossi, lorsque je me suis rendue compte, hier, que le coiffeur portait cette « blouse blanche » dont les manches arrivaient au coude. Exactement comme la blouse que portait mon père, lorsque j’étais enfant et lorsque je suis allée voir sa dépouille.

J’ai alors été envahie, par une angoisse inexplicable. J’ai senti mes mains devenir moites, mon visage blêmir, mon corps transpirer, suinter. Cette transpiration avait une odeur inhabituelle, insupportable. Elle collait à ma peau, et m’envahissait. J’avais l’impression d’expulser de mon corps, ce qu’il y avait de plus répugnant, de plus sale, comme par exemple, mes viscères.

*****

Ce mal de mer avait donc bien été causé par un courant « ascendant ».

Mon père dont je m’étais libéré, me jouait-il des tours, en m’envoyant son fantôme, cette blouse blanche ? Ou bien, à l’opposé, mon père n’aurait-il été que fantôme, toute sa vie durant, justement par ce qu’il en revêtait l’habit ?

*****

Enfin,  je me demandais, finalement, s’il n’y avait pas, caché, derrière ce mot « ascendant », qui me faisait plonger dans le vide, un second personnage, qui me donnait, tout autant, la sensation de ce « mal de mer ». J’avais le sentiment qu’il s’agissait bien, de la silhouette de la mère, de ma mère.

J’avais terminé, la semaine passée, ce livre de C.Allamand : « Marguerite Yourcenar, une écriture en mal de mère ».

Mal de mer

Le regard de ma mère, porté sur ma personne, m’angoissait-il, me hantait-il à ce point ?

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