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(UK) Case Histories, saison 1 : une tonalité versatile, des enquêtes et beaucoup d'humanité

Publié le 25 juin 2011 par Myteleisrich @myteleisrich

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Les dimanche et lundi soirs de ces trois dernières semaines, je suis tombée amoureuse d'Edimbourg et de l'Ecosse en général. Certes j'étais une pré-convaincue, mais il faut dire que ma soeur étant actuellement dans les cartons de déménagement pour partir y vivre une année, c'est donc avec un regard tout particulièrement intéressé que l'on a découvert et apprécié le cadre proposé par Case Histories.

Série diffusée sur BBC1 du 5 au 20 juin 2011, elle est l'adaptation de plusieurs romans de Kate Atkinson. Comportant 6 épisodes, la série est construite en trois arcs de deux épisodes chacun, diffusés deux soirs à la suite pendant trois semaines en Angleterre. Cherchant parfois un peu son équilibre entre intrigues et émotions, Case Histories reste une série qui a su retenir mon attention - en un sens, me charmer - grâce à l'indéfinissable mais constante empathie qu'elle a pu susciter au fil de ses développements.

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Jackson Brodie a été soldat, puis policier, avant de quitter les forces de l'ordre en paria, resté en fort mauvais termes avec la plupart de ses membres. Devenu persona non grata, son ancienne coéquipière reste la seule à accepter de répondre encore à ses appels et autres sollicitations d'aide... Car Jackson n'en a pas délaissé la résolution des crimes pour autant, il officie désormais à Edimbourg en tant que détective privé. Une activité qui lui sied bien, car il faut lui reconnaitre un talent certain pour attirer à lui tous les ennuis que l'on peut imaginer croiser dans ce coin d'Ecosse qui se révèle fort peu paisible.

Derrière son apparence de dur au mal et ses qualités indéniables d'enquêteur pragmatique, Jackson résiste cependant rarement aux appels en détresse, peu importe la solvabilité de ces potentiels clients. Toujours hanté par les drames qui ont marqué son adolescence et brisé sa famille, il s'investit souvent trop dans ses cas, délaissant sa propre famille. Si son ex-femme n'a plus vraiment d'espoir quant à ses capacités parentales, en revanche, sa petite fille demeure un élément stable auquel il tient plus que tout.

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Sous ses allures de série mêlant diverses storylines d'enquêtes qui vont la rythmer, Case Histories ne saurait se réduire à cette seule dimension "policière". C'est tout d'abord par sa construction narrative qu'elle surprend et peut un instant dérouter. Couvrant des arcs de deux épisodes, elle débute invariablement sur des évènements apparemment sans rapport entre eux, avec des protagonistes excessivement déconnectés les uns des autres, pour progressivement rapprocher toutes ces intrigues en une forme de toutélié où Jackson sera plus que le dénominateur commun. Ce schéma explique pourquoi l'histoire va toujours crescendo : parfois un peu lente, peinant à pleinement retenir notre attention au tout début - le deuxième arc étant celui qui en souffre peut-être le plus -, à mesure que tout se connecte, la série renoue alors avec son plein potentiel.

Au fil de la progression de l'intrigue, elle se révèle souvent des plus denses et nuancées, sachant remettre en cause les certitudes du héros, comme les préconceptions d'un téléspectateur trop hâtif à cataloguer chacun des protagonistes. Avec un style bien elle, la série alterne habilement des passages légers, où les dialogues ciselés se savourent, et des moments bruts où le drame frappe durement et sans prévenir : ce mélange lui confère une tonalité très personnelle. C'est d'ailleurs principalement par cette dimension émotionnelle que Case Histories marque, à l'image de ses conclusions qui laisse invariablement un arrière-goût doux amer, où la notion de justice ne correspond pas toujours à l'idée légaliste que l'on s'en ferait a priori.

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Si la série nous laisse ainsi dans ce tourbillon de ressentis, un peu troubles et parfois contradictoires, c'est aussi parce qu'elle parvient à se construire une identité qui lui est propre. En effet, l'attrait, mais aussi la part d'originalité de Case Histories, réside dans sa tonalité. Plaçant la dimension humaine au coeur de sa narration, elle démontre un réel talent pour créer et animer, avec beaucoup d'inspiration et une authenticité rare, une galerie de personnages, toujours soignés, souvent hauts en couleurs, qui vont pleinement soutenir les différentes intrigues.

Si Jackson Brodie est la pierre angulaire de l'édifice, personnage complexe, parfois excessivement abrasif socialement, mais capable de laisser s'exprimer un coeur d'or l'instant suivant, la réussite plus générale de Case Histories est de se reposer sur des personnages qui ne sont jamais unidimensionnels. Ils gagnent toujours considérablement en profondeur - et en intérêt - au fil d'une histoire qui, elle aussi, se complique. C'est plus précisément dans les portraits de ses plus jeunes protagonistes, enfants ou adolescents, que la série va faire preuve d'une franche réussite : à la fois juste et touchante, elle leur offre quelques scènes proches de la perfection, qui ne laisseront pas le téléspectateur indifférent. Rarement manichéenne, teintée de nuances et d'ambiguïtés, Case Histories est une de ces séries qui sait cultiver et récompenser l'attachement du téléspectateur tout au long de ces épisodes. On se laisse prendre au jeu sans arrière-pensée.

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Sur la forme, Case Histories bénéficie d'une jolie réalisation qui met bien en valeur ses décors, nous offrant non seulement quelques superbes paysages à la photographie agréablement retravaillée, mais également de belles vues de la ville d'Edimbourg. Tour à tour posée puis dynamique, elle est au parfait diapason de la tonalité volatile d'ensemble. De même, la bande-son offre une sélection de chansons plutôt bien inspirées qui correspondent aux successions d'émotions si diverses que la série sait susciter.

Cependant, l'atout majeur de Case Histories réside incontestablement dans son casting. Je n'ai certes jamais lu les livres d'origine, mais Jason Isaacs (Brotherhood, The State Within) est parfait en un Jackson Brodie, oscillant entre détermination sans faille, tellement happé par son travail, et une pointe de vulnérabilité qui transparaît lorsque les drames du passé reviennent le hanter plus fortement. Si son sens des priorités et du relationnel en général est à retravailler, on ne s'attache pas moins à un personnage dont Jason Isaacs propose une interprétation convaincante. A ses côtés, nul ne dépareille. Mais j'avoue avoir eu un vrai coup de coeur pour l'actrice incarnant sa fille, Millie Innes (Single Father), adorable gamine d'une franchise confondante, qui fera fondre le téléspectateur autant que son père. On retrouve également Amanda Abbington (After you've gone), Kirstie Mitchell, Zawe Ashton ou encore Natasha Little (Mistresses, Kidnap and Ransom).

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Bilan : Dotée d'une tonalité versatile travaillée, presque tragi-comique par instant, et empreinte d'une profonde humanité, Case Histories est une série à laquelle on s'attache pour ses portraits de personnages et pour sa façon bien à elle d'entretenir un émotionnel à fleur d'écran. La construction parfois un peu trop éclatée de ses intrigues pèse à l'occasion sur les débuts de ses arcs (surtout sur le deuxième), le scénario cherchant alors son rythme, mais à mesure que l'histoire se densifie et se complexifie, elle finit toujours invariablement par reconquérir le téléspectateur pour s'imposer comme une série dans laquelle il est fort agréable de s'investir.


NOTE : 7/10


La bande-annonce :


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