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Ni Dieu ni Mélenchon

Publié le 25 juin 2011 par Mister Gdec

Ni Dieu ni Mélenchon

Ce texte, que je conçois volontairement comme une provocation envers les troupes du Front de gauche, et surtout leur porte-voix,  recèle à mes yeux bien des vertus démocratiques et citoyennes, dans la mesure où elle risque bien (c’est en tous cas ce que j’espère) d’entraîner quelques réactions. J’ai donc plaisir à  vous voir  partager cette lettre ouverte de nos amis libertaires, nos cousins :

« Camarade Mélenchon » – Lettre ouverte à un aboyeur public de plateaux télé

Source : http://juralibertaire.over-blog.com/article-camarade-melenchon-67526108.html

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«La loi conserve, la révolution régénère. Si l’on veut donc changer, il faut commencer par briser la loi. Prétendre que la révolution peut se faire en respectant la loi est une aberration, un contresens. La loi est un joug et qui veut s’en libérer doit le briser. Quiconque fait miroiter aux travailleurs l’émancipation du prolétariat par la voie légale est un escroc, car la loi interdit d’arracher des mains des nantis la richesse qu’ils nous ont volée. Leur expropriation au bénéfice de tous est la condition essentielle à l’émancipation de l’humanité.»

Ricardo Flores Magon, révolutionnaire anarchiste mexicain.

Cher camarade, si je t’écris, ce n’est pas pour parler de ton plan de carrière électoral, ou même de discuter le fond des méthodes que tu te donnes pour faire la révolution «citoyenne».

Du moins, pas seulement.

Si je prends la peine de t’écrire, c’est surtout pour te mettre face à tes responsabilités. Car je crois qu’il existe en toi, ou au moins en ceux et celles qui t’entourent une lueur de lucidité qui justifia qu’on pris la peine de tenter de te faire entendre raison, au moins pour quelques minutes. L’initiative de ce courrier fera sans doute rire quelques compagnons ou camarades, mais elle aura le mérite d’exposer publiquement quelques problèmes essentiels et cruciaux dans le cours des événements, révoltes populaires d’ici et d’ailleurs, passées, présentes, et bien sûr futures. Tu es prévenu d’avance : ce n’est pas une lettre piégée. Ni ta santé ni ton intégrité physiques ne sont menacées.

Tu comprendras dès lors que si je t’appelle camarade, c’est plus par détachement que par conviction ou réelle camaraderie. Et si je te tutoie, c’est pour te faire comprendre le sens du mot «égalité», et la niaiserie abominable des codes bourgeois qui voudraient qu’en ces circonstances, la gravité de ma lettre ait l’air plus solennelle en te vouvoyant. Cela n’a rien à voir avec l’attitude typiquement patriarcale que tu portes partout où tu vas, ce côté «bonne France» que tu aimes tant mettre en avant, façon «claque sur l’épaule», caricature du «gentil petit commerçant» qu’on croirait tout droit sorti d’une publicité pour de la charcuterie.

Du reste : les escrocs ne sont pas mes camarades.

Oh, bien sûr, tu t’offusqueras peut-être qu’on «t’insulte» de la sorte. La lecture te rebutera peut-être dès lors. Tu n’en feras peut-être pas démonstration, puisque moi, je ne suis personne. L’indignation publique est ton larron. Tu aimes à te donner en spectacle. Certains te traitent même de «Marine le Pen de Gauche». La diabolisation est une technique qui a fait son temps, et je n’irai pas jusque là. Je ne vois pas en toi un diable, ou alors c’est un pauvre diable. Tu n’es pas encore un fasciste. Tu n’es qu’un politicien comme il y en a d’autres. Je me contenterai simplement pour ma part de valider la thèse selon laquelle il y a dans tes discours et ta démarche un fonds marqué de populisme bien français. Mais attention : dans ma bouche, à moi qui ne suis ni journaliste aux ordres, ni personnage public, ni bourgeois, ni flic, ni propriétaire, ni actionnaire, ni politicien, ce mot n’a pas le même sens. Je ne te reproche pas de t’intéresser aux souffrances du «petit peuple», ou de flatter son sens de la révolte, ni de parler de l’endoctrinement qu’on lui réserve dans le «cours normal des événements» de la machine de guerre capitaliste.

Celà, à la rigueur, c’est tout à ton honneur. Tu n’as pas que des défauts, et tes rares qualités notoirement publiques sont en général celles que la bourgeoisie et les médias dominants voient comme des tares. C’est bien logique, puisque les intérêts des exploités sont antagonistes à ceux de la classe dominante, leur système de valeurs étant nécessairement inversé : ce qui ne veut évidemment pas dire que tout ce qui «dérange» est positif. Non, par populiste, j’entends prendre «le peuple» (cette dénomination informe que flattent aussi bien tous les politiciens en général, que les pires autoritaires qu’on puisse imaginer en particulier, et qui masque aussi les divisions de classes) comme assise d’un discours et d’une carrière, s’en faire le porte-parole auto-proclamé, et donc parler à sa place. Cela, tu le sais puisque je ne suis pas le premier à te faire la remarque.

En ce qui me concerne, et je suppose que c’est le cas de la plupart de mes camarades et compagnons, je ne ressens pas le besoin qu’on parle à ma place, et qu’on me flatte. Avant d’être un anarchiste, je fais aussi partie de ce que les gens comme toi voient comme «le peuple», un anonyme parmi les anonymes, un dépossédé, quelqu’un qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie et qui le sait, et qui n’a d’autre ressource pour survivre que sa force de travail ou au moins sa détermination. Qui par conséquent, est amené à parier sa vie sur l’hypothèse d’une révolution sociale et d’un changement radical dans la société.

Et lorsque je dis cela : ma voix compte pour un. Je ne parle pas à la place des autres. Je parle en mon nom, et mon nom uniquement. Lorsque je parle de la situation de mes camarades, de mes amis ou de ma classe, j’en parle uniquement parce que je la partage non seulement dans mon cœur, mais surtout dans ma chair : parce que cette situation est aussi la mienne, même si il existe toujours plus pauvre et plus déshérité que moi. Bien sûr, tu n’es pas un populiste du seul fait que tu parles pour les autres : ça, c’est la politique. Tu es en outre un populiste parce que tu critique les élites et flatte le «peuple» lorsque tu n’es ni du peuple, ni véritablement de l’élite : tu es un tribun, qui repose sur le peuple et aspire à créer une nouvelle élite, la sienne. Celle des bureaucrates et des dirigeants de cette gauche qui aspire non pas à renverser le capitalisme, mais seulement à améliorer le sort des pauvres : rendre plus «humaine» l’exploitation, arrondir les luttes de classe.

Bref : réformer, et non faire la révolution, soutenir la veuve et de l’orphelin en allongeant d’encore un siècle l’exploitation si il le faut à cette seule fin de s’en assurer le statut de «défenseur». Plus qu’un Tartuffe, tu es un philistin de gauche. Même pas un Robespierre en puissance, un bourgeois gentilhomme à la rigueur.

D’autre part, et comme je l’énonçais au début de mon courrier, cette attitude viriliste que tu traînes, typique aussi de la caricature du tribun énervé enfermé dans l’image médiatique rassurante du bouffon sautillant n’est pas étrangère à certaines de tes idées.

La revendication d’être un «ardent patriote», reliée à celle de l’inspiration de «ce qui se passe en Amérique du Sud» avec les «mouvements sociaux» (émission «C dans l’air», 23 janvier 2011) n’est pas pour rassurer ceux qui pensent en effet que tu es un populiste : elles confirment plutôt cette idée jusqu’à la nausée. De plus, à qui songes-tu lorsque tu parles de l’Amérique latine dont tu ne connais visiblement rien ou pas grand chose ? À la Bolivie d’Evo Morales, son «prix Kadhafi des droits de l’Homme», son opportunisme politique et la situation désastreuse des paysans pauvres, et les banques qui ne s’y portent pas si mal, son catholicisme conservateur et la conséquence sur la liberté pour les femmes où l’avortement est toujours illégal, et où comme écrivaient sur les murs les Mujeres creando «Il faut être courageux pour être pédé» ou encore que «Si Evo avait un utérus, l’avortement serait nationalisé» ? Peut-être penses-tu au Vénézuela de Chavez et son «autogestion» sous surveillance qui n’a rien remis en cause du mode de production, à ses discours télévisuels interminables de propagande lénifiante, sa répression de l’opposition révolutionnaire, son éducation militarisée et sa logomachie aux références religieuses et bourgeoises (respectivement, à Jésus et Bolivar) ou peut-être aux magnats locaux du pétrole qui soutiennent son régime ? Non je sais, tu pensais sans doute à Cuba ? Nous ne sommes pas dupes. Cette gauche-là nous rappelle ce qu’en disaient les révolutionnaires espagnols : «Le socialisme dans la discipline, c’est la caserne».

On peut aussi jouer sur les mots, et prétendre qu’on entend par «révolution» ce qu’entendaient par là les «réformateurs» du XIXe siècle, et que la fin est sensiblement la même, même lorsque les moyens diffèrent.

C’est là que vient le point de rupture : pour nous, la fin est inséparable des moyens, et si tu ne veux pas réellement abolir les élites, alors tu n’es pas contre le principe du pouvoir comme coercition, tu n’es pas contre le fait que cette société soit divisée en classes, tu n’es donc pas contre le fait qu’il y ait des pauvres et des riches, et tu ne pourras donc jamais empêcher qu’une élite (qu’elle soit bourgeoise ou bureaucratique) au service de ses propres intérêts ne se constitue, etc…

Tu ne veux donc pas qu’il n’y ait plus ni pauvres, ni riches, tu veux seulement que les riches soient un peu moins riches, et les pauvres un peu moins pauvres. Tu es un philanthrope en somme. Un «ami des pauvres et des exploité-e-s» : mais la révolution n’a pas besoin d’ami-e-s, elle a besoin de révolutionnaires, et à pareille mesure et en premier lieu de révolté-e-s, et d’insurgé-e-s.

Et pour détourner l’affront de la Convention fait à Lavoisier «La révolution n’a pas besoin d’apprentis sorciers» qui lui dictent la bonne conduite à adopter, celle qui se fait avec le crédit amadoué de la loi et de l’ordre, du droit consacré en remplacement du Veau d’or.

Tu ne saisis peut-être pas encore bien de quoi je veux parler, ne t’en fais pas, j’y viens.

La révolution, au juste : Qu’est-ce à dire ? L’encyclopédie nous indique qu’elle peut être politique, et impliquer un changement de régime, d’institutions, etc. Et qu’elle peut aussi être sociale : c’est-à-dire qu’elle implique un bouleversement dans les hiérarchies sociales, l’organisation de la société et aussi un soulèvement de la population contre l’ordre établi.

Les communistes, ou les collectivistes, et la plupart des anarchistes définissent la révolution sociale, comme ayant au moins comme critères minimaux l’expropriation violente de la classe dominante par les exploité-e-s, et la destruction des institutions assurant la domination de classe : à savoir l’État. Même si les autoritaires sont pour la remplacer par un autre État — sorte de despotisme éclairé —, tous concèdent que sans destruction de l’appareil d’État et expropriation : pas de réelle révolution. Ce qui sous-entend, comme le pensait Marx, qu’une révolution est nécessairement politique et sociale : l’histoire a prouvé le contraire. Il est vrai que nombre de révolutions «politiques» n’aboutissent pas à une véritable révolution sociale. Cela signifie-t-il pour autant que le véritable changement social se dispense de tout bouleversement dans les institutions ? Certainement pas. Si il y a bien aujourd’hui un pays sur terre où on ne touche aux fondations de la société que par cas de guerre ou de menace révolutionnaire : c’est bien la France. Tu le sais, puisque tu te proclames vertement et à qui veut l’entendre républicain.

D’autre part, les récents événements en Tunisie démontrent qu’on peut très bien avoir une «révolution politique» qui implique quelques réformes, mais pas de réel changement dans les institutions, et moins encore dans les fondements de la structure de la société : pas de révolution sociale. Tout juste un changement de propriétaire. Soulèvement que tu n’oses même pas soutenir complètement, dans ta peur irrationnelle des classes populaires (et nous dirons pourquoi).

Ils démontrent aussi que dans l’euphorie générale de la petite-bourgeoisie libérale et son enthousiasme pour cette «révolution du jasmin» (comme ils aiment à l’appeler), la révolte des pauvres contre leurs conditions d’existence, des émeutes du logement en passant par les mutineries des prisons de Tunisie où on assassine, jusqu’aux commissariats de la torture que les insurgés ont passé par le feu, une partie essentielle de la rage populaire est passée sous silence au profit des velléités d’une partie de la gauche et des autres réformistes qui prétendent craindre «le chaos».

Ils aiment en réalité le désordre qui leur permet de se recréer les conditions favorables qu’ils n’ont jamais osé créer eux-mêmes, où les pauvres doivent encore se charger du sale boulot, et affronter les balles à leur place. Ils apprécient ce désordre-là, mais pas lorsqu’il les menace d’abolir leurs petits privilèges.

Ce sont les mêmes qui en France, comme toi, iront fêter la prise de la Bastille le prochain 14 juillet : ironie du sort. Les mêmes qui ici, fêtent en opportunistes la Troisième République et son drapeau tricolore, celle qui écrasa la Commune et mena la boucherie de 14-18.

Revenons-en à nos histoires : Toi, tu n’es donc ni communiste, ni collectiviste, ni anarchiste (nous nous en doutions, rassure-toi), puisque dans tes promesses et tes discours, rien ne correspond à ces définitions minimales que nous avons vu précédemment.

Mais alors : qu’es-tu donc ?

Un opportuniste ? Un populiste ? Un poujadiste de gauche ? Un fasciste ?

Non, tu es bien un escroc, comme le définissaient les magonistes : quelqu’un qui promet aux exploités un changement radical par la voie légale, qui prétend vouloir la révolution et refuse de s’en donner les moyens. Tu es un moraliste qui ne s’applique pas sa propre rigueur. Un rejeton patriotard mal digéré de la social-démocratie française. Mais pourquoi te dire tout cela ?

Si je t’écris, camarade Mélenchon, c’est parce que par ta faute notamment, aujourd’hui un de nos camarades est en prison. Pas ton camarade : le nôtre. «Quoi ? De par ma faute à moi ? Jean-Luc Mélenchon ? Quelqu’un est en prison ? De quoi s’agit-il ?»

Je rêve : tu ne feras sans doute pas l’offusqué, tu revendiqueras peut-être le fait qu’on enferma grâce à toi, honnête citoyen Mélenchon, les «personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police».

Si cette affirmation n’était pas mensongère concernant la manifestation concernant le «camarade Ninja» — puisque affirmer sans preuve c’est mentir — pendant le dit «mouvement pour les retraites» : elle serait risible. Mais je n’ai pas envie de rire. L’un de mes camarades est en prison : en grande partie par ta faute. Et ce prisonnier n’est pas qu’un numéro d’écrou. Il a un nom. Son nom a été jeté en pâture à la presse, tu le retrouveras facilement, tu le sais peut-être déjà. Tu as dû le savoir, et passer à autre chose en te disant «Ah, encore un de ces anarcho-autonomes, il avait qu’à pas faire le con» : bref, une merde dans ce goût-là.

Mais si il est vrai que l’accusation d’infiltration n’est pas qu’une «vieille ficelle de l’extrême-gauche» et que la police a toujours infiltré les manifestations et a fortiori les milieux révolutionnaires et les révoltés à la fois pour le renseignement, mais aussi pour tenter de les manipuler et les pousser à l’erreur qui précipite la répression ou les «lois scélérates», il n’en est pas moins vrai qu’assimiler tout acte de révolte spontané, ou toute forme d’attaque contre la propriété privée au fait d’une «police infiltrée» ou d’une «manœuvre politicienne» relève, plus que de la paranoïa, du complotisme délirant typique d’une gauche réformiste qui supporte d’autant moins la violence des exploités contre la propriété privée ou ses défenseurs qu’elle prétend que celle-ci est sacrée et qu’une révolution doit se faire sans violence ni «mettre en danger personne».

Quitte, le cas échéant, à appuyer le fait qu’on emploie la violence de la police défendant le système qu’on prétend combattre pour écraser les révoltés qui ont osé utiliser «la violence» : celle, moins sacrée, qui s’attaque à la propriété privée ou à ses défenseurs enrégimentés ou sans uniformes.

Une curieuse interprétation de la non-violence gandhienne : peut-être me le concéderas-tu.

On en voit ici les restes des méthodes dialectiques périmées des vieilles chapelles trotskistes qui à défaut d’accepter leurs erreurs et remettre en cause leur doxa, préfèrent toujours arranger la réalité sous la grille d’analyse de leurs théories : même lorsque celles-ci impliquent de se mentir à soi-même et d’échafauder les pires délires conspirationnistes, quitte à mettre réellement des gens en danger.

Si il est vrai que des flics se sont effectivement fondus parmi les manifestants, et même déguisés en service d’ordre syndical avec autocollants CGT pour arrêter les «trublions» lors du mouvement contre la réforme des retraites : il est aussi vrai que ce sont des camarades autonomes, anarchistes ou anti-autoritaires qui ont les premiers fait ce constat, en l’exposant dans des articles sur les IndyMedia, sur des blogs internet, ou en multipliant les méthodes en manifestation pour les visibiliser (pancarte à flèche «Flics infiltrés», les montrer du doigt, etc…).

Mais faire ce constat n’autorise personne à prétendre que tout «débordement» est une «erreur» ou une «faute», une diversion qui est soit «l’œuvre de la police», soit l’œuvre de «casseurs dépolitisés sans réflexion politique» qui «font le jeu du pouvoir et/ou de la police». Parce que c’est un mensonge qui en implique d’autres. Parce que c’est une vue de l’esprit qui arrange une vision du monde déformée pour correspondre à quelques intérêts particuliers : les tiens, et ceux des bureaucrates et dirigeants qui pensent comme toi.

Du reste camarade Mélenchon, je te retourne la question : quand ce genre de déclaration déchaîne les foudres de la presse bourgeoise (Figaro, TF1 et LCI en tête) et celle de la police qui «blessée dans son honneur» part en croisade pour prouver que le «Ninja» n’était pas un des leurs, et que ce dernier va payer cher le fait de s’être trouvé à ce moment-là devant les caméras de BFM TV qui ont transformé un fait malheureux dans l’agitation d’une émeute pour tenter d’empêcher un lynchage, en «prise de kung fu» avec vue en contre-plongée. À l’heure des procès politiques qui ne disent pas leur nom, des détentions provisoires interminables et de la violence inouïe déployée contre des contestataires qu’on veut réduire au silence (comme pour les deux anarchistes actuellement emprisonnés à la Santé depuis quelques semaines — Dan et Olivier — suite à des tags en soutien à l’insurrection en Algérie et Tunisie), toi, tu ne trouves rien à dire, sinon que tu ne soutiens pas «ceux qui sont contre l’État» (déclaration à propos des inculpés de Tarnac) quitte à grossir encore les taules.

Donc tu soutiens l’État ? Celui qui enferme, ce même État qui défend la bourgeoisie, criminalise les luttes populaires et les luttes de classes, et emploie mille manœuvres pour rendormir ton peuple chéri dans le sommeil angoissé du quotidien de l’exploitation ?

Ce qui m’amène à une ultime question : De quel côté de la barricade penses-tu être, camarade Mélenchon ? En ces circonstances : Qui fait le jeu du pouvoir ? Qui fait le jeu de la police ? Qui aurait mieux fait de fermer sa grande gueule en novembre 2010 ? Qui n’a pas été inquiété par le pouvoir pour ses dires, ses faits et gestes ? Qui fait les plateaux télé chez Drucker, et qui croupit en taule aujourd’hui ?

Plus que jamais, cette gauche est une succursale du fascisme : parce qu’elle lui prépare le terrain, elle accepte la discussion et le débat télévisuel avec ses représentants lorsqu’elle condamne sans retenue les véritables ennemis de l’ordre et du capitalisme.

Tu déclares dans la presse, suite à ces événements : «Si je me suis trompé et si j’ai accusé à tort, je m’excuserai. Si je me suis trompé, je le reconnaîtrai. Il n’y a qu’à faire une enquête.»

Maintenant l’enquête rendue : À qui au juste, comptes-tu t’excuser ? À la police ? Au pouvoir ? As-tu pensé une seule seconde à ceux ou celles que tu accuses sournoisement de «faire le jeu de la police» ?

As-tu seulement réfléchi que ceux ou celles que tu accables le plus, ce ne sont pas ces «flics blessés dans leur honneur», mais des gens qui ont risqué la prison et ont choisi de lutter de manière offensive, non seulement contre cette nouvelle réforme qui en appelle tant d’autres, mais aussi contre la société qui produit de la misère en abondance, et livre les pauvres à la concurrence de ses maîtres et l’âpre recherche du profit ?

Ne sont-ce pour toi que des variables d’ajustement dans le grand jeu de la politique ? Une fois encore : le plus grand de tes torts dans cette affaire n’est pas celui que te reproche la bourgeoisie et ses lois que tu respectes tant, et jusqu’à l’absurde, puisque tu vas jusqu’à promettre de «t’excuser».

Ton véritable tort est de ne pas concevoir qu’on puisse lutter d’une autre manière que dans le respect de la loi et de l’ordre, et qu’on n’envisage pas la révolution dans le cadre défini par un parti ou une seule organisation (la tienne ?). Ton tort, outre de ne pas assumer ce qu’implique réellement une révolution, est de ne pas envisager la pluralité révolutionnaire, la diversité des stratégies d’action, la multiplicité des terrains de lutte et de manières de les occuper. Tu es un hégémoniste : en plus de jouer constamment à ce jeu de ventriloquie qui consiste à parler à la place des autres, tu ne leur laisses pas le droit d’avoir un discours propre, d’être radicalement opposé à ta démarche, à ce que tu présentes comme «révolutionnaire», et à tes promesses de campagne qui n’impliquent résolument que les naïfs qui choisissent d’y croire. En outre, si nous voulons vraiment nous débarrasser du capitalisme : les guides, les chefs et les maîtres à penser comme toi ne sont pas juste de «mauvais camarades», je crois sincèrement qu’ils constituent des obstacles. Pourquoi ? Car malgré toutes les bonnes intentions, ils se retrouvent du côté de la loi, du côté des bourgeois, et du côté de l’ordre établi lorsque des troubles apparaissent. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent qu’on les écoute, ils veulent diriger, ils veulent commander. C’est pour ça que les gens comme toi craignent la révolte des masses et respectent la loi : parce qu’ils convoitent le pouvoir pour eux-mêmes. Ils sont incapables de concevoir que les révolutions sont le fait des populations qui se soulèvent et non des arrivistes et des pousseux qui s’évertuent à les ramasser pour mieux les contrôler et les contenir.

Nous croyons que chacun doit être son propre chef, qu’il n’existe aucune autre autorité que celle de chacun pour lui-même et de tous pour chacun. Que les mauvais penchants dans les comportements humains proviennent de l’apprentissage de la soumission et de la coercition, et que l’autorité est la soupape de sécurité d’une société divisée en classes.

J’ai peu d’espoir sur les réponses que tu puisses apporter à mes accusations qui sont quant à elles bien fondées, ce pourquoi je ne te laisserai pas l’opportunité de me répondre personnellement.

La mauvaise foi d’un politique a cela de terrible qu’elle ne connaît pas de limites. Mais j’ai en revanche la prétention de croire que cette lettre mettra au moins en garde ceux ou celles qui t’écouteront parler à l’avenir — toi ou les autres guides improvisés — et répondront à leur demande de bulletins de vote par un avis de non-recevoir sous la forme d’un crachat ou d’un pavé. Parce que je sais que c’est tout ce que mérite la crapule qui n’éprouve aucun scrupule à envoyer des révoltés et des insoumis pourrir dans un cachot.

En conclusion, je te retourne le slogan que tu as volé aux piqueteros argentins :

«¡ QUE SE VAYAN TODOS, QUE NO QUEDE NI UNO SOLO !», et c’est valable pour toi aussi.

Mort au capital ! Mort à l’autorité !

Liberté pour tous et toutes !

Salutations anarchistes.


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