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Lettre à Arnaud Montebourg, première partie

Publié le 26 juin 2011 par Jcgrellety

"En 2007, une nouvelle étape a été franchie dans une politique économique cultuelle, avec le principe du Veau d'Or. Le Big Business est devenu toujours plus visible et félicité. Mais voilà. Ce Big Business, avec ses ramifications mondiales, est certes capable de créer des profits exceptionnels, pour les entreprises et pour les actionnaires majoritaires, mais il est aussi capable de créer une crise quasi-planétaire, une crise POUR les citoyens, salariés, les modestes, mais pas à leur dépens. Car les médias, encore eux (l'un des problèmes principaux de nos démocraties dictatoriales, dont le destin n'est pas encore décidé), nous ont raconté que «le» monde subissait «la» crise. Le monde, la crise ? Mais qui a subi, souffert, qui subit et souffre ? Il y a, bien sur, les délires, les fantasmes, les mensonges, notamment de l'UMP, mais heureusement, il y a les faits : les chiffres, les actes, les preuves. Souvent comparée avec celle qui a fracassé quelques pays et surtout quelques peuples dans les années 30, «la» crise n'a pas été une récession mondiale devenant une dépression, partagée. Les petits propriétaires américains avec crédits subprimes, crédits à taux variables, crédits criminels, ont payé avant pour beaucoup d'être expulsés, à cause de défauts de paiement dont bien d'autres citoyens auraient souffert si on leur avait imposé un tel système. Mais les citoyens les plus riches des États-Unis n'en ont pas souffert, bien au contraire. Certains ont même pu acheter à bas prix de l'immobilier. D'autres, conscients de la situation dramatique de leur pays, se sont regroupés pour demander aux élus de les taxer plus, mais, las, les Républicains propulsés par une extrême-droite aussi délirante là-bas que l'est la nôtre, ont encore augmenté les baisses d'impôts pour ces plus fortunés. En France, la même politique ultra-libérale, reagano-thatchérienne continue, après l'abrogation d'un bouclier fiscal, grâce aux modifications décidées par l'UMP sur l'impôt sur la fortune. Or nos riches, qu'ils soient français, allemands, anglais, américains, chinois (ils sont plus nombreux à l'assemblée nationale chinoise que les riches américains ne le sont au Congrès!), sont les plus riches de toute l'Histoire, financièrement parlant s'entend. Car pour bien des choses, ils sont très pauvres : philanthropie, vision humaine et économique, créativité, etc. Et des grands pays ont mis en œuvre des politiques pour une infime minorité. Ils ont déjà les comptes en banque les plus massifs de toute l'Histoire, et des politiques passent leur temps à mettre en œuvre des outils fiscaux pour que ces plus riches soient toujours plus riches ! C'est que les uns et les autres passent leur temps à se comparer et à se désoler : l'un est toujours plus riche que l'autre, et il y a de quoi être vert. La compétition internationale dont on nous abreuve et que l'on essaye de nous implanter dans les cerveaux comme si les peuples étaient plus en compétition qu'ils ne seraient en interdépendance et en entraides concrètes, est surtout le fait de ces plus riches qui vivent dans leur ghetto planétaire en se toisant, par des comparaisons multiples et constantes. Le Parti Socialiste français est encore très divisé sur ces faits et ces problèmes : la partie droitière est très proche des sentiments et des idées de la droite économique. Fréquenter les plus riches et puissants n'aide pas. Cette minorité, les Thermidoriens, est si compréhensive avec ces amis-là, qu'il faudrait certes plus taxer, mais seulement un petit peu plus. Évidemment, cette gauche de droite, heureusement minoritaire, est intellectuellement très faible en économie. Elle parle de «grandes idées», de «valeurs», mais les réalités, ses représentants n'ont pas le temps de les étudier, de les comprendre. Or «la» richesse des plus riches, les richesses des plus riches, aucun d'entre eux ne se les sont crées par eux-mêmes. Ils en sont seulement les récupérateurs-rentiers, pour la plupart, sans travailler. Ce sont des actionnaires dont les actions, au sens actif du terme, sont faibles, hormis celles par lesquelles ils gèrent leurs avoirs. Ces richesses vampirisées par quelques-uns sont produites par des travailleurs-citoyens : produites-crées, par le travail, et produites-crées, par les achats-dépenses. Du point de vue du droit général, les règles qui permettent ces faits sont légales. C'est que nous vivons dans un monde de plus en plus nouveau avec des règles anciennes et simplistes. C'est pourquoi il est appréciable que, dans votre essai-programme, «Des Idées et des Rêves», vous ayez consacré quelques pages à l'économie des coopératives, les Scop, dont les règles, équitables, dans une logique de proportion, permettent aux salariés-producteurs des richesses, d'en être aussi les bénéficiaires, quand tant les voient fuir pour n'en recevoir que des miettes. Mais pour les fonctionnaires, pour les salariés du monde associatif, que faire, puisqu'ils ne pourront pas bénéficier de ces règles ? Une étude sérieuse et profonde de l'ensemble de l'économie doit permettre d'inventer des règles et des outils totalement nouveaux, comme le coefficient de participation à l'économie totale (les règles de calcul de ce coefficient seront présentées et expliquées prochainement). Depuis plusieurs années, la gauche civique s'est mise en mouvement pour penser et proposer. Or avec celles et ceux qui, dans leur domaine respectif, ont étudié, analysé, fait des propositions politiques, votre campagne n'entre pas, encore, assez, en dialogue. Votre campagne repose notamment sur un site Internet. Mais au lieu de vous en servir pour qu'il soit une interface réelle de dialogues réels avec celles et ceux qui le visitent, il n'est qu'une annexe de vos autres activités et expressions, un lieu d'écho. Et fin juin, le compte Facebook de soutien n'atteint pas encore deux mille membres. Pourquoi ? Parce que, précisément, le site n'est qu'une partie d'un «monologue» et pas le centre d'un dialogue systématique. Or si vous copiez les méthodes de ces politiques qui savent tout et qui ont tout compris tout seuls, je vous prédis un échec, dramatique pour vous, pour nous. Car votre parcours personnel, politique, plaide pour vous. Vous n'avez pas attendu les faits récents dramatiques pour étudier et mettre en cause les paradis fiscaux, vous n'avez pas attendu que le pouvoir présidentiel depuis 2007 dérive pour mettre en cause la Constitution de 1958, pour nous inviter à nous projeter dans une Constituante si nécessaire. Je me réjouis de vous avoir demandé, il y a déjà quelques années, s'il ne serait pas profitable pour tous que vous soyez candidat à la présidence de la République (ce que, à l'époque, vous aviez fermement rejeté), et de vous avoir écrit il y a un an, pour vous inviter à être candidat. Car si le Parti Socialiste français veut avoir l'avenir d'un présent qui réussit et qui nous permette de vivre dans un pays à nouveau heureux, c'est avec vous et quelques autres qu'il le pourra, et pas avec la simple politique gestionnaire de droite qui a si souvent échoué. Mais pour cela, si vous voulez être un candidat qui dépasse le cadre du Parti Socialiste, un candidat de la gauche, et nous l'espérons, un Président de gauche (en ne suivant pas le parcours de M. Barack Obama qui a tant déçu celles et ceux qui l'ont soutenu), il faut que vous compreniez que sur des problèmes importants, vous ne devez pas écouter les conseils d'une élite parisienne et prétendument «morale» mais parler avec le peuple français, et vous entendrez que celui-ci a bien des idées et des rêves. Ainsi, concernant les drogues, le cannabis, leur pénalisation ancienne, vous devez étudier sérieusement les faits et les problèmes et vous comprendrez alors que les partisans d'une légalisation ne veulent pas qu'un ensemble national se convertisse à la consommation de ces substances, mais qu'ils veulent empêcher tout usager d'être menacé d'une peine de prison pour un comportement qui relève de sa liberté personnelle et qui, sauf abus comme pour l'alcool, n'a pas d'effet sur les autres, qu'ils veulent détruire un marché noir mafieux, et permettre à ce que les substances vendues soient connues et contrôlées. Comme pour le nucléaire, un débat national sérieux, réel, doit être mis en œuvre, vous pouvez en être l'un des principaux artisans. Et c'est ce que toute une jeunesse attend. Il en va de même pour le problème de la circulation automobile."


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