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Feuilleton épisode 1: la maltraitance médicale est un abus de pouvoir

Publié le 26 juin 2011 par Suzanneb

Tiré de:

Les médecins maltraitants : comment les reconnaître ; que faire quand on les a subis.

Feuilleton, épisode 1 de 7 – 25 juin 2011

Premier épisode : la maltraitance médicale est un abus de pouvoir
Auteur: Dr. Marc Zaffran (alias Martin Winckler)

Cet article et la série qu’il inaugure sont écrits en réactions à plusieurs centaines de messages que m’ont envoyés lecteurs/trices ou journalistes, et qui pourraient se résumer par les questions suivantes : « Pourquoi certains médecins se comportent-ils comme des brutes en imposant à leurs patients des comportements agressifs ou sans égards, des examens cliniques qui ressemblent à un viol et des interrogatoires qui évoquent l’Inquisition ou la Gestapo ? » ou « Pourquoi trop de médecins refusent-ils catégoriquement de prendre en considération ce que les patient(e)s leur disent ? » ou encore « Comment se fait-il que des professionnels formés pour soigner se comportent comme des juges, des terroristes et/ou des sales cons ? »

Je vous vois grimacer. Ne vous en faites pas, je vais nuancer tout de suite.

Vous remarquez que je n’ai pas dit « tous les » médecins mais « certains », « trop de » ou « tant de »… Car tous les médecins ne sont pas des brutes, bien entendu ; de même que dans les autres corps de métiers, on a affaire à des professionnels dont l’attitude peut varier de manière très importante. Le problème c’est qu’en principe, une profession vouée à soulager, apaiser, panser, accompagner pendant la maladie, vers la guérison ou la mort et, à défaut, à consoler, devrait exclusivement compter parmi ses membres des personnes aptes à remplir ces fonctions. Il semble que, malheureusement, un grand nombre de médecins n’aient ni le profil, ni le comportement attendu.

Les questions que je reçois et qui portent sur les questions intrusives (« Combien de partenaires sexuels avaient vous eus ces dernières semaines ? Dans quelles positions avez vous des rapports sexuels ? »), sur des examens cliniques brutaux ou sur une communication sans égards concernent souvent des gynécologues parce que je m’intéresse plus particulièrement à la santé des femmes ; mais elles concernent toutes les spécialités. Et j’ai aussi reçu des messages concernant des neurologues, des psychiatres, des rhumatologues, des pédiatres, des généralistes… bref, toutes les spécialités médicales.

Or, les messages qui me sont envoyés sont souvent écrits sous le coup d’une émotion forte, qui résulte du conflit entre une attente et une constatation.

L’attente : quand on se présente devant un médecin, c’est parce qu’on souffre et/ou qu’on est inquiet. On attend donc au moins d’être rassuré et au mieux de moins souffrir. On n’attend en aucune manière à être rudoyé, terrorisé ou culpabilisé. Et cette attente est légitime : si on va voir le médecin c’est (en principe) parce qu’il ou elle a été formé pour soigner.

La constatation : beaucoup/trop de médecins brutalisent les patients qui les consultent. Ils les brutalisent physiquement et psychologiquement en (liste non exhaustive) :

  • se moquant de, ou répondant par le mépris à leurs requêtes ou à leurs plaintes ;
  • leur posant des questions intrusives, indiscrètes ou déplacées ;
  • les stigmatisant sur leurs habitudes ou leur état (les fumeurs, les personnes obèses, entre autres, font souvent les frais de ce type d’attitude) ;
  • les culpabilisant pour « n’avoir pas consulté plus tôt », ou « avoir eu un comportement à risque » ou « n’avoir pas pris leurs médicaments » ou « n’avoir pas fait leur régime/leur radiographie/leur bilan sanguin » ;
  • leur imposant un examen clinique humiliant ou douloureux sans égards et souvent sans nécessité ;
  • refusant de répondre à des questions concernant le diagnostic, le pronostic, le traitement, le suivi, etc.

Ce qui, de plus, blesse profondément les patients lorsqu’un praticien adopte un comportement ou des paroles blessants, brutaux ou simplement désagréables, c’est le sentiment que le professionnel ne s’en rend même pas compte et ne prennent pas non plus en compte les protestations (souvent timides, parfois vigoureuses – et à juste titre) de celles et ceux qu’ils ont ainsi maltraité(e)s.

Et j’en reviens donc à la question initiale : « Pourquoi certains/tant de/trop de médecins sont-ils désagréables, brutaux, intrusifs, méprisants, sourds (choisir ou ajouter le qualificatif qui vous semble approprié) ? »

D’abord, je voudrais dire que cette question exprime avant tout un malaise. La cause exacte (les mots, les gestes) à l’origine du malaise est parfois difficile à définir, à identifier, mais le malaise, lui, n’est pas discutable, il est né d’une surprise, d’un choc et pourrait se traduire en substance par les mots « Je suis allé(e) me faire soigner et j’ai été maltraité(e). »

Ce malaise étant posé, je pense que la question générale posée par les patients en recouvre une autre, plus précise : « Comment se fait-il que des gens dont le métier est de soigner se comportent de manière maltraitante ? »

La réponse est simple.

Etre médecin, c’est être susceptible de commettre des abus de pouvoir

Soigner est une attitude, incompatible avec l’exercice d’un pouvoir, mais beaucoup de médecins l’ignorent ou ne veulent pas le savoir, car c’est le pouvoir qui les intéresse, et non le soin.

Tout médecin est en position d’abus de pouvoir ou de confiance. C’est une personne d’autorité ; les patients qui se confient à lui sont vulnérables et lui font confiance.

Cette confiance, induite non seulement par l’espoir d’aller mieux, mais aussi par le respect spontané, entretenu culturellement, que nous vouons aux figures d’autorité, rend beaucoup de patients malléables. D’ailleurs, pour beaucoup de médecins, un « bon » patient, c’est un patient qui suit les instructions du praticien sans poser trop de questions. Autrement dit : un patient confiant, docile, soumis.

Si le praticien n’a pas de scrupules (ou s’il est guidé par des motifs plus puissants que ne le sont ses scrupules ou son sens moral), l’abus de pouvoir est inévitable. En principe, les abus de pouvoir sont interdits par la loi. Dans la réalité, la confidentialité de la relation de soins et les habitudes de soumission à l’autorité donnent un avantage certain aux médecins. Si un praticien agresse ou violente un patient sans témoin, la parole du médecin a de fortes chances de l’emporter sur celle du patient. En France, du moins.

En Angleterre ou aux Etats-Unis, un médecin ne pratique jamais un examen gynécologique sans présence d’un(e) assistant(e) infirmier(e). Et, par principe, les affirmations des patients sont considérées comme sérieuses car ce n’est pas à la victime présumée de faire la preuve de l’agression, c’est à la suite du débat entre accusation (les enquêteurs) et la défense (les avocats) que le juge et/ou les jurés doivent se prononcer. En France, la lourdeur des procédures, le parti-pris notoire (et répété) de partialité de l’Ordre des médecins et les collusions de classe inévitables entre médecins, juges et avocats rendent les choses beaucoup plus compliquées.

Ceci explique, il me semble, que beaucoup de médecins se comportent de manière inacceptable parce qu’ils pensent qu’on ne peut rien faire contre ça, et qu’ils sont à l’abri de toutes représailles.

Ca ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire et qu’il ne faut rien faire.

On peut toujours faire quelque chose contre les abus de pouvoir. Et, d’abord, en savoir plus que ceux qui les exercent. Le savoir est un contre-pouvoir très puissant.

Il y a dix ans, il était très difficile pour une femme sans enfant de se faire poser un DIU. La plupart des médecins français refusaient, sous des prétextes divers. Dans Contraceptions mode d’emploi, puis sur ce site, j’ai commencé à donner des arguments scientifiques et des documents qui permettaient de contrer les objections (irrationnelles) des praticiens. Je proposais aux lectrices du site de télécharger le bulletin de l’IPPF (la fédération internationale des associations de planification), qui expliquait très clairement que les réserves sur les DIU étaient infondées. Puis sont venues, en 2004 les recommandations de la HAS (qui s’appelait alors ANAES). Je les ai mises en téléchargement sur le site. Petit à petit, des femmes se sont armées de ces documents et sont allées les présenter à leurs gynécos. Certains ont persisté dans leur refus. D’autres ont examiné les documents et ont accepté de réviser leurs préjugés et de soutenir les femmes dans leur choix. La conclusion que j’en ai tirée est qu’une personne armée du savoir approprié peut faire face aux professionnels qui lui bloquent le passage. Et aussi qu’il y a deux sortes de professionnels « bloquants ». Les uns le font parce que c’est un trait de personnalité (et il n’est pas possible de les faire évoluer) ; les autres le font par peur ou par surcroît de prudence (et la discussion avec les patients peut les faire surmonter leurs réserves).

La série d’articles qui suit est écrite dans le même esprit : connaissez vos adversaires, vous serez mieux armé(e)s pour les affronter. Vous ferez vite la différence entre les personnalités indécrottables et les personnes maladroites, défensives, mais de bonne volonté. Vous ne penserez plus que les médecins maltraitants se comportent ainsi « pour votre bien ». Vous ne les subirez plus et vous aiderez d’autres à ne plus les subir.

Un médecin est une personne comme une autre

Un médecin est une personne comme une autre. Ce n’est ni un(e) saint(e) ni un être surhumain. C’est un individu qui a, comme tout le monde, ses qualités et ses défauts. Et ses soucis quotidiens, durables ou transitoires. Son humeur n’est pas nécessairement égale. Il peut commettre des erreurs, à commencer par celle de perdre son calme et d’être désagréable. Ça m’est arrivé plus d’une fois, au cours de ma carrière, de moins en moins à mesure que j’ai acquis de l’expérience, heureusement, mais ça peut toujours arriver.

En général, quand on prend conscience qu’on a commis une maladresse, un geste ou une parole déplacée (j’ai le souvenir de paroles blessantes qui me font encore rougir de honte…) – ou quand le patient le dit – on peut se rattraper en présentant ses excuses le jour même ou à une consultation ultérieure, ou en répondant au téléphone. Et je peux témoigner que dans la plupart des cas, le ou la patiente que j’avais blessé(e) a reçu mes excuses avec beaucoup de bienveillance. De fait, c’était ce qu’il ou elle attendait.

Il m’est arrivé aussi, à quelques reprises, de recevoir des lettres de patient(e)s qui me reprochaient un comportement ou une absence de soutien ou d’écoute, et alors que j’étais mortifié de les lire, je finissais par me dire que s’ils avaient pris la peine de m’écrire, la moindre des choses était que je réponde, et que je leur manifeste mes regrets – ce que j’ai toujours fait.

Ce qui suit ne concerne donc pas les erreurs que tout un chacun, médecin ou non, peut commettre parce qu’il est un être humain. Il s’agit ici de comportements systématiques, ressentis à chaque consultation par un(e) même patient(e) ou, au contact d’un(e) même praticien(ne), par plusieurs patient(e)s.

Je voudrais ensuite dire qu’à mon humble avis, et contrairement à ce qu’on entend parfois dire dans les milieux médicaux, il n’y a pas « plus de patients exigeants » qu’avant. Je pense que les citoyens sont longtemps restés silencieux et soumis devant les figures d’autorité, mais que, l’éducation aidant, ils le sont de moins en moins. S’il y a plus de conflits (verbaux) ouverts entre patients et médecins ce n’est pas lié à un accroissement des « exigences » mais à une accentuation de la tension entre patients et médecins, en raison des pressions qui s’exercent sur les uns comme sur les autres, pour des raisons socio-économiques, médiatiques, politiques, et j’en passe. Dans les sociétés « développées » (sur le plan économique), l’anxiété a tendance à augmenter chez tout le monde. Quand cette anxiété pousse les gens à aller demander au médecin (qui occupe, malgré lui, à de nombreux égards une position-clé) de résoudre des problèmes qui ne sont pas d’ordre médical – administratifs, par exemple – il faut que le médecin en question n’ait lui même aucun problème pour répondre calmement. Mais quand, comme c’est de plus en plus le cas en France, un médecin de famille enchaîne des journées de 15 heures sans pouvoir trouver de remplaçant pour ses vacances et se fait en plus réquisitionner par le préfet pour des gardes de nuit non rémunérées, on peut comprendre qu’il y ait des heurts entre certains (im)patients et lui.

Mais en dehors des situations de stress, le fait d’être désagréable/brutal/intrusif/malsain n’est pas acceptable. Les gestes et attitudes maltraitants pratiqués systématiquement ont d’autres explications. Et ils correspondent, en première approximation, à plusieurs personnalités ou comportements de la part des praticiens.

… mais certains médecins ont systématiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non)

La liste de médecins maltraitants que je vais décrire dans les articles à venir (ils apparaîtront régulièrement) n’est pas exhaustive et elle est bien sûr schématique. Un même médecin peut cumuler plusieurs types d’attitude maltraitante. Si vous connaissez d’autres archétypes de médecins maltraitants, vos témoignages sont les bienvenus.

Prochains épisodes :
2. Circonstances atténuantes : les médecins en burn-out et les médecins phobiques
3. Médecin silencieux, médecin égocentrique
4. Médecin terroriste, médecin étouffant, médecin méprisant
5. Le médecin manipulateur
6. Le médecin qui expérimente sur ses patients
7. Ecrire à un médecin maltraitant ? Et après ?

Auteur: Dr. Marc Zaffran, alias Martin Winckler

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