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Omar m'a tuer

Publié le 25 juin 2011 par Cinephileamateur
L'affiche du film
De : Rochdy Zem.
Avec : Sami Bouajila, Denis Podalydès, Maurice Bénichou, Salomé Stévenin, Nozha Khouadra, Ludovic Berthillot, Shirley Bousquet, Eric Naggar...
Genre : Drame.
Origine : France.
Durée : 1 heure 25.
Date de sortie : 22 juin 2011.
Synopsis : Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français, a la réputation d’être calme et sérieux. Dès lors, il est le coupable évident. Il n’en sortira que 7 ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice. En 1994, révolté par le verdict, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de l’innocence d’Omar Raddad, s’installe à Nice pour mener sa propre enquête et rédiger un ouvrage sur l’affaire…
Bande annonce française
4
"Omar m'a tuer" faisait parti des films que je souhaitais voir. C'est pas que c'est le genre d'affaire judiciaire qui me passionne mais je me souviens encore du bruit que celle ci avait provoqué à l'époque et même si je ne m'y suis jamais vraiment intéressé plus que ça en profondeur, j'étais curieux de voir comment ce film allait traité ce sujet même si la présence de Rachid Bouchareb à la production ne m'emballait vraiment pas (c'est pas un cinéaste que j'affectionne...).
Finalement, le film se laisse suivre assez facilement. On pourrais même croire qu'il survole son sujet tant les minutes défilent vite sous nos yeux. Énumérant toutes les failles de cette enquête sans jamais chercher à aller plus loin, le film s'attarde uniquement à démontrer avec quelle légèreté cette enquête à été faite et avec quelle facilité ahurissante un homme à été condamné. Pour ma part, j'ai toujours un peu de mal lorsqu'un film traitant de ce genre de sujet prend parti. Ici, il n'y à pas de doutes possibles : Omar Raddad est innocent. Je comprends ce point de vue qui apparait même très logique puisque le scénario est une adaptation d'une contre enquête qui défend cette thèse mais pour ma part, même si cela ne m'as pas dérangé non plus plus que ça pendant mon visionnage, je préfère dans ce genre de productions que le scénario laisse le soin aux spectateurs de ce faire sa propre opinion (c'est un peu le reproche que j'avais fait d'ailleurs aux cinq dernières minutes de "Mesrine : L'ennemi public numéro 1"). Qu'il démontre les faiblesses de l’instruction, les incohérences etc etc je suis d'accord mais le fait que le film se penche principalement sur cette innocence claire et nette m'embête toujours un peu. Attention, je ne dis pas qu'Omar Raddad est innocent ou non et/ou que la justice à bien fait son travail, je dis juste que j'aurais trouvé cela plus intéréssant encore de nous montrer tout les tenants et tout les aboutissants afin que l'on soit nous même invité à se poser les bonnes questions plutôt que de tout nous mettre sur un plateau sans nous laisser le moindre choix, le moindre doute. Je pense par exemple qu'on aurait pu développer un peu plus le rôle de Maud, l'assistante de Pierre-Emmanuel Vaugrenard dans le film qui aurait pu faire un bon avocat du diable en donnant des indications du pourquoi Omar Raddad aurait pu être coupable surtout qu'elle le fait de façon très légère de temps en temps. De même, je trouve regrettable que le rôle de Maitre Vergès soit embelli sans chercher à y voir autre chose qu'un porte parole du bon sens alors qu'à l'époque le fait qu'il venait juste de défendre Klaus Barbie n'était pas forcément quelques choses de positif pour Omar Raddad. D'ailleurs, l'une de ses répliques où il dit à peu près "C'est la première fois que je défends un innocent" à accentué le parti pris du film je trouve. Tout ceci bien sûr n'est que des détails et puisque l'on adapte une contre enquête c'est logique que le film suivent la même thèse mais pour ce genre de sujet j'aurais vraiment apprécié avoir le choix alors que là on ne l'as pas, il est innocent et puis c'est tout comme le dis d'ailleurs Pierre-Emmanuel Vaugrenard lui même : "C'est un travail d'assassin pas de jardinier". Après, le scénario reste bien écrit et passionnant. Il est intéréssant de voir à quel point il est difficile de s'intégrer en France lorsque l'on ne parle pas la langue et comment la justice peut avoir ses failles sans forcément les reconnaître (certaines choses qui se sont passés sont tout de même abbérante à mes yeux). Sous forme de reconstitution, le film permet aussi tout de même de mieux comprendre ce qui s'est passé et ce qu'on reproche à Omar Raddad. J'avoue n'avoir eu qu'une dizaine d'année au moment des faits et je ne me souvenais pas de tout. Le scénario prend en tout cas parti mais reste cependant sans aucun temps morts et même si par moment, je trouve qu'il tombe un peu dans le mélodrame il n'en reste pas moins passionnant. Le film possède pas mal de moments très fort qui font qu'on ne reste pas insensible et lorsque cette histoire se termine, on ne peut tout de même pas rester indifférent que l'on soit d'accord ou non avec la thèse qu'on vient de voir.
Devant la caméra, on à le droit à une très grande performance d'acteur de Sami Bouajila. C'est vraiment pas un acteur que j'apprécie en temps normal, j'ai même souvent beaucoup de mal avec son jeu mais là il à su je trouve s'approprier son personnage afin de le rendre crédible et touchant. Loin de la caricature et de la simple ressemblance physique, il incarne un Omar Raddad touchant mais aussi complexe dont par moment on ne sais pas trop ce à quoi il pense. L'acteur est cohérent du début jusqu'à la fin et la réussite du film est aussi en grande partie du à son jeu que j'ai trouvé très crédible. Un peu comme dans le film "La conquête", l'acteur n'est pas bon parce qu'il ressemble à son personnage, il est bon car il à su le faire exister, le faire "renaitre" à l'écran. Puisque je parle de "La conquête" (transition facile je le conçois ;-) ), on retrouve également dans ce film Denis Podalydès qui est comme toujours très bon. Il n'est pas dans son meilleur rôle je trouve mais ce personnage de Pierre-Emmanuel Vaugrenard lui va bien tout de même. Pas de grandes nouveautés dans son jeu ici mais une prestation toutefois remarquable qui est elle aussi convaincante. Maurice Bénichou est lui aussi très bon en Maître Vergès. Au delà du portrait de l'homme même qui est dressé et auquel je n'ai pas forcément accroché, le comédien reste quand même très bon. Il y à un peu (beaucoup ?) de touche mélodramatique dans la façon de lancer ses répliques mais cela accentue le côté un peu "acteur" qu'est le métier d'avocat ce qui n'est pas plus mal au final. J'ai bien aimé aussi Salomé Stévenin qui fait une bonne Maud. Elle apporte un peu de fraicheur dans cette histoire que j'ai bien aimé et par moment je trouve qu'elle soulève de bonnes questions. C'est un peu le personnage avec qui j'ai le plus accroché car c'est celle qui fait le plus avocat du Diable dans le film et qui s'attarde le moins sur l'innocence d'Omar Raddad pour mieux se concentrer sur les failles du système. Même si il elle est, elle aussi, très bonne, le reste de la distribution m'as paru plus anecdotique. Convaincant, chaque second rôle fait ce qu'il à à faire avec plus ou moins de réussite sans que cela ne soit trop choquant. Nozha Khouadra dans le rôle de Latifa Raddad sors un peu du lot quand même. Je l'ai trouvé touchante et j'ai aimé sa façon de jouer son personnage tout comme j'ai aimé l'acteur qui jouait le père d'Omar Raddad tout en retenu et en simplicité mais très efficace. A noter aussi l'apparition à l'écran du vrai Omar Raddad lors de la dernière image du film, pas forcément indispensable même si intéréssant pour avoir un comparatif direct avec la prestation physique de Sami Bouajila. Cette apparition accentue un peu plus le côté mélodramatique je trouve même si elle conclue bien le film et que lorsque l'on voit comment l'enquête à été mené, innocent ou pas, j'espère vraiment pour lui qu'un jour ses demandes vont aboutir.
Deuxième long métrage de Roschdy Zem, c'est la première fois pour moi que je vois l'une de ses réalisations et j'ai plutôt bien aimé. Il y à des mouvements de caméras très intéréssant et j'ai bien aimé le traitement qui à été fait en fonction du personnage que l'on suit avec d'un côté Pierre-Emmanuel Vaugrenard mis en scène de façon très posé, très calme et de l'autre Omar Raddad avec une caméra qui bouge plus, qui nous déstabilise et qui fait que l'on ressens bien le côté perdu du héros qui ne comprend pas tout ce qui lui arrive tant les événements s'enchaîne rapidement. Je ne sais pas non plus si en prison tout c'est exactement passé ainsi pour lui mais j'ai aimé le fait de voir un monde carcéral qui n'est pas trop caricaturé. J'ai jamais fait de prison donc je ne veux pas parler de chose que je ne connais pas mais la façon dont c'était montré, ça m'as paru crédible et sincère loin de ce que l'on peut avoir l'habitude de voir ou dans certains films on tombe dans la surenchère. Au delà du très bon travail qui à été effectué sur les maquillages des acteurs notamment sur celui de Sami Bouajila, j'ai bien aimé aussi l'utilisation des différents décors qui sont bien exploités ainsi que la photographie que j'ai trouvé très belle. Le montage est lui aussi bon dans son ensemble même si par moment j'ai trouvé les aller retours dans le temps un peu trop brutal. On arrive à suivre et à comprendre ce qui se passe mais parfois le présent et le passé s’intègre ensemble trop rapidement sans subtilités ce qui fait qu'il faut quelques secondes avant de retrouver à quel moment de l'histoire on se trouve (maintenant je suis peut être le seul qui ait ressenti ça aussi ;-) ). On sens en tout cas que la reconstitution de cette affaire à été faite avec le plus de sérieux possible ce qui rend son sujet encore plus fort. Certaines scènes restent tout de même très dur surtout psychologiquement comme la reconstitution très furtive du meurtre de Ghislaine Marchal bien sûr mais aussi la scène où Omar Raddad se retrouve isolé dans une cellule et sans vêtements pour ne citer que celle ci que j'ai vraiment trouvé très forte. Alexandre Azaria signe une bande originale discrète qui va bien avec ce film car elle n'étouffe jamais l'intrigue ce qui évite d'en rajouter dans la surenchère ce qui est plutôt pas mal à mes yeux. J'ai en tout cas bien aimé cette réalisation. Esthétiquement, c'est très agréable à suivre et même si je m'attendais à quelque chose de sérieux, je pensais pas que ça serais aussi réussi.
Pour résumé, "Omar m'a tuer" est un très bon film et une reconstitution de l'affaire Omar Raddad que j'ai trouvé très intéressante. Je suis pas spécialement fan dans ce genre de projets du parti pris assumé même si je le comprends mais ça reste toutefois un film très prenant et captivant qui passe à une vitesse folle. C'est peut être même un poil trop rapide au point qu'on peut tout de même se dire que certains points et/ou personnage aurait pu être un peu plus développé mais ça n'en reste pas moins un film maitrisé qui sais où qu'il veut en venir et qui fait tout pour rester cohérent avec sa thèse tout en dénonçant les failles d'un système judiciaire qui ne cherche jamais à se remettre en question. Les acteurs sont très bons avec un Sami Bouajila en tête qui m'as bien surpris et la réalisation de Rochdy Zem est remarquable. Un film très intéréssant à voir et qui vaut le coup d’œil.
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