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2- Convoyage de bétail dans l'ouest américain

Publié le 22 juin 2011 par Calamitysuz

Calamity Suz au pays des cowboys : la révélation d'une passion
En août 1999, j'ai pu concrétiser mon plus vieux rêve d'enfant. Je m'estimais terriblement chanceuse et je souhaite à tout le monde de pouvoir en dire autant. Mais quand le rêve devient réalité, on n'ose pas penser qu'on aura à nouveau l'occasion de repartir pour un tour. Et pourtant…
Non content de nous avoir fait crapahuter sur des chemins tout justes bons pour les chèvres, patauger dans l'eau tout habillés, escalader des rochers, affronter le vide, galoper à fond la caisse dans le désert, manger du sable et de la poussière, voilà que Rémy nous propose de recommencer…
C'est reparti pour un tour. Ou plutôt non, et c'est là justement que réside tout le rêve. Le voyage de cet été était un circuit organisé, pratiqué déjà depuis plusieurs années. Ca faisait des années que je voulais le faire, j'attendais juste d'avoir suffisamment de sous et le niveau d'équitation nécessaire. Ce nouveau voyage n'a rien à voir. Déjà parce qu'il n'était pas "programmé" dans mes petites tablettes. Ensuite parce que c'est une première autant pour moi, que pour Bob ou Rémy. Nous n'avons pas payé pour un "circuit touristes", mais pour aller accompagner la transhumance qui se fait tous les ans pour descendre les bêtes vers des cieux plus cléments en hiver. Quelque part nous nous sentons des cow-boys dans l'âme qui partent travailler. Ce dont nous ne nous sommes pas privés de nous vanter auprès de notre entourage "Je pars faire la transhumance en Utah avec les cow-boys" et non "Je pars en vacances faire du cheval dans un ranch". Vous saisissez la nuance ? Non probablement pas. Ce qui explique l'ennui évident des gens à qui je montre mes photos. Les premières vaches ça va, mais les photos suivantes les dépassent complètement. Quant à la dernière pochette elle est généralement regardée façon jeu de cartes… Mais je ne vous en veux pas, difficile de faire partager ses rêves. Après tout le rêve de l'un peut être le cauchemar de l'autre.
Vendredi 29 octobre 1999
A cause du brouillard notre vol a "un peu" de retard, ce qui inquiète déjà Rémy à cause de la correspondance à Londres. Oiseau de mauvais augure… Nous partirons finalement avec plus de quatre heures de retard, ratant par la même occasion notre correspondance à Londres et arrivant à destination à Las Vegas en fin de journée… sans nos bagages !
Le fait que notre horloge biologique nous dise qu'il est 5 heures du matin et non 20 heures ne semble pas déranger grand monde. Et nous voilà partis au coeur du centre ville, l'endroit où les cable car terminent leur course avant d'être retournés pour remonter la côte. Rémy nous promet les "meilleurs steaks de l'Ouest" (ça fait très pub western) et effectivement ils sont très bons et gargantuesques, servis avec une patate au four et de la salade. Le tout pour 10.41 $ (Coca compris). Nous nous sommes payés une belle crise de fou-rire grâce à Eric qui poursuit dans sa lancée que la transhumance va finir par se transformer en transhumance des lapins à dos de mulets, voire même depuis le ranch jusqu'aux écuries. Et on imagine à nouveau Virginie avec son pull rouge et son bâton pour pousser les lapins (vous auriez dû voir Eric nous mimer la scène).
Samedi 30 octobre
Visite touristique de San Francisco, arrêt sur la colline à côté du Golden Gate pour admirer la baie et le Pacifique. Et je m'aperçois que c'est la première fois de ma vie que je le vois (le Pacifique). Bon d'accord ce n'est que de l'eau salée avec des vagues, mais bon de l'autre côté c'est l'Asie… Il y a un peu de brume, quasiment toujours présente ici, due à la rencontre de l'air froid du Pacifique et l'air plus chaud du continent. Mais le temps est superbe et ensoleillé. Nous nous astreignons à la typique photo avec le pont derrière nous. La transhumance c'est dans deux jours, pour l'instant nous ne sommes que des touristes !! De là haut on voit bien Treasure Island, île au milieu de la baie sur laquelle nous nous trouvions hier soir, et Yerbabuena une base militaire en phase d'être vendue. Et une incompréhension assez amusante. Rémy nous explique que tous les requins sont là. Moi je pense aux requins de la baie, ceux qui mangent les prisonniers évadés et les surfeurs. En fait il parle des investisseurs qui veulent mettre la main sur les terrains de Yerbabuena pour l'immobilier !! Et bien sûr au milieu de tout ça Alcatraz. Entre l'eau froide du Pacifique, les courants et les requins (ceux qui nagent), les prisonniers évadés n'avaient vraiment aucune chance (bon d'accord, à une exception près, mais Clint Eastwood est un homme exceptionnel…).
Dimanche 31 octobre
A l'aéroport nous avons déchargé tout notre paquetage, quinze sacs tout de même et cherché à se procurer des caddies gratuits (c'est-à-dire abandonnés par les gens, car ceux bien rangés sont payants). Tout ça pour s'apercevoir au moment où les autres arrivaient que l'enregistrement pouvait se faire directement dehors (environ à 5 mètres de l'endroit où nous nous trouvions). Le type de l'enregistrement était très sympa et très amusé par notre petite équipe à l'accent incertain et à l'humeur joyeuse. Faut dire que c'était une belle pagaille, nous n'arrivions pas à compter les sacs et résultat certains se sont retrouvés avec deux étiquettes !!
Et c'est parti pour Boulder. La route me rappelle cet été (normal me direz-vous) et on retrouve les lieux avec plaisir. C'est amusant, j'ai l'impression que la route est moins longue. Peut-être aussi parce qu'on délire bien alors qu'au mois d'août on se parlait à peine et on regardait avidemment autour de nous. Et vive les chansons paillardes ! D'ailleurs, alors qu'on chantait "Jeanneton" à tue-tête, Rémy s'est mis à rouler sur les bandes rugueuses pour nous arrêter, sans grand succès ceci dit.
Depuis Vegas nous n'avons pas cessé de grimper en altitude (en fait depuis San Francisco même – non je ne parle pas de l'altitude prise par l'avion !). Mais comme ça se fait sur une longue distance, on se retrouve à 2000 mètres d'altitude en ayant l'impression d'être encore "en bas". La route dans la région de Cedar City est magnifique. Nous traversons une nouvelle "Dixie Forest" couverte de coulées de lave entre les arbres. Il fait froid dehors, mais le soleil brille. Ceci dit la température doit sacrémment baisser la nuit, car à un endroit la roche au bord de la route était couverte d'un gros paquet de glace. Avant de monter aussi haut on a pu profiter des couleurs de l'automne. Les feuilles des trembles virent essentiellement au jaune, parfois avec de l'orangé. Quand sur un même endroit on a encore le vert, ça donne des contrastes superbes. Ca n'a rien à envier à l'été indien canadien. Je ne sais pas si la saison existe vraiment par ici, c'est plutôt dans le nord normalement. D'après Rémy la forêt de trembles à Boulder est d'une beauté exceptionnelle. Il est vrai qu'avec le grand nombre de pins verts ajoutés aux tons roux, ça ne peut qu'être fabuleux sous un ciel bleu.
Bryce est toujours aussi étonnant. Le soleil de fin de journée sur la roche rouge (encore des pierres rouges me direz-vous) et le ciel d'un bleu éclatant est un régal pour les yeux. Cet été nous avions quand même eu pas mal de nuages et un orage mémorable juste après notre "randonnée" à pied sur le Navajo Loop trail.
La route commence à nous sembler longue (ça promet pour le retour) et Zouzou de s'exclamer à un moment "Ca fait longtemps qu'on n'a pas chanté". Plus c'est ringard, mieux c'est, et donc nous avons attaqué Chantal Goya et Annie Cordy. Il faut dire qu'un lapin a traversé la route, il ne nous en fallait pas davantage et nous avons attaqué en coeur "Ce matin un lapin…". Au bout de la troisième chanson, dont entre autres "La bonne du curé", Rémy s'est brusquement rabattu sur le côté et s'est arrêté "Je refuse de continuer si vous n'arrêtez pas". Ce qui évidemment ne nous a même pas fait baisser la voix, une fois remis de notre surprise de cet arrêt brutal.
Un school bus aménagé est garé devant la maison. Il nous servira d'appui logistique pour la transhumance. Les Jack O'Lantern (citrouilles) sont posées sur la balustrade du balcon et nous nous apercevons que nous n'avons pas pensé à prendre de bonbons pour les enfants, alors que nous parlons de fêter Halloween aux States depuis avant notre départ !! Mais la chance est avec nous (faut bien qu'elle tourne un peu, on a assez donné comme ça). Comme nous sommes en pays mormon, on ne fait rien le dimanche, jour du Seigneur, et donc les gamins ont fêté Halloween hier. Bob avait d'ailleurs l'air ravi d'avoir fait la tournée des voisins avec les mômes.
Lundi 1er novembre
Départ pour le ranch en minibus d'où nous partons pour Boulder avec le trailer après que Bob ait préparé nos chevaux. Sioux nous conduit au corral où se trouvent les vaches et certains des chevaux, puis part chercher les autres montures.
Rémy est parti devant avec Virginie et les deux soeurs de façon à bloquer les routes sur les côtés et s'assurer que les vaches resteront bien sur la route principale, le "Burr trail". Une ancienne piste de 75 miles, goudronnée maintenant sur la plus grande partie. Deux cow-boys se sont joint à nous. Mack un vieux (quatre-vingt cinq ans) cow-boy avec un crochet à la main gauche et Ryan, fils de Gary (qui va conduire le trailer avec les chevaux de rechange), le cow-boy le plus riche du coin ; sa famille était parmi les premières à s'installer dans le coin, il a donc toutes les meilleures terres.
Bob a donc ouvert la porte du corral et c'est parti pour quatre jours. Contrairement à cet été, il ne faut pas trop les pousser sinon elles risquent de sauter les barrières le long du chemin et ensuite c'est la galère pour les récupérer. En fait si on les laisse aller à leur rythme, elles avancent relativement droit sur la route. Si on les presse, elles commencent à partir dans tous les sens et c'est la débandade, sans compter qu'on n'arrête donc pas de leur courir après pour les ramener sur le bon chemin. Et quel est le bon chemin pour une vache ? Celui de la boucherie… Non, je plaisante. Déjà que Nathalie est devenue subitement végétarienne à voir toutes ces pauvres vaches et imaginer leur destin. En plus, tandis qu'on attendait de partir, des veaux ont été chargés dans un camion, avec une destination certaine pour ceux-là… C'est vrai que quand on a son escalope aux champignons dans son assiette, on ne pense pas du tout aux mignons petits veaux qui suivaient et tétaient leurs mères.
Bob préfère que nous portions des éperons plutôt que de talonner notre cheval, qui est selon lui un manque de respect de l'animal. En fait nous étions très peu à en avoir. Virginie a récupéré ceux de Rémy car lui s'en est acheté des plus grands, munis de clochettes qui tintinabulaient tout du long. Ce qui nous a permis de lui chanter "Jingle Bells" chaque fois que nous arrivions à sa hauteur. Il semblerait que tous les grands éperons de ce style sont équipés de clochettes… Quant à Rémy il est équipé pour Noël !!
Déjeuner à Deer Creek au fond de la vallée au bord d'un petit ruisseau. Sioux est venue nous apporter les provisions. Sandwich de dinde, cornichons, chips au cheddar, pastèque, cookies maison...
2- Convoyage de bétail dans l'ouest américain
Les couleurs des arbres sont extraordinaires et le temps est magnifique. Nous sommes en tee-shirt et le soleil tape fort. Sur la fin du parcours pour la journée, au fond d'un canyon, Eric et Philippe sont partis fermer une barrière et se sont éclatés à galoper dans la rivière. De son côté, la vache noire (la 783 – on a fini par très bien la connaître) a encore décidé de faire des siennes. Nathalie, Caroline et moi sommes parties à sa poursuite et avons eu un mal fou à la faire aller où nous voulions. Elle trouvait toujours de moyen de passer entre nous et d'aller systématiquement dans la mauvaise direction. Et comme par hasard le coin était plein d'arbres et d'arbustes, idéal pour avancer et se prendre des branches plein le visage, les bras et les jambes. En attendant, c'était très sympa et on s'est fait un chouette galop dans le lit de la rivière et trois centimètres d'eau à poursuivre ce satané hamburger sur pattes. Un cow-boy est arrivé pour remplacer le vieux Mack et du coup on a fait avancer les vaches beaucoup plus vite sur le dernier morceau de route avant d'arrêter pour la nuit. On les abandonne là et elles continuent à avancer toutes seules. Demain matin on rabattra celles qui se seront trop écartées pour poursuivre le chemin. Au total nous avons parcouru un peu plus de 10 miles en six heures.
Le temps de refaire les 10 miles en voiture, puis de passer au corral et aux écuries pour y déposer les chevaux à ferrer, nous sommes arrivés au ranch à 17h30. Douche bien méritée et tartinage de crème. "Où est la Biafine ?". Nous avons tous pris de sacrés coups de soleil et je suis bien contente de m'être tartinée d'écran total avant de partir ce matin. Dîner à 19h00 : pot au feu, coleslaw et brownie avec de la glace. Nous sommes tous crevés et Rémy de nous dire que si nous nous y prenons bien nous pourrons être au lit à 19h30. Evidemment on a rit, mais c'était assez probable et réaliste. Le grand air ça fatigue, c'est bien connu. Je me suis assise à une table dans la grande pièce pour écrire et peu à peu tout le monde à disparu. Le soleil nous a littéralement lessivés. Ca plus les restes de décalage horaire et les heures de sommeil en retard... Et ma foi, quand il ne reste plus personne, c'est vrai qu'on a tout intérêt à aller se coucher, d'autant que les deux prochaines nuits seront moins confortables. Le petit déjeuner est prévu à 7h00.
Mardi 2 novembre
Nous nous entassons tous les huit dans le Tahoe (le pickup de Sioux) et Rémy nous conduit à Boulder où certains en ont profité pour faire quelques courses indispensables : crème solaire, stick lèvres (le mien à servi à tout le monde hier, il n'en reste plus beaucoup), bière et marshmallows (indispensables) ! A 9h15 nous étions à cheval. Au fond du canyon, le soleil n'arrive pas et j'ai cru que j'allais mourir de froid. Je n'avais que mon tee-shirt sous mon blouson en cuir. Il ne fait que 32° F, les nuits sont vraiment glaciales.
Les paysages sont absolument fabuleux et dès que le canyon s'est ouvert, le soleil nous a réchauffés. Heureusement d'ailleurs, car je claquais littéralement des dents. Je suis partie devant avec Rémy et Virginie prendre quelques photos et rabattre des vaches qui étaient devant les autres sur les côtés. Quelques galops super sympas dans des petits chemins à travers les arbustes et au fond du lit d'une rivière. Le fait d'avoir déjà pratiqué la monte western cet été fait qu'on n'a peur de rien. La ligne droite étant le plus court chemin, on ne se pose pas trop de questions : on y va et ça passe… ou ça passe !! Les trailers et le school bus nous ont rattrapé, puis dépassé. Quelques touristes passent par la route de temps à autre et prennent des photos. Génial, je vais me retrouver dans des albums photos américains au chapitre des couleurs locales de l'Utah ! C'est trop drôle, des touristes qui font la transhumance se font photographier des touristes venus visiter Escalante et sont tout contents de traverser un troupeau conduit par de "vrais" cow-boys du coin.
2- Convoyage de bétail dans l'ouest américain
La route est équipée pour les nombreux troupeaux de la région. Par endroits, il y a des barrières à bétail. Traversant la route dans la largeur, des poutrelles de métal empêchent les vaches de passer, sans pour autant gêner la circulation. A un endroit, on a vraiment "travaillé" car le troupeau était coincé par cette barrière sur la route et du barbelé sur l'un des côtés. Du coup le bétail partait sur la droite, côté montagneux et infranchissable. Nous nous sommes donc postés pour faire faire demi-tour au troupeau jusqu'à un endroit permettant de longer la route et de la reprendre après la barrière. Nous étions finalement bien contents d'être un peu plus actifs que de juste suivre et surveiller, même si ça n'a pas été très facile d'obtenir le résultat escompté. C'est un vrai métier… !
Mercredi 3 novembre
Le temps de replier les tentes et remettre les sacs dans le mini-bus Bob nous attend pour nous faire repartir. Nous assistons à un vrai petit numéro de cow-boy avec Ryan qui attrape une vache au lasso pour que les autres puissent lui faire je ne sais quoi… Il fait encore assez froid en partant, mais aujourd'hui je me suis couverte. Ceci dit nous sommes sur la plaine au soleil et donc la température est beaucoup plus agréable qu'hier matin. Nous nous répartissons de part et d'autre du troupeau pour l'encadrer et je me suis retrouvée à un moment avec les taureaux. Alors ceux-là pour être pénibles !! Ils partent dans tous les sens et semblent éprouver un malin plaisir à partir partout où il ne faut pas. J'ai vainement essayé de les ramener sur la route pendant je ne sais combien de temps. C'était amusant au début car je passais entre les arbres, je slalomais, partais plus loin pour les rabattre, mais au bout d'un moment on se dit qu'on n'arrivera jamais à les faire repartir sur le bon chemin. En désespoir de cause alors qu'ils repartaient vers l'arrière, je les ai abandonnés à Eric et les autres qui arrivaient dans ce sens là. Et Ryan de me dire "alors tu leur a laissé les taureaux, je te les avais laissé à toi." Ouais, merci pour le cadeau. J'ai encore du boulot pour devenir une vraie cow-girl.
Ryan est un champion de rodéo. Il n'a que 25 ans et s'est marié il y a quinze jours. D'ailleurs Bob lui a proposé de lui revendre le school bus puisqu'il allait avoir besoin d'une maison maintenant. Il s'entraînait avec son lasso hier, pas pour lui, mais pour son cheval de façon à ce qu'il ne s'en effraie pas. D'ailleurs il a donné un petit cours à Eric pour son plus grand bonheur. Et voilà comment lui et Nathalie se sont acheté des lassos au magasin des cow-boys où l'on est repassé le dernier jour !! Pour attraper leur chat probablement…
La nuit était tombée et nous étions loin du camp. Nous avons donc abandonné là les bêtes et Bob nous a conduit jusqu'au school bus. 7 miles, dans le noir, presque tout le temps au galop. Entre l'absence de lumière et la poussière soulevée par les sabots des chevaux, on n'y voyait rien et je me concentrais sur le pull blanc de Philippe devant moi pour suivre la route. Heureusement que Bob connaît le coin, sinon entre les virages et les trous c'est étonnant qu'aucun des chevaux n'ait trébuché ! Nous nous sommes évidemment régalés. Il n'y a guère qu'ici qu'on peut faire ce genre de truc. Au club, quand on galope sur une allée d'un kilomètre on est déjà bien content. Et rebelotte pour monter les tentes dans le noir. Le plus compliqué finalement n'étant pas le montage, mais de trouver un endroit pas trop plein de pierres.
Jeudi 4 novembre
Il y a beaucoup moins d'arbres que dans le camp d'hier, il faut donc aller se cacher derrière les gros rochers et je surveille attentivement le coin avant de creuser mon trou : je suis sûre que ça grouille de serpents par ici. D'accord je sais qu'ils ont besoin de chaleur et que je ne risque pas grand chose dans le noir, mais quand même…
2- Convoyage de bétail dans l'ouest américain
Départ à 9h00 vers l'arrière, au galop dans le même chemin qu'hier soir et au moins on voit où l'on va et l'on voit surtout les nombreux trous à proximité desquels nous sommes passés. A un endroit Bob nous explique que nous venons de passer sur une piste d'atterrissage. Apparemment il y a quelques années une grande escroquerie a été montée pour faire venir des hommes d'affaires afin de chercher de l'or. Des jets sont donc venus se poser, en vain évidemment, puisque le seul or par ici est dans les plombages ou les boucles de ceintures des cow-boys. Il n'y a pas d'or, par contre à proximité du camp il y a une vieille mine de cuivre. Nous n'avons malheureusement pas eu le temps d'aller la visiter… Nous avons commencé à croiser des vaches, et Rémy et Rye sont partis dans une autre direction vérifier s'il y avait des vaches par là. Nous avons suivi Bob, puis il a demandé à Eric et moi de partir sur la droite vérifier s'il n'y avait pas de bêtes, tandis que lui conduisait les autres vaches sur la route avec le reste du groupe. Nous n'avons rien trouvé et les avons rejoint.
Du lot, je crois que c'est Eric qui est le plus proche de moi en termes de ce que ce pays représente pour nous. Nourris à la sauce western dès notre plus jeune âge, nous vivons ici un véritable rêve. Les paysages qui nous entourent sont ceux des westerns que nous avons tant vu et se retrouver au milieu de cette végétation de "sagebushes", de résineux et de cactus est presque trop beau. Les gamins se déguisent en cow-boys avec un pistolet en plastique, un chapeau en papier, un bâton en guise de cheval et courent dans la cour d'école. Nous, nous avons la chance d'être vraiment là et de jouer aux cow-boys pour de vrai, avec de vrais cow-boys, de vraies vaches, de vrais chevaux, de vrais chapeaux… Et bouffer de la poussière fait partie du jeu à part entière. Combien de gens ont cette chance, celle de pouvoir transformer leur déguisement de mardi gras en réalité ? De pouvoir jouer aux personnages de leurs films favoris dans les mêmes décors ? De pouvoir dire qu'ils l'ont vraiment vécu ? J'ai toujours trouvé ridicules ces gens qui partent en Angleterre dans ce fameux village du "Prisonnier" pour jouer au "Numéro 6". Mais quelque part, c'est un peu ce que nous avons fait et je comprends la joie qu'ils peuvent en tirer. Là où je me sens plus à l'aise, c'est que ceci n'a rien d'artificiel. Nos westerns sont certes de la fiction, mais ils retracent une page de l'histoire américaine et les paysages sont bien réels, pas une création en carton pâte. Bon d'accord, je dois des excuses à certaines personnes. Aller jouer ses rêves en vrai est quelque chose de vraiment exaltant et tant pis pour ceux qui n'ont rien compris ; ceux qui me disent "ça doit être génial quand on aime monter à cheval comme toi", sous-entendu "ma pauvre fille, t'es vraiment pas nette".
A 12h00 Bob et Sioux nous ont rejoint par la route avec le déjeuner. Jambon cuit dans un poêle en fonte et tout un assortiment de biscuits plus bons les uns que les autres (et je m'étonne d'avoir grossi ?). Bob profite de la pause pour referrer le cheval de Rémy et nous dit qu'il nous retrouve à 14h30 après que nous ayions abandonné les vaches à l'entrée du canyon des Moodies. L'aventure touche à sa fin. Quelque part on est un peu fatigué de pousser ces satanés vaches, et comme dit Eric nous nous saoûlons de cheval. D'un côté, on est donc content de s'arrêter pour reposer nos muscles, mais dans quelques jours nous allons regretter tout ça. Nous abandonnons les vaches dans un canyon et Philippe nous fait une dernière fois le cri qui tue pour les faire avancer. Tout ça sur une petite vache toute seule dans son coin, qui a dû se demander ce qui lui arrivait. Nous reprenons la route vers le camp, avec la ferme intention d'en faire la plus grande part au galop, malheureusement le cheval de Rémy boîte. Bob nous retrouve avec le trailer, change le cheval de Rémy puis nous laisse continuer à cheval. Nous devons aller jusqu'au camp faire boire les chevaux, puis lui nous retrouvera plus haut avec l'autre trailer pour y faire monter tous les chevaux (on ne peut pas les mettre tous dans un seul). C'est donc parti pour une course effrénée. Ruby, qui n'a jamais aimé se traîner, se fait plaisir en fonçant comme une folle et je la laisse faire. Le martèlement des sabots sur la piste est grisant et on prend vraiment de la vitesse. J'arrive péniblement à la ralentir, et prise au jeu, dès qu'elle entend les sabots des autres chevaux s'approcher elle repart de plus belle. Virginie a même cru un moment que je ne pouvais plus l'arrêter. Finalement alors qu'Eric m'avait rattrapée et était prêt à repartir pour une course folle, je suis passée au pas. Ruby n'était même pas mouillée !! Nous avons repris la route à une allure plus convenable tout en nous faisant quelques petits galops à l'occasion. Nous avons fait boire tous les chevaux, puis repris cette fameuse piste pour la troisième fois maintenant pour aller retrouver Bob.
2- Convoyage de bétail dans l'ouest américain
Nous refaisons la route en voiture en une heure et demie et ça me permet de revoir les coins qui m'avaient frappé. Nous sommes étonnamment calmes. Un peu fatigués sans doute, tristes aussi…
Et voilà. Un nouveau beau voyage prend fin et l'année égrenne ses derniers jours. Je pourrai noter 1999 comme une année tout particulièrement riche en émotions et joies. Un fabuleux voyage en août dont je rêvais depuis des années, le plaisir d'aller enfin aux Etats-Unis, et la formidable chance d'y retourner à nouveau pour jouer aux cow-boys pour de vrai. Je peux difficilement me plaindre de quoi que ce soit. Et si je peux déjà vous adresser mes voeux pour l'an 2000, je ne puis que vous souhaiter que cette nouvelle année soit pour vous aussi riche et fabuleuse que l'a été pour moi cette année écoulée.


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