J. Weermer, Vue de Delf, 1661.
Les hommes ont toujours entretenu un rapport étrange à la nature. De nos jours, alors que nous épuisons sans aucune retenue les ressources merveilleuses de notre planète, que nous polluons sans vergogne aussi bien les terres que les océans, nous nous étonnons du fait que la planète bleue se permette de nous renvoyer la pareille sous forme de catastrophes naturelles, d'inondations, de tsunami, de tremblements de terre et j'en passe.
Canaletto, Le Bassin de Saint-Marc le jour de l'Ascension, 1740
Pourtant, les hommes des siècles qui précédèrent la révolution industrielle, étaient déjà soucieux de préserver et d'agir durablement sur l'environnement. Pensons aux Pays-Bas, à Venise elle-même. Que n'ont-ils pas fait pour sauvegarder leurs terres et le fruit de leur dur labeur des catastrophes naturelles? Déviation des rivières, entretien permanent des canaux, incessants travaux de restauration et consolidation de ses fondations, entreprise de protection contre les colères de la mer...Venise est un cas exemplaire du rapport conflictuel qu'entretient l'homme face à son environnement.
Hors, sommes-nous, de nos jours, capables de prendre exemple sur l'attitude de ces hommes, sur leur courage et leur ingéniosité? On ne peut que l'espérer du moins...
Consolidations des fondations du campanile de Saint-Marc à Venise, 1902
Un exemple parmi tant d'autres me vient en mémoire justement à propos de la Sérénissime. Au sortir des années 80, alors que la ville se trouve dans un état de délabrement absolument honteux, et ce, depuis une trentaine d'années, de nombreux canaux n'étaient quasiment plus navigables car totalement envahit de ce "fango" que les Vénitiens du passé combattaient sans relâche. Le processus d'ensablement des canaux de la ville rendaient donc impossible le transport de marchandises en tous genre dans certaines zones...Fort heureusement, en 1987, la Municipalité fonda le Consorzio Insula Spa, à l'origine d'une vaste entreprise de restauration et de préservation de la ville face aux périls causés par les marées. Un regard en arrière fut-il nécessaire pour parvenir à sauver la ville de son déclin? Assurémment. Dans le cas de Venise, il est fondamental de se tourner vers le passé et de retenir les leçons de son histoire pour apprendre à gérer les problèmes auxquels elle est aujourdh'ui confrontée. En cela, les Vénitiens ont hérité de la difficile mission que leur ont légué leurs ancêtres : préserver, prendre soin de l'environnement, trouver des solutions originales pour garantir la salubrité de la ville, notamment, en faisant appel à d'importants moyens techniques.
Insula SPA (Società per la Manutenzione urbana di Venezia) - Intervention de restauration à la confluence du Bassin de Saint-Marc.
L’histoire de cette ville et de ses combats au sein d’un environnement hostile invite à une réflexion sur la crise actuelle de l’urbanisme, sur notre occupation de l’espace et sur sa signification, sur la conservation de notre mémoire. Les problèmes environnementaux actuels toujours plus lourds de risques nous incitent donc à nous tourner vers le passé unique d’une ville qui, avec plusieurs siècles d’avance, affronta les problèmes qui sont les nôtres, ceux d’aujourd’hui et de demain. C'est pourquoi l'histoire de l'environnement, un science jeune de quelques dizaine d'années et actuellement en plein essort, me semble d'une importance capitale. Je glisse une vidéo très intéressante à la fin de cet article laquelle traite justement des travaux d'entretien effectués à Venise depuis la fin des années 80. Je vous invite à la regarder....



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