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À propos de la proposition faite par Nicolas Sarkozy de confier la mémoire d’un enfant déporté à chaque élève de CM2

Publié le 17 février 2008 par Sarah Oling
Comment ne pourrais-je pas être d’accord avec le fond de cette proposition ? Moi qui depuis de longues années vais parler dans des collèges et des lycées, représentant de la deuxième génération, celle de mes parents, auprès de jeunes, de la troisième à la terminale, le plus souvent?  La polémique enfle ces jours-ci. Je ne vais donc représenter que moi-même, à travers une réelle expérience de terrain et des exemples concrets. Serge Smulévic, un ami, j’ose le dire, qui fut l’un de ceux dont je recueillis le témoignage de ses années de cendre à Auschwitz-Monowitz, pour le CHRD de Lyon, et qui poursuit inlassablement son travail auprès de la jeunesse, après avoir été témoin au procès de Nuremberg, l’un des rares encore vivants pouvant le faire, m’avait exhorté à poursuivre cette nécessaire transmission. Me mettant cependant en garde contre les oppositions que j’allais rencontrer. La Shoah étant à « manier comme un baril de poudre », tant ce qu’elle représente est dérangeant, indescriptible, « in-ouï ».  Et je les ai affrontées et y suis encore confrontée, à ces critiques, essayant de transmettre ce nécessaire devoir, en le transformant en une universalité des Mémoires. Refusant le statut de victime par procuration (la victime étant mon père, pas moi) et par la même, une forme d’enfermement identitaire.   J’ai rencontré des élèves de tous âges. J’ai préparé ces interventions avec des enseignants. Ce furent des moments d’émotion intense, de vérité nue et de difficile confrontation avec la portée des mots employés à chaque fois.   Je vais revenir sur une classe tout particulièrement, dans un collège à forte mixité sociale, avec des enfants de 6°, les plus jeunes de mes futurs « passeurs de Mémoire »… Je vous livre un extrait du courrier que j’adressais alors, c’était en 2004, à l’enseignante à l’origine de cette rencontre « L’intervention que vous avez organisée entre vos élèves et moi-même a été d’une richesse et d’une profondeur qui m’ont véritablement interpellée. (…) Je joins à cet envoi une autre lettre adressée à vos élèves. Il est, je crois, important d’ancrer à leurs yeux cette rencontre, afin que la confiance qu’ils m’ont témoignée soit étayée ». Voici maintenant quelques extraits des nombreux courriers que ces enfants m’adressèrent  «(...) Nous étions très heureux de votre rencontre, elle nous a marqués. Vos paroles étaient si fortes que nous en avions les larmes aux yeux. Merci beaucoup de nous avoir transformés en petits passeurs(...) » Hasna et Amena  « (…) Vous nous racontez la déportation en disant que ce qui est passé est passé. Vous n’avez même pas de haine pour Hitler. Brillantissime ! (…) » Mélissa « (...)Je vous remercie d’être venue, car votre visite était bien et nous a donné beaucoup. Vous avez été courageuse d’être venue pour parler de votre famille qui est morte. Moi j’aurai pleuré si j’avais parlé. Votre intervention nous a donné du courage de faire pareil (...)» Romain   Ces enfants, à peine plus âgés que ceux de Cm2 auxquels s’adresse la proposition de Nicolas Sarkozy, ont eu une écoute active et impliquée, ne me semblant pas avoir été traumatisés par l’histoire que je leur ai transmise. Parce qu’elle avait été longuement préparée avec l’enseignante. Que je ne l’ai pas restreint à une approche de la Shoah, il y avait dans cette classe un enfant Rwandais qui a pu se libérer pour la première fois de l’approche de l’enfer qu’il avait traversé, devant toute la classe. Parce qu’un enfant peut entendre et comprendre si on lui parle avec des mots qui sont passerelles avec sa propre histoire.   Je crois sincèrement que la mémoire ne s’impose pas, surtout aux jeunes générations, mais qu’elle s’apprend, dans une véritable volonté d’empathie, sans que l’émotion l’emporte sur la réalité factuelle. Il reste désormais, au-delà de la polémique, à bâtir, avec les enseignants, le canevas de cette transmission à des élèves si jeunes.

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