"Day-Dream" Andrew WyethDu crépuscule à l'aube, Tess reluit de lui. Depuis qu'il est parti, elle a l'heure frémissante. Ce mardredi matin, la douche presse la pomme qui jute un filet d'eau glissant entre ses cuisses. Le savon citronné limonade sa peau et confise son fruit d'un sucre qui dit oui. La mousse sur son sein pétille de frissons, elle attrape sa serviette, il est temps de sortir.
Elle enfourche son galop et part vers sa lande où paissent ses espoirs sur le buis de ses doutes. Sa lande c'est son Raoul qu'elle chevauche chaque jour sur un sentier qu'elle cache dans ses pluies d'illusions.
Son grand cheval sauvage l'entraîne vers la lagune où l'eau de l'impatience bouillonne comme la lave qui brûle à coups de crampes la fièvre de son amour. Mais la bête se cabre, hennit et puis se tait. Tess est désarçonnée et se retrouve à terre sur des molinies bleues qui pâlissent sur la berge. Alors elle s'étend sur la touffe de paleine et parle à son Raoul en caressant ses herbes. Elle confie à ses prêles le feu qui la consume et hurle à ses ajoncs sa crainte qu'il l'oublie.
Sous le ciel de sa lande, son souffle n'a pas d'écho et Tess qui s'en étouffe se love dans les bruyères pour enfouir ses sanglots. Le cri rauque d'une aigrette accompagne sa plainte qu'elle libère de sa gorge comme on mord du vent.
Le crépuscule se penche sur l'épaule de Tess qui sèche ses larmes vaines d'un revers de sourire. La lagune se tait, son cheval la ramène et sa nuit la console jusqu'à l'aube prochaine.
Demain elle reviendra, il y aura la douche et puis la lande encore, et son Raoul peut-être dans les vertes bruyères.






3
Ajouter un commentaire