Tiens, signé Le Magicien d'Oz ?
J'adore découvrir les commentaires de nouveaux pseudonymes. Enfin, j'adore, c'est trop dire car on n'adore qu'un dieu, et mon dieu à moi c'est Pascal. Donc, je disais que la vue de nouveaux pseudos sur mon blog me fait un effet jubilatoire, du genre de celui que me fait le regard sans équivoque du beau mec au bar. Pour un peu, je me retournerais, doutant que cet ardente oeillade m'est vraiment destinée !
En général, véritable rituel superstitieux, j'attends quelques nano secondes avant de lire le commentaire, m'interrogeant sur qui peut se cacher derrière ce nom nouveau. Une fois passé ce moment de réjouissante divination, je pose la petite main sur le lien avec la fébrilité de la vierge qui pour la première fois effleure le torse mâle. Un instant, j'ai été tenté d'écrire "qui pour la première fois effleure le denim turgescent du mâle" mais vous auriez tout de suite poussé les grands cris, m'enfin Gicerilla, vous ne pensez qu'à ça ! Pourtant, ma fébrilité est bien plutôt de cet ordre là...
Aujourd'hui, avec la même fièvre, je clique sur Le Magicien d'Oz. Hélas, Alas, en anglais parce que je suis polyglotte et je tiens à le faire savoir. Hélas, disais-je, l'insipide s'offre à moi. L'insipide ? Un commentaire sans consistance, sans saveur, totalement invertébré, un commentaire larvé. "Je découvre ici, ça à l'air chouette." Et pourquoi pas "Kikoo, lol" tant qu'on y est ? Une question s'insinue dans mon cerveau comme vipère dans le carré de fraises où j'égare ma main sans égard. Et ça mord, sauvagement. La colère comme son poison remonte de la veine jusqu'à l'encéphale. "Quoi, c'est tout ? C'est tout ce que mon blog suscite ?"
En fait, je le sais bien, ce lecteur de passage n'en a que le nom, car évidemment il n'a rien lu. Il a contemplé un court instant le décor. Il a fait défilé d'un clic de souris inconstant le curseur dans le rail à la droite de l'écran en se disant "tiens, si je laissais une trace quelconque avec mon lien attaché !" Oui, je ne m'y trompe pas, légion sont ceux qui laissent un commentaire pour attacher leur lien comme une putain racole. Une forme d'éjaculation de leur liquide séminal sur la toile. Un petit spermatozoïde sur le net qui zigzague cherchant un beau gros ovule à féconder.
Mais je ne suis pas fécondable, moi Môssieur, on ne m'engrosse pas comme ça. À moi, Môssieur, il faut du consistant, du roboratif, du bon vieux gruau à la Jean-Baptiste que je mâcherais et remâcherais en en savourant le goût, jubilant devant tant d'à-propos dans le commentaire, de gravité peut-être, de pertinence ou d'impertinence aussi. On ne me nourrit pas de bouillies diluées, moi Môssieur, ni de fond de gamelles. Il me faut de le réflexion, il me faut de l'humour, mais par dessus-tout il me faut du respect. Passer son chemin sans laisser de traces baveuses est bien plus respectueux que de secouer sur mon parquet la dernière goutte poisseuse en espérant un retour sur investissement.
Ah, j'enrage. Tenez-vous le pour dit, peu m'importe mes statistiques et le nombre de commentaires, s'ils se contentent de me dire "oh, c'est chouette !", "coucou, bisous !", "Trop bien le blog !" Non, je vous en supplie, nourrissez-moi de plats goûteux sinon portez ailleurs votre cuisine de cantine. Mal lunée la Gicerilla, penserez-vous en me lisant ? Ou pire encore mal-baisée, se diront certains ! J'en profiterais alors pour rappeler à ces ignares que la formule "mal-baisée" est à la forme passive et donc c'est bien au faiseur de s'interroger sur la qualité de sa prestation au lieu d'accuser la pauvre victime.
Cela dit, à ces interrogations légitimes sur le pourquoi d'un tel pamphlet je répondrai "non, je ne suis ni l'une, ni l'autre !" juste agacée devant cette pratique trop couramment utilisée aussi pernicieuse que les semences de Monsanto. On peut vouloir disséminer pour se faire connaître, il n'y a pas de mal à ça, surtout pour un blog qui fait ses premiers pas, toute débutante à besoin d'un cavalier. Mais de là à l'être en éructant quelques zonomatopées, non, vraiment non, je vous en prie imposez-vous le minimum de la déontologie du lecteur. On s'attarde un instant, on lit vraiment. On trouve ça nul, creux, intéressant, inutile, palpitant, humoristique, pédant mais quel que soit le qualificatif choisi, il est choisi en connaissance de cause, nom de nom.
Quand cela vous arrive, dites-moi la vérité, comment vous réagissez ?






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