Vincent HuiJ’ai enveloppé mes pieds dans de vieux torchons que j’ai noués pour aller de mon lit à l’évier. Ça fait des semaines que le sol de mon cube est jonché de croûtes purulentes qui font schlurp et dégorgent d’une mousse jaunâtre dès que je fais un pas.
Ce matin les blattes sont arrivées. C’était quand je buvais mon café. J’ai dégueulé sur mes draps. J’ai tout laissé comme ça. Ça puait déjà de partout. Après j’ai croisé les jambes sur mon lit et j’ai regardé les cloportes courir sur les écorces de pus.
Le pire c’est le silence. Elles grouillent sans un bruit. En même temps, je crois que je les entends jubiler. C’est la cafard pride. Elles m’ignorent ou alors elles se foutent de moi. Je ne sais pas ce que ça a dans la tête une blatte.
Je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps dans ce cube. Et puis il y a aussi que le délivreur de pitance commence à se tarir. Hier soir encore, quand j’ai appuyé sur le poussoir, je n’ai eu droit qu’à une demi portion de graines. Ça fait une semaine que ça dure. Le tuyau d’alimentation n’est pas obstrué. Ils commencent à nous rationner, c’est sûr.
Tom n’a pas tenu, il s’est tiré il y a deux jours. Il a dit qu’il voulait savoir ce qu’il se passe dehors et qu’il reviendrait me chercher. J’ignore comment il a fait pour sortir, l’ascenseur est bloqué et puis il y a les molosses. Ce sont les rottweilers du maire de la cité des cubes. Il les laissent roder nuit et jour dans les couloirs à la recherche d‘une proie. Ça ne lui coûte rien en nourriture et puis surtout ça fait baisser la densité de population du quartier. Avant-hier ils ont mangé Madame Clément du trente-deuxième étage et le petit Bob du seizième. Mais Tom a voulu sortir quand même. Il a dit qu’il ruserait avec eux et qu’une fois dans le couloir, il irait se glisser dans les conduits d’aération. J’en doute. Ça c’est bon pour dans les films où les réalisateurs conçoivent des bases secrètes avec des gaines de ventilation hyper vastes où tu peux te casser à l’aise. Il a cru ça Tom. Dans notre vie à nous, les tubes ne sont même pas assez larges pour laisser passer un moustique. Bon, il a dû réussir autrement. En tous cas, quand il a refermé la porte de notre cube, je n’ai pas entendu les monstres le dévorer. Je ne crois pas que je vais attendre qu’il revienne. C’est de pire en pire ici et puis j’ai faim.
A suivre....


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