Wrath en parlait, Anne-Sophie et Pierre Assouline aussi, et c'est sur l'article d'Isabelle Falconnier dans "L'Hebdo" que je rebondis. Son papier postule en effet rien
de moins que la mort de Joseph Macé-Scaron, plagiaire avéré depuis que, dans son roman "Ticket d'entrée", sorti au printemps dernier, des lecteurs avertis ont reconnu de vrais morceaux de Bill
Bryson, Rachel Cusk ou Jay McInerney. Que les choses soient claires: je rejette avec la dernière énergie l'idée de plagier, et si un roman doit sortir un jour de mon PC, il sera un produit maison
à 200%. On peut toujours dire que ça fait vendre (j'ai vu ça sur Fluctuat), que ça fait chauffer le buzz; mais si,
pour vendre, il faut en arriver à copier les copains et à faire en sorte que ça se sache pour générer le scandale, c'est qu'on est tombé bien bas...
Reste qu'indépendamment du péché de plagiat, l'article d'Isabelle Falconnier a de quoi interroger ses lecteurs avertis - il m'a, de fait, interpellé à plus d'un titre.
L'article est en effet sous-tendu par la question de la mort de Joseph Macé-Scaron - une mort qui n'a rien de physique, bien entendu: la journaliste considère simplement qu'à présent que le pot aux roses (ou à la confiture de roses, en l'espèce) est découvert, Joseph Macé-Scaron devrait disparaître de la scène médiatique (où il occupe des positions enviables, à Marianne ou au Magazine littéraire) et se retrouver avec, pour seule consolation, "l'amour de son mec et de son chien". Si tout va bien...
Vrai? Une telle affirmation me paraît bien péremptoire. Elle fait en effet bon marché du pouvoir inouï d'amnésie de l'opinion publique et de ceux qui la forgent. Certes, cet écrivain a été surpris les doigts dans le pot de confiture; mais il n'est certainement pas le premier à avoir été attrapé de la sorte. Or, qui s'en souvient aujourd'hui? Quelques lecteurs sourcilleux et attentifs, peut-être. Les autres, en revanche, considèrent que l'essentiel, c'est le plaisir de lire qu'offre l'écrivain - peu importe qu'il ait fait le travail tout seul ou avec des collaborations involontaires ou savamment camouflées.
Dans son billet, Isabelle Falconnier suggère que Joseph Macé-Scaron aurait pu envoyer paître les esprits chagrins par "un vigoureux "je vous emmerde" à la Houellebecq". L'idée est séduisante - mais on a envie de répliquer: "Facile à dire!" Force est de constater, en effet, que Houellebecq et Macé-Scaron occupent des situations foncièrement différentes dans le petit monde des lettres. Alors que Houellebecq adopte une posture de spécialiste ès vannes qui n'a strictement rien à perdre, Joseph Macé-Scaron, responsable de rubriques culturelles, ne peut s'exprimer de la sorte sans flétrir sa fonction. Il se perd en explications touffues; mais a-t-il vraiment un autre choix que celui de se poser en professeur cherchant à se justifier par des arguments rationnels face à ses accusateurs? Qui, au fond, a encore la possibilité de dire "Merde!" au monde entier, au-delà d'un certain âge et à un certain niveau de responsabilité?
Isabelle Falconnier se montre aussi bien péremptoire lorsqu'elle suggère que personne n'a entendu parler des auteurs plagiés par Joseph Macé-Scaron. De mon côté, et pour la contrer de façon très frontale, je suis prêt à parier que parmi vous, lecteurs de ce blog, il se trouvera plus d'une lectrice, plus d'un lecteur de Bill Bryson, de Jay McInerney ou de Rachel Cusk. A titre personnel, je me suis fendu la malle en lisant "American Rigolos" du premier, et du deuxième, j'ai chroniqué "Le dernier des Savage" pour le journal "La Gruyère". C'était certes perfectible, je m'en souviens, mais j'avais une excuse: j'étais jeune. Quant à Joseph Macé-Scaron lui-même, il s'était fait un nom dans le domaine des lettres avant cette regrettable affaire. Tout cela pour dire que les lecteurs de rubriques culturelles savent lire, parfois - et qu'il leur arrive d'être curieux.
En conclusion, je trouve Isabelle Falconnier pour le moins audacieuse lorsqu'elle annonce la mort de l'auteur. Le plagiat est-il, comme le suggère également Pierre Assouline, le péché mortel par excellence? On peut concéder à Isabelle Falconnier que Joseph Macé-Scaron est grillé pour la saison des prix littéraires 2011, en dépit des qualités de son oeuvre. Mais, joueur également, je suis prêt à parier avec elle que Joseph Macé-Scaron décrochera un prix littéraire quelque part, dans moins de cinq ans. Et en tout état de cause, il restera vivant, au-delà de son décès (mais au fond, on pourrait aussi gloser sur le fait qu'un bon écrivain est un écrivain mort...), dans le coeur de ceux qui l'ont lu et ont vibré à sa prose - une prose que certains de ses contempteurs tardent à produire. Son honneur est sali par cette affaire? Qu'on s'en désole ou qu'on s'en réjouisse, il faudra bien considérer que le temps et l'oubli sont ici le meilleur produit de nettoyage...
Illustration: reprise ici, chez Erby Kezako.







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