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Pierre Desproges : "Chroniques d'une haine ordinaire"

Par Gjouin @GilbertJouin

La Pépinière Théâtre
7, rue Louis-le-Grand
75002 Paris
Tel : 01 42 61 44 16
Métro : Opéra
Texte de Pierre Desproges
Mise en scène de Michel Didym
Scénographie de Laurent Peduzzi
Avec Christine Murillo et Dominique Valadié
Le mot de Michel Didym : C’est à la librairie du Théâtre Ouvert, en feuilletant les éditions Acte Sud Papiers, que j’ai vraiment découvert Pierre Desproges. Je ne l’avais jamais vu à la télévision. J’ai alors aimé furieusement, au-delà de l’homme, de l’acteur, du bouffon tragique : l’auteur. L’interprète fulgurant totalement atypique qu’était Pierre Desproges a fait oublier qu’il était aussi un grand dramaturge. Comme si l’acteur et son génie faisaient écran à l’auteur.
C’est de cette passion pour son écriture qu’est né le spectacle Les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir, au Théâtre des Abbesses. La lecture des Inédits laissait apparaître un autre versant de l’auteur, plus ambivalent et sombre, plus complexe et lyrique, qu’on a parfois bêtement taxé de misogynie. C’est cette face méconnue de son écriture qui m’a donné envie de créer ce deuxième spectacle où je fais appel à deux grandes actrices, Christine Murillo et Dominique Valadié, pour modifier l’écoute de cet auteur et ainsi révéler au public l’irrévérence et la violence comique de cette langue exempte de vulgarité.
Mon avis : Que dire sur Pierre Desproges qui n’ait jamais été dit ? Impossible. Il n’y a qu’une chose à faire : déplorer tous les jours qu’il soit parti si tôt et regretter qu’il ne soit plus là pour nous déciller les yeux et nous vivifier les synapses. Heureusement ; il a laissé une œuvre. Et quelle œuvre ! Une œuvre qui le rend immortel. D’autant plus qu’on nous le ressuscite « en petits morceaux » par spectacle interposé. Comme c’est le cas avec Chroniques d’une haine ordinaire, mis en scène par Michel Didym et joué actuellement à la Pépinière Théâtre…
On ne va pas analyser le texte. Ce serait incongru et déplacé. En revanche, on peut longuement s’attarder sur la performance des deux comédiennes qui nous restituent ses mots : Christine Murillo et Dominique Valadié. Deux femmes qui tombent… on ne peut plus juste. Dominique Valadié particulièrement puisqu’elle fut sa partenaire dans l’inoubliable Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède de 1982 à 1984. C’est dire si elle connaissait l’oiseau.
Ces dames se lancent soit dans des conversations à bâtons rompus, soit dans de brillants soliloques autour de différents thèmes de portée hautement philosophique comme le bonheur, l’amour, l’hétérosexualité, l’homosexualité, Robinson Crusoé, le trac, l’inculture des jeunes, le grave problème du choix… Ça passe sans transition de la réflexion la plus savante voire carrément métaphysique au jeu de mot le plus volontairement affligeant, de la formule la plus étincelante à l’absurde le plus déjanté, sans oublier de nombreuses fulgurances teintées de l’humour le plus noir. On se délecte littéralement. C’est simple, on n’entend pas toujours certaines citations dans leur intégralité car elles sont fréquemment couvertes par les rires qui fusent d’un peu partout dans la salle. Il faut dire qu’on n’était plus habitués à entendre des choses à la fois aussi drôles et profondes. Et puis quel richesse de vocabulaire. C’est un véritable délice.
Desproges, ça s’écoute, ça se sirote, ça se déguste. Difficile de trouver meilleur commentaire pour le définir que ce commentaire de Michel Didym : « Ce qui est beau, c’est qu’il y a tellement d’irrévérence chez Desproges, que tu sens un amour fou de l’humanité ! Il ose taper dur. Il a une liberté de propos et de ton qu’on a du mal à retrouver aujourd’hui. C’est radical, mais il y a une magnifique langue. On s’en rend compte en travaillant. Et il nous fait beaucoup rire ce qui n’est quand même pas rien »…
Et si on laissait les mots de la fin à ses formidables interprètes au jeu subtil et varié, habiles à passer de l’arythmie engendreuse d’effets au récitatif avec ton neutre et détaché. Dominique Valadié est consciente de l’exercice périlleux que cela représente : « C’est très difficile à apprendre… Les phrases sont alambiquées et puis c’est un vocabulaire dont on n’a pas l’habitude. Il y a du faux lyrisme, c’est compliqué à dire… La langue est intéressante parce qu’il est fuyant, one ne peut pas le toucher, on le ressent dans la langue… Ce sont des textes qui sont offensifs, ils sont faits pour faire réagir, par le rire. Mais c’est un type très difficile à accrocher… Il est très secret, je trouve ». Cette complexité desprogienne, on la retrouve évidemment dans les propos de Christine Murillo : « Au lieu de phrases normales, les phrases sont très longues avec beaucoup d’adverbes et quelque chose qui paraissait très quotidien devient très… Enfin, vous verrez bien ! »…
Vous avez compris ? Courez à la Pépinière Opéra, vous y vivrez un moment de grâce unique et total.

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